Tous les mois, Hilaire dépoussière les tablettes et redonne la parole aux musiques mortes. Cette semaine, les Stone Roses. Un destin en dent de scie et quelques perles en guise de testament. Récit.
Quand la froideur post punk n’eut plus de sens et que la synthétique new-wave vint à lasser, il y eut à Manchester un groupe populaire pour unifier l’Angleterre autour d’affinités anglo-anglaises. Dans son ombre, une poignée de groupes négligeaient leur rock indépendant et ravivaient de leur mieux la flamme de la beat generation, ressortant à la fois les pantalons de cuir et les vieux slogans “Sous les pavés, la plage”. Mais chercher à contourner les Smiths apparut alors comme parfaitement absurde.
Jusqu’à l’arrivée de The Stone Roses.
Stone Roses Du jour où le quartet se fut fixé entre l’incroyable rythmique prodiguée par le magicien de la batterie Alan “Reni” Wren et le bassiste funky Gary Mounfield (dit Mani) d’une part, et de l’autre la double paternité musicale que se partagent le chanteur Ian Brown et le guitariste John Squire, il devint flagrant que ces quatre là avaient de l’or dans les doigts. La question restait posée : qu’allaient-ils en faire?Les premiers enregistrements pour le compte du label de heavy metal, FM Revolver, n’avaient rendu qu’une lourde purée rock violemment épicée de réverbération brouillonne. La faute au savant fou, Martin Hannett, placé aux manettes pour répondre aux exigences sonores exprimées par le groupe, un choix qui ne les aida pas à se définir musicalement.
Il fallut revoir ses prétentions, se recentrer. Exit l’éclectisme des Clash et l’acrimonie agressive de Joy Division. Les Stone Roses se concentreraient désormais sur la pop psychédélique des années soixante, allant des Byrds aux premiers Pink Floyd. Avec une touche plus blues-rock pour Squire, piochant dans les Rolling Stones et Cream.
Mais c’est la fin de la décennie qui leur offrit ce qui manquait : quelques concerts à l’International, club concurrent de The Hacienda, frappèrent son propriétaire, Gareth Ewans. Propulsé manager, l’ex-coiffeur Ewans obtint un contrat chez Silvertone Records et déroula pour eux un tapis rouge qui allaient rapidement s’étendre jusqu’aux couvertures de la presse spécialisée. Mais les soirées au club, devenu leur local de répétition et leur point de chute habituel, leur apportèrent bien plus : fréquentant les pionniers de l’acid house, ils pactisèrent avec cette explosion électronique, ajoutant une dose de dance dans leur rythmique.
Confiants et le cœur léger, les quatre garçons aux cheveux dans le vent obtinrent enfin ce qu’ils voulaient plus que tout. Entrer à nouveau en studio.
Insatisfaits d’une première tentative auprès de Peter Hook, le choix se porta un moment sur le duo reggae et dub de Sly and Robbie dont Mani et Ian étaient tout deux fans. Et c’est finalement John Leckie qui retint l’adhésion de tous. L’ancien ingénieur du son de Abbey Road avait assisté George Martin pour les Beatles et mixé The Dark Side of the Moon. Que rêver de plus ?
La première session eut lieu dans les studios de Zomba Records. Consciencieux, et sans jamais confondre le studio avec un pub ou un local de répétitions, les Roses s’appliquent à vider dans les pistes du studio cinq années de tergiversations. Ainsi, She Bangs The Drums se débarrassa du solo distordu qui l’équipait dans ses versions précédentes et arriva ainsi à un résultat étonnamment entraînant : basse clinquante et batterie claquante s’enroulèrent autour d’une caisse clair rock FM, le temps d’un chanson pop.
Libéré de ses résonances électriques, I Wanna Be Adored gagna en ampleur ce qu’il perdit en violence : hymne éléphantesque s’élevant lentement jusqu’à recouvrir le ciel de toute sa masse.
Sur Made Of Stone, la voix d’Ian, fantomatiques de reverb et soulignée par une guitare cristalline, conte une funèbre histoire d’accidents de voitures avant de partir dans un tourbillon de flanger. Enfin, Waterfall dispense des arpèges sucrés à plusieurs voix pendant que Reni peint avec précision un rythme nonchalant et charmeur, dans un final toute guitare dehors évoquant les lives de Led Zeppelin.
Deux nouvelles sessions permettent au groupe de relâcher la pression. Décontractés, on enregistre des folk-rock enjoués baignant entre les Beach Boys (Shoot You Down) et Simon and Garfunkel (Sugar Spun Sister et le délicat Elizabeth My Dear), au mixage peaufiné (flagrant sur l’hommage à Mai 68 Bye Bye Badman). Désireux de clôturer l’album par un instrumental, c’est finalement I Am The Resurection qui synthétisera la parfaite confiance des Stone Roses. Reni y est fluide, surprenant et grisant à la fois, cadençant les boucles de basse psychédéliques de la pièce maîtresse, enchaînant autant de sections différentes dans lesquelles John Squire sculpte des colonnes de solos endiablés et fiévreux. Chef d’oeuvre.
Suite… (I wanna be adored part 2)




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