Def. Andrew Bird 2008: Vient de troquer les productions rêches (mais toujours soyeuses) de ses précédents albums pour un manteau de luxe, genre la grande classe.
La saison hiver made in Chicago sera donc renversante ou ne sera pas. Et surtout, par pitié, restez pas à la surface, plongez dans la mine d’or ; desserrez l’étreinte, ne serait-ce qu’un instant… Oubliez le dieu Rock’n'roll, car ici il sera question de sa petite fille chérie, celle qu’il adore en secret ; la mélodie.
Andrew B.Noble Beast. 4e album d’Andrew Bird. Une caresse et une tristesse ; la vie vibrante, pulsation violon, beat pop et l’automne qui passe la main à l’hiver. La chair soudain, se rétracte, certains disent morsure, certains disent frisson tandis que les plus sceptiques tournent la tête et regardent ailleurs car tu comprends un homme ça ne chiale pas un homme ça souffre en silence un homme ça ne peut pas succomber. Mon œil ! Masterswarm. Il y a encore un mois je pleurnichais « pas de chef d’œuvre, bla bla bla, on s’ennuie bla bla bla, les artistes sont des nazes bla bla bla gonzaï en force bla bla bla ». Masterswarm. Je ne sais même pas ce que ça veut dire. Mais alors la musique, là oui ! Je comprends tout. Masterswarm. Le début, austère. A poil le Bird, et déjà il te tient… hop, trois pickings sur le violon et la chanson est lancée et vas-y que je siffle, vas y que je déroule le tapis à mélodie et que je tente une première percée sur le refrain mais non ça repart. Ca va durer comme ça pendant 5m20. C’est déjà la fin ?
Non. Car le truc qui arrive, ça ne finit jamais les gars. Je suis sérieux. Si vous saviez comme je suis sérieux.
Les 40 secondes qui suivent, n’ont pas de prix. Stop le violon, juste la guitare, trois claps de mains derrière, une boucle en fond qu’on a même pas vu arriver, la voix qui t’attrape la voix qui te saisit et te fait cracher la pilule, trois notes de contrebasse, pas plus, la boucle qui ne veut pas s’arrêter et quelque part, oui, ça ne s’arrête jamais. Masterswarm. Ta peau, pelée. Tes doigts, crispés. Ton BPM qui s’emballe et ces paysages qui se mettent à pousser dans tes oreilles.
- “Bon bah qu’est ce que tu nous emmerdes, tu le tiens, ton chef d’œuvre, non ?
- Ben c’est à dire, Masterwarm, c’est un morceau, pas l’album entier
- Et ça donne quoi le reste du disque de ton blanc bec à violon, romantico-à la noix qui sifflote ?
- Ben, c’est chouette, vraiment. Ca donne envie de…
- Ben donne nous envie, alors. Nous tu sais l’infini, les balades, la grâce, ça nous parle pas trop
- Pourtant je vous jure que…
- Accouche.”
Noble BeastIl y a Oh no et ses premiers sifflements, ses mélodies, les chœurs la voix, la guitare grésillante, le beat saisissant : une gifle de beauté, posée là sur ta joue : l’autre déjà se tend. Déjà. Il y a Fitz & Dizzyspells et sa pop érudite, vivante vibrante, de quoi se mettre à y croire à nouveau. A quoi? Si seulement je le savais.
Il y a la boucle (hormis la batterie, Bird fait tout tout seul d’où les boucles) de Not a robot but a ghost, qui tient tout le morceau: formidable pulsation, entêtant gimmick qui suffirait presque à en faire une chanson.
Il y a le tricotage de Anonanimal et son art de faire des nœuds ; parlez-en à votre estomac. Car vient un break où le violon te retourne, vient la voix vient la batterie vient la guitare et son soulèvement et puis tout disparaît. Juste la voix qui s’envole.
Il y a Natural Disaster, qui est la preuve que Sea change de Beck aurait pu être un bel album. Et puis il y a Souverian. Symphonie de poche (7 minutes au compteur) où vous pouvez y aller de votre petite larme, vous lever et vous mettre à tout bousculer, à tourner en rond, à chercher le ciel du regard, un horizon, le plus lointain possible car Bird a besoin d’espace. Vous êtes autorisé à vous y abandonner enfin. A vous déployer. A respirer un grand coup. A fermer les yeux dans une grimace. A vous rentrer dans le dedans pour y fouiller.
Voilà. Et maintenant, rangez votre bouteille de whisky. Rangez votre pédale de distorsion, votre Ibook débordant de beats vicieux et tant que vous y êtes, tombez aussi l’armure. Oubliez vos grimaces et vos insultes préférées, brûlez le numéro de votre dealer et essayez de retrouver celui de Priscilla, cette conne de Priscilla qui vous parlait d’amour…
Andrew Bird / / Noble Beast / / Bella Union (Cooperative)
http://www.myspace.com/andrewbird




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