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FRANCOIS DARBONNEAU Born to be Wilde (Oscar)

Et moi qui croyais que ce siècle avait atteint l’âge de raison. En fait, c’est un enfant, il n’a rien appris. L’une des meilleures blagues de ce gamin (...) suite

Et moi qui croyais que ce siècle avait atteint l’âge de raison. En fait, c’est un enfant, il n’a rien appris. L’une des meilleures blagues de ce gamin consiste à lire « Pete Doherty » et « Dandy » dans la même phrase, toutes les semaines. Ce n’est pas ici une basse attaque contre le Libertin (allez, j’aime plutôt les deux albums de son premier groupe) mais, tout de même, il y a de quoi rire. Et, justement, le Dandysme est tout ce que l’on veut sauf « rigolo ».

C’est une ascèse, un corset, une visse tournée à double tour. Il s’agit ici de rentrer dans les ordres, de faire pénitence, de suivre un code de conduite simplement connu de soi-même, de prendre le joug.

oscar_wildeLe site de François Darbonneau livre le code de conduite originel, se concentrant sur les dandys classiques, sur les règles de base (vous y apprendrez à vous tenir à table et à ne plus bêtement idolâtrer le costume trois boutons ; deux ou trois peu importe, l’important est de ne jamais boutonner le dernier). Et parfois, le maître des lieux s’arrête sur une grande question : « Le Lafcaldio de Gide, dandyque ? » On prend la pose pour réfléchir.

Ce site est une somme austère distillant une passion froide. Avec lui, le Memoranda de Barbey et la plume d’Arnould de Liedekerke, vous êtes parés. Le socle sera solide, dur, aigu. Vous rayerez le miroir de l’époque comme seuls le font les diamants véritables.

Ici, l’entrée en matière du site. Mise en état d’esprit pour ne plus en sortir:

Vanité des vanités, tout est vanité et poursuite du vent (Ecclésiaste 2 17):

“Qu’un site internet consacré au dandysme s’ouvre sur une Vanité du XVIIème siècle entourée de deux Beau Brummell peut étonner. On pourrait s’attendre, d’après la mode actuelle qui attribue généreusement le titre de dandy à n’importe quel costumé ou dépressif, à une ouverture plus moderne, ou, pour utiliser un monstre sémantique, plus “glamour”. Le dandysme fut au contraire une attitude, une posture, une philosophie infiniment plus profondes que ces superficialités ; il fut une réponse à l’angoisse métaphysique que la Vanité de Philippe de Champaigne (1602 – 1674) matérialise.

Les dandys furent, au cœur du XIXème siècle, la rencontre d’une angoisse métaphysique et spirituelle, d’un contexte historique et d’une mode anglophile – presque anglomane – en France. Le culte de la Beauté, de l’Elégance, les soins minutieux de toilette tendirent les existences de Beau Brummell, le premier des dandys, de Lord Byron, d’Oscar Wilde, de Barbey d’Aurevilly et de tant d’autres. Mais cette recherche esthétique ne fut sans doute que le symptôme d’un mal plus aigu, plus profond, qui caractérise autant sinon plus le dandysme. La recherche d’un Idéal et le dégoût d’une société médiocre et veule furent en effet d’autres constantes du dandysme.

BeerbohmSi le dandy s’impose aujourd’hui comme une figure historique incontournable, c’est sans doute plus grâce à la Littérature qu’à l’Histoire. Nombreux en effet furent les écrivains qui esquissèrent des dandys dans leurs romans, à commencer par Balzac. Dans la Comédie Humaine, des dandys de tous types, plus ou moins éphémères, hantent les salons et les boulevards parisiens. Ce sont, parmi d’autres, Marsay, Rastignac ou Lucien de Rubempré. Plus tard dans le XIXème siècle, les deux “bibles du décadentisme”, A rebours de Huysmans et Monsieur de Phocas de Jean Lorrain s’articulèrent presque exclusivement autour d’un personnage de dandy.

L’utilisation romanesque des figures historiques du dandysme n’aurait rien été sans la contribution essentielle de Baudelaire. Le poète qui avait sans doute le mieux compris les angoisses de son temps fut en effet l’auteur d’un essai sur le dandysme. Cette tentative, ainsi que le Du dandysme et de George Brummel de Barbey d’Aurevilly, fut essentielle car elle dégagea des similitudes dans le cénacle improbable et contradictoire du dandysme. Rien, en effet, ne semblait réunir l’impassible et sobre Brummell et l’excentrique et héroïque Byron.

