“J’écris ce livre pour me faire virer”, souffle Octave Parangon à son auteur, première ligne premier paragraphe de 99 francs. Nous sommes alors en 2000, et Beigbeder ne porte pas encore la barbe, Wizman ne cachetonne pas encore plusieurs milliers d’euros le DjSet, Baer pas encore devenu la caution cinématographique qui pourrait donner envie aux publicitaires de lui faire bouffer des yaourts pour la ménagère en prime.
“J’écris ce livre pour me faire débrancher” lui répond Sagnard, dans son pavé qui sort ces jours-ci, qui fustige ces mêmes branchés sur la chaise électrique. Quelques tentatives de procès plus loin, alors que le recueil anti-fashionista fait grand bruit dans le tout-petit-Paris, que reste-t-il foncièrement des branchés, de leurs quêtes initiales, de leurs rêves et leurs méthodes de survie?
La tyrannie des branches, par SagnardLa tyrannie des branchés. Le mot est un peu fort. La tyrannie, c’est la prise du pouvoir, l’accès au fauteuil -club- par la force et la résignation des masses. Premier contre-sens donc, car à en croire Sagnard, l’époque des hipsters est révolue, finie, foutue. Qu’on les pende, qu’on dénonce le système des compromissions, le jeu des courbettes et les accès privés uniquement accessibles sur texto. Pourtant, pardon, depuis l’accès au “pouvoir” des Massimo Gargia, des films (navets, pardon encore) type JetSet, l’idée même d’être capable de faire parti de la hype a fait son chemin dans toutes les têtes, jusqu’à éclore dans celles des moins doués, ceux dont il aurait fallu tuer les parents pour éviter que le mot hype devienne aussi pauvre de sens. Qu’on puisse tirer un trait au marqueur sur BeHype.com, Teki Latex, The Shoppings et les Teenagers. En y repensant je me souviens de Sagnard, chez Taddei (Ce soir ou jamais, FR3), défendant ses thèses devant un parterre d’ennemis plus radicaux les uns que les autres, dédaigneux devant un journaliste qu’ils estimaient incapable de pouvoir pousser les portes de leur propre monde.
La tyrannie des branchés -comme la production secrète des nuggets chez MacDo ou le tour de poitrine d’Angelina- fascine.
Comme toujours chez les branchés, on s’ennuie. Donc on exagère, on règle ses comptes . On superlativise en créant de nouveaux mots, on engendre de nouvelles modes, on écrit un livre pour dénoncer héroïquement le système qui nous a nourri pendant des années, puisque la finalité reste somme toute de s’adjoindre toute la frange rebelle du milieu, celle qui n’en peux plus de voir Ullman écorcher le nom de ses invités, celle qui tombe toujours sur le répondeur lorsqu’elle réclame son chèque à la compta’ de Technikart et fonce sur l’index de fin de Vous êtes sur la liste pour vérifier si son nom apparaît bien dedans en police Times taille 13.
Chauds les barons chauds...J’avoue que j’ai fait comme tout le monde, j’ai commencé par la fin, j’ai vérifié si mon nom y était, sur cette putain de liste. J’y ai reconnu des dizaines de connaissances, à la lettre L je n’ai pas vu Langs mais me suis, comme tout le monde, rassuré d’avoir les mails directs de plusieurs de ces branchés, dont le fournisseur d’accès se finit souvent par un wanadoo, club-internet ou noos.fr. Comme quoi, face au réseau, nous sommes tous égaux. Mais chaque branché, face à Sagnard, devra choisir son camp: pour ou contre. Accepter l’idée de se froisser avec untel ou l’autre, couper les ponts avec telle rédaction, ou fermer sa gueule en dénoncant à mots couverts les super-chewries du journaliste à lunettes.
MAIS avec son namedropping abusif et son étonnement perpétuel face au monde qu’il connaît bien, Arnaud Sagnard signe une mise à nu juste capable d’intéresser 400 personnes à Paris. C’est un peu de mon curé chez les puristes, celui qui a découvert sous sa robe immaculée un robinet à stupre pour facefucker tout son entourage. L’envie de tourner les pages pour voir qui y est assassiné (Ils sont nombreux, je vous rassure, du conceptstore Colette à André du Baron, de la famillle Ardisson à Boris Bergman), comme dans les romans de Houellebecq à attendre la prochaine éjac’ faciale à l’autre bout du monde.
