Il est de plus en plus difficile de trouver des vrais divertissements complètement amoraux qui dispensent aux losers en puissance que nous sommes tous d’entrevoir une raison de vouloir, ne serait qu’un tout petit peu, faire preuve d’ambition.
American gangster est donc tout à fait salutaire pour se déculpabiliser d’être une sous loche, qui, à défaut d’avoir trouvé un lieu d’épanouissement dans le climat tempéré des entreprises, se vautre, non par fainéantise, mais par conscience de la vacuité de toute chose, dans un canapé payé à crédit.
A quoi bon entreprendre, fonder une famille avec une reine de beauté, être un gestionnaire avisé doté de correspondants commerciaux solvables, si de toutes les manières le système est pourri ? Le héros d’American Gangster a toutes les apparences du respectable entrepreneur, alors que son business est celui de l’héroïne, ce que rien ne laisse soupçonner quand on voit les réunions de sa famille qui n’ont rien à envier à l’ambiance des meilleurs pubs d’Uncle ben’s.
Il ne manquerait plus qu’un homme convenable, je veux dire par là un type qui a une éthique, des convictions, une raison de vivre, une belle gueule pour venir gâcher notre bonheur. C’est fatalement ce qui arrive dans tout film, et celui-ci finalement ne fait pas exception, avec un policier intègre et incorruptible qui se met en tête de poursuivre notre honorable businessman, grâce auquel, je vous le rappelle, nous avions trouvé un alibi parfait pour justifier notre absence totale de volonté de mener une vie digne.
Remarquez, c’est toujours un peu triste de se voir rappelé à l’ordre par un mec qu’au fond on aime bien: divorcé, fauché, baiseur. C’est toute la problématique du film: le héros qui sauve la morale est un brave type, c’est rageant. Alors on peut toujours se réconforter pendant le visionnage en appréciant la très bonne bande-son qui rappelle les riches heures de la musique des années 70, et les chutes de rein tout à fait engageante des petites mains de la petite entreprise du méchant.
==début fin personnelle
Vous allez dire que ma critique ciné est une pantalonnade. Et je ne saurais pas quoi vous répondre, parler de la lumière du film qui est blafarde, oscillant entre la pâleur et la pénombre? Evoquer le jeu de Denzel Washington extrêmement sobre, contenant derrière un masque impassible une rage maitrisée? Parler du destin obscur du héros ordinaire incarné par Russel Crowe? Je suis déjà lyrique, c’est pathétique, il ne me resterait plus qu’à être didactique et rappeler que le film est inspiré de faits réels. J’éviterai cela en préférant me taire.
==fin de la nouvelle fin personnelle




PLAY BLESSURES
bien vu