Que fut donc, alors, le dandysme ? D’après Baudelaire, il fut une attitude à la fois temporelle et spirituelle. Il fut un élitisme combattant le vulgaire et la bêtise, à la manière de Barbey d’Aurevilly, virulent et superbe arbitre de son temps. Il fut également une quête. Quête temporelle avec la mise en représentation constante de l’individu, la recherche intransigeante du raffinement ou de l’excentricité ; quête spirituelle pour échapper au temps. Le temps qui passe, ennemi intime du dandy, fane son visage, élime ses vêtements et, surtout, le fait sombrer dans l’oubli. C’est pourquoi revint sans arrêt chez les dandys historiques cette question cruciale : comment échapper au temps ? La réponse à cette question, objet de La Recherche du Temps Perdu de Marcel Proust, est l’Art.

C’est pourquoi le dandy aspire à créer. Mais sa création est d’un genre nouveau. Certes certains furent écrivains, poètes ou peintres, mais la plupart sacrifia généralement ces œuvres à une autre, plus absolue : leur personne. Dans la Littérature comme dans l’Histoire, le dandy souffre de l’angoisse de la mort jusqu’à être, dans les romans de la décadence, fasciné par le morbide.

Figure historique et littéraire du XIXème siècle, le dandy doit rester attaché à ce siècle. Le premier coup de canon de la première guerre mondiale l’assassina : l’héroïsme, un siècle après Napoléon, était redevenu possible. Affubler un contemporain de la qualité de dandy est donc une escroquerie, pire, un barbarisme. S’il exprime des angoisses éternelles, si sa quête tragique d’Idéal est intemporelle, le dandy est, comme figure originale, ancré dans le XIXème siècle.

Ce site n’a pas d’autre vocation que de présenter quelques-unes de ces figures, de montrer par l’exemple le génie de personnages historiques ou l’acuité de romanciers. Ce site est également une esquisse, par la lorgnette du dandysme, du XIXème siècle, ce “siècle vaurien”. Parallèlement, ce site propose quelques conseils élémentaires destinés à ceux qui veulent, à rebours de l’époque, savoir vivre. Premiers pas vers un absolutisme du paraître, ces recueils de conseils ne sont qu’une invitation à poursuivre. Car l’important n’est pas de maîtriser un certain nombre de codes bourgeois mais de dessiner, à partir de ces codes – les gammes de l’élégance –, une personnalité originale et, to the happy few, transgressive.

http://francois.darbonneau.free.fr/index2.html

3 commentaires

Belle analyse et bons conseils…

Je pense cependant que le dandy ne cherche pas à “maîtriser un certain nombre de codes bourgeois” mais plutôt de codes aristocratiques. Et c’est ainsi qu’il est, au XIXème, le rejeton du XVIIIème bafoué par la médiocratie des révolutionnaires.

Les Chouans sont peut-être (La Rochejaquelin, Charette) parmi les premiers dandy, quand ils exhibent sur leurs uniformes toutes les richesses d’un goût raffiné : soie, léopard, boucles blondes… Les romantiques après eux ; et même Disraeli, homme de médiocre extraction, qui pour atteindre les hautes sphères politiques, marchait dans Londres vêtu d’un manteau bleu et de bas rayés rouges et blancs.

Le dandy veut être le dernier être noble au XIXème, héritier d’un ancien régime défunt rêvé comme une époque d’excellence, quand le siècle avait donné aux garçons d’écuries, aux marchands d’huile d’olive et aux hobereaux corse le pouvoir suprême et le destin du monde

Commentaire par Formerly W. Goethe, le Lundi 4 août 2008 à 18:35

Oui c’est bien cela. Pour moi le dandy cherche à faire revivre une époque dorée (dans sa tête) en l’opposant à celle en cours. Sorte de provoc’ “propre”.
Tiré à quatre épingles quand d’autres se négligent, beau quand on prone la crasse, différent quand on prône l’uniformité. Et surtout, surtout… uniforme dès qu’on va prôner la l’individualité.

Noble dans l’âme.

Tiens je vais passer mon gilet et une chevalière aujourd’hui.

Commentaire par Hilaire Picault, le Lundi 4 août 2008 à 11:27

je vous invite à visiter mon site concernant le dandysme par la vêture et la poësie.
http://lampadophore.blogspot.com

Commentaire par françois bouret de vavasseur, le Lundi 4 août 2008 à 2:31

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