Ou comment Bernard Madoff devient un antidote à la CRISE
Le 12 décembre au matin, tous les journaux s’offraient sa tête en double page. Mains jointes et double menton discret pour un air globalement débonnaire, Bernard Madoff vous fixe tranquillement, l’oeil un rien chafouin. Chafouinerie discrète, chafouinerie tout de même : 50 milliards de dollars détournés, de quoi renvoyer notre Kerviel national parmi les turfistes à la petite semaine.
L’ancien PDG du Nasdaq venait d’être arrêté pour une escroquerie monumentale-insoutenable-insupportable, qui tonnait d’autant plus dans nos oreilles de petits épargnants angoissés que, depuis quelques mois, c’est la CRISE, la récession, la croissance négative, et tout un tas de mots-valises anxiogènes du même acabit.
$$$Pas jolie jolie donc, l’entourloupe de Madoff, toute pyramidale qu’elle soit. Un coup de plus, franchement scandaleux, qui suscite un curieux effet thérapeutique sur nos confrères journalistes. Très peu d’entre eux - vous l’avez sûrement remarqué, vous autres loutres malicieuses - comprennent la mécanique du fric et les acrobaties du pognon - le nôtre, bande de tanches infor-thunées - en jeu dans la Grande curée financière.
Alors, on sait qu’en gros, les règles consistent à acheter et vendre de l’argent pour que les gens - tanches et loutres dans votre genre - s’endettent et continuent à consommer. Pousser plus loin la réflexion relève de l’exercice pas très sexy d’analyse d’un système économique mondialisé, ô combien complexe.
On peut difficilement en vouloir aux journalistes de ne pas tous être des Jean-Pierre Gaillard de l’info économique; les braves se démènent pour ne pas trop recopier les dépêches AFP, tenter de ‘vulgariser’ un maximum des termes techniques avec lesquels ils sont aussi familiers que du mandarin antique. En clair, personne ne comprend rien au pourquoi de la CRISE, comment les subprimes, d’où les hedges founds et ah bon les actions pourries, sinon qu’il en résulte un effet domino dévastateur parce que économies-imbriquées-interdépendantes-mondialisées. Une fois les mêmes mots répétés cent fois, les généralités définies, on finit par tourner en rond, dans le noir qui plus est. Le flou s’insère dans les propos, les papiers s’embrument et s’abîment dans des supputations abstraites. D’où l’effet art contemporain de certains papiers :
Soit vous n’y pigez que le titre, et vous voyez mal le rapport qu’il entretient avec le texte qu’il introduit, soit vous éprouvez le sentiment frustre que vous-même auriez pu écrire un tel torchon avec les pieds.
Mais bref, c’est là, au milieu de l’impéritie générale, qu’explose l’affaire Madoff.
B. MadoffBernard M. ou la partie visible de l’iceberg financier: une personne physique, un nom, une photo facile à estampiller ‘gros malin qui a piqué le grisbi’. M pour miracle; la lumière revient, l’ennemi est identifié. Effet immédiat : soulagement laxatif entraînant une coulée frénétique de verve journalistique. On ne sait pas trop comment ni pourquoi (”la pyramide de Panzani Panzi, un coup vieux comme Hérode !”) mais on sait qui, c’est tout de suite rassurant. Un bon repère dans la galaxie boursière truffée de trous noirs. De nouveau, les professionnels de l’information se trouvent en terrain connu, les papiers pleuvent, généreux, clairs comme de l’eau de roche.
Il y avait donc ce matin-là dans les journaux la même photo : un gros plan sur le faciès de “l’escroc du siècle”. Le même concert d’indignation : “c’est l’escroc du siècle !”, et entre les lignes, le même implicite : le soulagement relatif d’avoir pu mettre un nom sur une partie d’un quelque chose menaçant, échappant à la compréhension du plus grand nombre. Le réconfort satisfait d’avoir éclairé momentanément les recoins obscurs et crapuleux de la planète finance. Du bon boulot, quoi.
En savoir plus, ne rien comprendre: http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/01/17/mysteres-madoff_1143139_3234.html
2 commentaires
En papotant hier avec un ami américain sur le cas Madoff, il me faisait remarquer que si Madoff était français, aucun juge parisien n’aurait pu le condamner. En effet, me disait-il, quelle différence entre son système et celui de la retraite par répartition en France ? - Madoff prenait l’argent des uns pour rembourser les autres, jusqu’au jour ou le système a atteint ses limites ! -L’état prend l’argent des actifs (captifs) pour payer les retraités, jusqu’au jour ou le chômage aidant, il n’y aura plus suffisamment d’argent pour payer tous les retraités. N’est-ce pas une similitude troublante et qui devrait faire un peu réfléchir La première dame du parti socialiste ?




PLAY BLESSURES
Putain, il est excellent ce papier !!! Mes plus sincères félicitations au département RH de Gonzai qui a su débaucher une telle plume, sans doute pas des échos d’ailleurs, supalol !!! Non, sérieux, il est vraiment bien cet article, juste ce qu’il faut d’indignation et de pragmatisme, pas trop d’entourloupe, clair et précis, bonne maîtrise du sujet,des jeux de mots calibrés, mais c’est ça qu’on veut, bordel, I love Gonzai quand la culture devient transversale et fait renaître la passion du journalisme gonzo ou presque.