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CHRIS CONTY Nos retrouvailles (enfin)

« Je ne connais que ce cri ». La voix résonne encore. Chris Conty, en dépit des rumeurs hasardeuses, des calomnies (Wikipédia qui dément son existence) et des (...) suite

« Je ne connais que ce cri ». La voix résonne encore. Chris Conty, en dépit des rumeurs hasardeuses, des calomnies (Wikipédia qui dément son existence) et des mensonges, vit toujours.

Pour le prouver, j’ai rencontré Jean-Jacques Nyssen. Son plus grand fan. Une vie dédiée au parcours. Un relai-témoin pour ceux que la nostalgie du Concorde, des radio-crochets et de l’ORTF attise encore. Car Chris Conty, s’il « traverse la pop francophone comme une étoile filante », n’en reste pas moins un astre qui brille encore.

Des zones d’ombre, il en reste. Cette parenthèse mystérieuse entre 1970 et 1973, cette disparition, ces chansons jamais sorties… L’inconnu comme un fantasme.

1981. Chris Conty disparaît au creux de sa vague. Plusieurs mystères planent encore sur la vie de cette étoile filante : Cause de sa disparition en 81, succession testamentaire toujours en suspens, comptes criblés de dettes, paternité non reconnue… Il est temps de rétablir la vérité sur Chris Conty.

J’aimerais tout d’abord savoir ce qui pousse un fan à dédier une partie de sa vie à l’œuvre d’un artiste ?

Je ne sais jamais comment aborder les choses. Mon rôle n’a jamais été de tirer la barbe du père noël. Même te recevoir aujourd’hui en interview, n’est-ce pas déjà en soi une performance ? Quand je suis sur scène, je ne suis jamais différent de ce que je suis, et pour moi il n’y a pas d’équivoque. Il y a moi et Chris. Et c’est à Chris que je rends hommage. Je suis tellement imprégné de Chris Conty tu sais…

Mais l’as-tu déjà rencontré au moins ?

A travers toutes les archives qu’on connaît et qu’on peut voir notamment dans le documentaire qui est paru sur Canal +, je dirais oui. Et les souvenirs, je les ai vraiment. Quand j’étais petit je voulais être chanteur. Et inconsciemment j’ai réalisé mon rêve. Chanter ses chansons me permet de réaliser ce fantasme : être le chanteur que j’aurais moi-même voulu être, mais sans jamais tirer la couverture. L’important reste l’œuvre de Chris.

Mais tu n’as pas de problème dans ta vie personnelle, je veux dire… psychologiquement. C’est à la limite de la schizophrénie. Tu ne te réveilles pas Chris Conty, tu ne vis pas Chris Conty ?

Quand je rends hommage à Chris Conty, il y a un moment où Chris est derrière sur l’écran et nous chantons ensemble. Les gens applaudissent. Mais ils applaudissent qui en fait ? Moi les applaudissements je les prends. Je suis content d’être conscient que le répertoire de Chris a trente ans. Les gens disent « Oui mais tu chantes un vieux répertoire, c’est ringard ». Eh bien non. Chris Conty c’est moderne. Il y a 30 ans c’était novateur.

Des chansons comme L’enfer c’est toi sont mêmes dures. La violence du titre quand même…

Il y a plusieurs sens de lectures dans L’enfer c’est toi. Elle peut être entendue à plusieurs niveaux. En l’écoutant la première fois, j’ai pas compris –j’étais un enfant-, puis je l’ai réécoutée plus tard, et les paroles « Je veux redevenir un homme/Plus jamais croquer la pomme/ De ce côté » ont subitement fait sens chez moi : Peut-être que Chris Conty était bisexuel. Va savoir… Peut-être parlait-il de ses démons intérieurs. Lorsque je chante ce duo virtuel avec lui, j’ai l’impression qu’une image me parcourt et m’emmène très loin.

Chris Conty existe-t-il au fond ?

Ce que je prétends c’est que Chris Conty, il a disparu. Personne ne sait rien. Je pense qu’il est encore vivant. Et j’espère inconsciemment que ma quête, mon travail, lui permettront de refaire surface.

Dans la biographie, on évoque la concurrence entre Chris Conty et Polnareff, dans la deuxième partie des années 70. Polnareff, c’est l’icône de la fuite et du come-back. Et la fin des 70’, c’est également un moment où le paquebot France est revendu. Tu penses que l’histoire de Chris Conty c’est également une partie du paradis perdu français ?

Ah oui… Je le crois. Il a une carrière suffisamment romanesque. Avec des penchants obsessionnels, compulsifs. Il passe sa vie à s’approcher de la lumière avant de se brûler les ailes. Sa vie est très autodestructrice.

Mais n’y a-t-il pas un peu de lâcheté chez Chris Conty au fond ? Il abandonne le concours de l’Eurovision avant les pré-sélections, son oncle (son producteur chez Vander Records début 70, NDR) qu’il lâche par lassitude…

Je crois qu’en fait il ne supportait pas la célébrité. Le documentaire de Benoit Fink (qui passe sur la chaine Planète prochainement, NDR) montre une interview de Chris où il dit qu’il ne s’est pas préparé à être célèbre. Qu’il ne le voulait pas, que tout lui est tombé dessus. Il a cette phrase géniale : « La notoriété, c’est un peu comme si on me demandait de courir très vite, et moi je cours tellement vite que je m’envole. Mais je n’ai pas appris à voler. Alors je tombe ». C’est beau.