Energy hypeMAIS il est impossible de ne pas reconnaître une acuité dans le style, une puissance du jugement impartial qui place sur le pilori tout le monde, et au même niveau s’il vous plaît. Sagnard règle ses comptes, ouvre quelques portes ouvertes sans guest-list (un constat global: les branchés 2008 ne produisent plus RIEN) et remet au goût du jour un marronnier sur la propension du milieu à ne parler que de soi, sans honte, et exclure 99% de la population mondiale. Dans Vous êtes sur la liste, je réapprends, en vrac, que le Baron c’est très petit, que Busty ne sait pas écrire, qu’il ne se passe plus rien à NY et que Technikart paye très mal ses contributeurs. Pour celui qui a pris le temps de lire Splendeurs et misères des courtisanes de Balzac, rien d’étonnant à cela. Les lumières de la capitale brillent toujours pour les insectes, et seuls ceux qui restent à portée peuvent éviter l’anéantissement des néons. Intégrer les cercles, cela a un prix, et enfreindre les règles du jeux, ne pas les connaître même, c’est toujours s’exposer au châtiment ultime: Réintégrer son niveau social d’origine, et suivre l’histoire des hipsters dans les journaux.
Lorsqu’une poignée de nostalgiques se remémorent les déambulations de Pacadis, les nuits de Taddei caméra à l’épaule, les diktats solaires d’Adrien Y., les gens oublient souvent:
1. Que Pacadis ne savait pas aligner deux mots.
2. Que Xavier DesMoulins n’arrive pas à la cheville de son prédécesseur.
3. Que le retour d’Yves Adrien 2008 n’est qu’une fumisterie pour les cochons en manque de növo.
4. Que toutes ces personnes ont su, à un moment donné, parler de leurs époques en des termes bien plus poétiques que tous les branchés d’aujourd’hui, tout juste capable de s’émerveiller sur l’ouverture du Chat Chat Chat, digne successeur du Baron, ou la signature de Soko pour plusieurs milliers d’euros chez Universal.
Oui, être branché c’est découvrir, savoir faire partager ses passions aux cercles initiés, puis rejeter ses premiers amours lorsqu’ils deviennent overground. C’est aussi accepter son intronisation chez les Hipsters, en connaître le prix, accepter la destitution et céder la place aux nouvelles gardes. En cela, le livre de Sagnard est un bon livre, qui remet les compteurs à zéro.
Il est maintenant cinq heures du matin, je rentre d’une soirée trop arrosée avec L.R., TH., Nungesser, Frank, Juan, Arthur et Romain T., passée dans un squat où Denis Bortek chante ses chansons tirées du répetoire de Jad Wio, pour une poignée de dizaines de personnes qui semblent se foutre d’Actuel, Bizot, Colette, de la FIAC 2008, de Gaspard Augé et du Show-Case.
Etre branché, c’est aussi (et seulement, peut-être) être capable de regarder ses semblables sans chercher la nostalgie des lumières éteintes.
Page 197, une étincelle soudain, perdue dans le filet de merde: “La véritable gueule de bois, ce n’est pas celle dont le branché se vantes dès son arrivée au travail, mais celle qu’il avait la veille en sortant du boulot, lorsqu’il ne peut se résoudre à rentrer à la maison et à s’écrouler comme le commun des mortels”. Le branché, comme un héros des temps modernes, réfutant le quotidien.
Un mail dans ma boite, surnage au dessus des penis enlargement:
“Soirée karl lagerfeld le 13 juillet… Quelqu’un a des infos?”
05H16: Ultime refresh sur mon mac pour vérifier l’arrivée de nouveaux mails sur ma boite, la réponse qui tombe est cinglante:
“Ce n’est pas une soiree Karl Lagerfeld, c’est juste le nom du groupe en concert”.
Ceci n’est pas une pipe, c’est juste l’apanage du néo branché du nouveau siècle: Du vide et des icônes.
Arnaud Sagnard // Vous êtes sur la liste? Enquête sur la tyrannie des branchés // Editions du moment
Un autre point de vue ici.
26 commentaires
“être capable de regarder ses semblables sans chercher la nostalgie des lumières éteintes.”
ouai je crois que c’est ça le plus dur, encore faut il en avoir la force et l’excitation nécessaire !!!!
GUEST LIST” EELS
special casse-dédi aux “Derniers journalistes de P.A.R.I.S”
CLOVIS GOUX, BESTER LANGS
et ARNAUD SAGNARD
http://www.deezer.com/track/906286
“Are you one of the beautiful people
Is my name on the list
Wanna be of the beautiful people
Wanna feel like Im missed
Hey you with the walkie talkie
I know my clothes are not right
I wish I had my own walkie talkie
That reached to God every night
Everyone needs to be somebody
Everyone needs to find someone who cares
But I dont know if you know what I mean
cause Im never on your list
Are you one of the beautiful people
Am I on the wrong track
Sometimes it feels like Im made of eggshell
And it feels like Im gonna crack
Everyone needs to be somebody
Everyone needs to find someone who cares
But I dont know if you know what I mean
cause Im never on your list”
je vous traduis l’affaire
ou “c’est entendu” ?…
src= Album “BEAUTIFUL FREACK”
http://www.deezer.com/#music/album/102371
L’article est un peu plus poussé que le faux débat made in Technikart dans lequel tout le monde campe sur ses positions à coup d’arguments je-m’en-foutiste, c’est déjà ça.