Chris Conty, le Brian Jones français de fait…

Peut-être.. Il a mal vécu la notoriété et dépassé le point de non-retour. Il y a même une tentative de suicide.

Ratée en plus. C’est pathétique finalement.

Oui, mais il revient avec un album auto-produit, très sombre, où il parle de lui de manière plus sincère. Il ne passe plus par les mêmes canevas à ce moment là. Il est punk. Il commence à comprendre. Trop tard peut-être.

Retrouve-t-on des traces de lui après sa disparition en 1981?

De manière erratique oui. Un Américain affirme l’avoir croisé en 1984. Un certain … Douglas Kennedy. Vérifie c’est sur Internet. Il dit que Chris lui aurait fait écouter une cassette dans sa voiture, aux States.

Mais pourquoi t’es tu pris d’affection pour Chris Conty finalement ? Pourquoi lui et pas quelqu’un d’autre ?

Chris Conty réunit tout ce qui m’attirait : La radio, la tv, l’imagerie, les paillettes des 70’. Les jeux interdits…

Même les orgies pacifistes de Chris, tu cautionnes ?

(Mal à l’aise) Ah ça non. Mais je suis fan, je suis obligé de tout accepter. Jusqu’à ses compromissions.

Sa dérive anglo-saxonne, pastiche de Bowie, tu la cautionnes également ?

En France il n’y en a pas beaucoup à lorgner vers l’Outre-Manche. Il se targue même d’avoir passé un fou week-end avec Bowie. Cela reste non vérifié. Il n’y a aucune bande d’archive. Et tu vois, j’apprends encore des choses. Notamment avec le documentaire de Benoit Finck, où on parle de sa carrière au Japon. Que je ne connaissais pas par exemple.

Bon allez une question qui me démange… Ton top 3 des chansons de Chris Conty ?

Il y en a tellement… Tout recommence par exemple. Pour moi, cette chanson parle d’une situation où tout recommence toujours. C’est cyclique, c’est la vie, c’est beau. Je ne connais que ce cri aussi est une chanson magnifique. Il y a également la première période, avec Fleur tu demeures. J’ai eu l’occasion de rencontrer sa cousine, Fabienne, et cette chanson lui est vraiment dédiée.

Tu sais d’où vient la chanson Triste à St Tropez ?

Oui. Elle a été d’abord écrite par Bernard Béo, un chanteur d’un groupe qui s’appelait Les Chaussettes Sauvages. Evidemment, à l’époque c’était du second degré. En Belgique, ils ne faisaient que des reprises rockab’, c’était dingue. Chris Conty a vraiment voulu la reprendre, il l’aimait.

Et Fleur de fer, c’est quand même une sacré galéjade, le pire emprunt aux Magnolias de Claude François……

Oui mais Fleur de fer a été écrite avant les Magnolias, six mois avant pour être précis. Je te laisse donner les conclusions que tu veux à cette histoire…

Te replonger encore et encore dans la vie d’un «mort», tu n’as pas peur que cela te coupe de la modernité ?

Son souvenir est présent. Regarde Polnareff, il remplit Bercy, mais ce n’est pas avec ses chansons actuelles. C’est vrai que je reste fasciné par les chansons de l’époque. Il reste des chansons qu’on aime tous, voila l’important. Et les chansons de Chris Conty, c’est tout sauf une grosse blague.

On fantasme toujours sur les bandes pirates des Stones, les faces B jamais sorties… Quid de Chris Conty ?

C’est pareil. Beaucoup de vinyles sont introuvables, vendus à prix d’or sur Ebay. Des morceaux de bandes non restaurés sont enfermés dans un coffre. Je ne désespère pas de les faire sortir. Pour les vidéos c’est dommage mais en Belgique les vidéos n’étaient pas enregistrées avant le début des années 70, mais il faut continuer le combat, on peut encore retrouver des choses de Chris.

Tu réponds quoi à Ardisson qui dit que Chris Conty se faisait doubler, que ce n’était pas sa voix….C’est polémique quand même.

Pfff… Regarde Plastic Bertrand, tout le monde disait qu’il chantait pas et au final moi je l’ai vu Plastic, c’est bien lui qui chantait !

Ton objectif final ?

Sortir un autre album de Chris, avec d’autres chansons. Redorer son blason, le faire connaître aux nouvelles générations. Qu’il vive encore et toujours pour nos enfants.

A-t-il des enfants spirituels d’ailleurs, selon toi ?

Oui bien sûr. Zazie par exemple, se revendique de Chris. On parle même d’une kabbale contre lui, plus ou moins occulte, lorsque Zazie veut reprendre Rue des souvenirs. Certaines personnes le lui déconseillent.. Pour revenir sur les enfants spirituels, certains d’eux montent même sur scène lorsque je reprends Chris Conty. Il y a même des rumeurs d’enfants génétiques de Chris Conty. Faut pas oublier qu’il a eu une relation forte avec sa cousine. C’est ce que Fabienne dit … Enfin bon, je préfère me concentrer sur l’œuvre de Chris, c’est la seule chose qui compte aujourd’hui.

Photos : Virgile Biéchy

http://www.chrisconty.com/
http://www.myspace.com/chrisconty

Un commentaire

Chris Conty je connaissais pas du tout, mais je me rends compte à présent à quel point je suis passé à côté de la figure la plus importante des 20ème et 21ème siècles. Mais je vais me rattraper.

Commentaire par unibet, le Lundi 18 février 2008 à 21:07

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