Tout juste est-il qu’on a pas eu besoin d’un énième livre sur le sujet pour s’apercevoir que Pedro Winter n’avait rien inventé et qu’il se contentait de nous abreuver en électro merdique.
branché vas plutôt sur http://www.kdbuzz.com te cultiver plutôt que de détruire en OB…
Il faut bien reconnaitre que ce constat (plutôt réaliste, et carrément bien écrit) n’est pas tout neuf, et on se le faisait déjà à l’époque Beigbeder n’était qu’un pubard.
Dur donc de se rendre compte de l’apport de Sagnard dans la balance (”ça balance pas mal à Paris”), en dehors de cette précieuse liste finale d’où nombre d’enter nous ne sommes pas. Ou pas encore si l’on en croit l’héliotropisme du milieu.
Exacte vérité…
Branché ? Branché sur quoi ? Un jus alternatif qui n’a pas grand chose de commun avec la réalité. Je suis assez fier d’avoir un contact sincère avec le commun des mortels… pas très envie de sombrer dans une vaniteuse singularité.
Bien d’accord avec Bester, les icônes sont des leurres faciles qui ne montrent rien de bien rassurant.
Rappel à l’attention des masses : une icône, ce n’est fait que pour être cliqué.
rien à foutre
là où je suis
il n’y a que des os
…
pour le baron von strychnine
http://www. megaupload. com/?d=L5ST3LRQ
votre
cheval
Si j’ai oublié lundi, il est très bien ton article.
J’avais envie de dire une saloperie sur Xavier V., Perrotin et Hermès mais je garde bon espoir qu’un jour on soit tous amis sur Virb alors je m’abstiens.
Très bon article, bravo ! Gonzai semble se bonifier avec le temps… ce n’est pas une alternative à Technikart ou à la presse branchée, c’est bien tout son contraire !
Longue vie.
Vous faites quoi tous pour les vacances? Moi je sais pas trop, je vais peut être aller voir un ami dans le sud ouest et aprés on va faire un crochet par la vendeé.
En tous cas bonnes vacances à tous et à la rentrée!
a tchao
JB
Moi je vends un canard en plastique géant, gonflable manuellement. Utile pour les raz de marée. Révisions à prévoir sur l’aile gauche. Pas sérieux s’abstenir.
REF: GONZ34C
géant…géant géant? ou plutot grand? Parce que si il est vraiment géant géant, ça m’interesse.
Tu as un compte pay pal?
Pfff, moi je ne me baigne qu’avec ma bouée en forme de Philippe Manoeuvre.
Canard pour canard…
Pour les ventes, merci de contacter mon préposé aux ventes foireuses: [email protected]
Arrêtez de critiquer les branchés, ce n’est que jalousie et pataquès de ne pas disposer d’un Motorola; personnellement seul m’intéresse le monstre Cloverfield.
Au-delà de cela, Bester, je t’annonce en exclusivité le nom du premier single du troisième Poni Hoax (pour l’instant intitulé “Waves of darkness”):
Poni Hoax: “François Fillon” (authentique) et son futur refrain sur toutes les lèvres:
“Daddy, daddy, what did you do in the cellar, daddy?”.
Très bon titre, herr Ker.
Deux de mes idoles musicales dans les commentaires, ca m’ébranle l’égo.
PS: C’est vrai qu’il fait peur le monsieur tout grand de Cloverfied. en même temps y en avait pas un qui méritait de survivre dans ce film.
cool, on est tous super branchés,
génial , j’adore.
Bises Thomas
up for a beer ?
Romain
[...] auteur d’un livre controversé chez les Branchés (Vous êtes sur la liste?, chroniqué ici même, NDR), Arnaud Sagnard raconte en dix feuillets son Isaac Hayes. Une version des faits en forme de [...]
Vous pourriez être intéressés par un groupe sur Facebook : “Je suis beauf et fièr(e) de l’être / être beauf c’est branché”
ce soir je balance “LA LISTE” aux Trois Baudets
avec CHEVAL BLANC au piano
[...] et les comportements de cette nouvelle élite” Lire un article_ http://archives.gonzai.com/arnaud-sagnard-enquete-sur-la-tyrannie-des-branches/ * [...]
[...] [4] Un excellent ouvrage, du moins dans ses cent premières pages, découvert très justement grâce à Thierry Théolier, en 2008. La chronique toujours disponible ici : http://archives.gonzai.com/arnaud-sagnard-enquete-sur-la-tyrannie-des-branches/ [...]
[...] [4] Un excellent ouvrage, du moins dans ses cent premières pages, découvert très justement grâce à Thierry Théolier, en 2008. La chronique toujours disponible ici : http://archives.gonzai.com/arnaud-sagnard-enquete-sur-la-tyrannie-des-branches/ [...]




PLAY BLESSURES
[...] SAGNARD ::: Enqute sur la tyrannie des branchs ::: http://www.gonzai.com/arnaud-sagnard-enquete-sur-la-tyrannie-des-branches/Jcris ce livre pour me faire virer, souffle Octave Parangon son auteur, premire ligne premier [...]