257

DANIEL DARC Crève-coeur chrétien

J’irais au paradis, voilà ce qu’on peut écouter depuis quelques jours sur le Myspace de Darc. Un morceau, un seul, mais de choix. Extrait de son futur album, (...) suite

J’irais au paradis, voilà ce qu’on peut écouter depuis quelques jours sur le Myspace de Darc. Un morceau, un seul, mais de choix. Extrait de son futur album, J’irais au paradis nous met au supplice de savoir que celui-ci contiendra au moins un bon titre sans nous permettre de dire si ce disque sera ou non un digne successeur de Crèvecoeur.

J’irais au paradis ? Je pense au morceau de Polnareff. Mais dès les premiers accords de cette mélodie rockab’ je retrouve du pur Darc. Dans ce refus d’arrondir les angles, dans cette absence de second degré. A l’os, le refrain confirme. «J’irai au paradis car c’est en enfer que j’ai passé ma vie». La délivrance comme seul enchantement possible.

Depuis son retour d’il y a quatre ans, salué en grande pompe dans tous les médias de France et de Navarre, Daniel radote sa sublime déchéance. Conte les jours qui sont comptés. Autobiographique, christique, rock. Comme Johnny Cash et Morrissey. Voilà comment il fonctionne Daniel. Et ça me rappelle une certaine soirée. Un 17 mars 2004.

Une soirée loose avec Daniel Darc. Enfin loose… Tout avait bien commencé. J’avais deux invits pour le concert d’un beau gosse romantique, j’avais la nana que j’essayais de séduire depuis une trotte déjà, c’était mon anniversaire… Je me disais : «Mathilde, ma petite Scarlett Johansson, ce soir tes yeux bleus et tes boucles brunes sont à moi !»

Ce qui s’est passé ? Rien. Après le concert, on est allés se prendre un verre au bar d’en face et j’ai écouté Daniel raconter sa life. Oui, je l’ai croisé et j’ai cru bon de l’inviter, de le lui présenter et voilà, le Daniel il a monopolisé l’assemblée, parlant de ses bagues, ses tatouages, son karaté, vidant les bières de son sac de dessous la table… Un personnage.

J’ai eu beau la ramener en taxi, sur ce coup-là j’avais déjà merdé. Ça m’apprendra à vouloir copiner avec les stars et à me la jouer en montrant que je connais du «beau monde». Elle s’en foutait royale. Je ne l’ai jamais revue. Daniel, si. C’était l’été qui a suivi, au festival Le rock dans tous ses états, à Evreux. Une interview de lui, ça vous dit?

Bonjour Daniel. La dernière fois qu’on s’est vu c’était après le concert de Louis. A la fin de son show tu es monté sur scène pour dire que tu aimais ce mec et sa musique. Vrai ?
J’aime beaucoup le mec. Il est super, mais sa musique a beau être bien ce n’est pas le genre de truc qui change ma vie.

Les chanteurs que tu aimes vraiment, c’est qui alors ?

Oulà ! Je ne dirai rien. Vous avez entendu ce que j’ai dit sur scène : j’aime Bashung, Christophe et Miossec, les autres je n’en parle pas. Bon, il y en a d’autres que j’aime bien mais ils n’ont pas changé ma vie. Tu me diras, Bashung il n’a peut-être pas changé ma vie non plus. Quoique… si, peut-être, avec Play blessures on peut presque dire ça.

Son dernier, L’Imprudence, tu aimes ?

J’ai du mal avec. Pas parce que je trouve ça nul, au contraire je trouve ça vachement bien, mais c’est un truc lourd, au bon sens du terme, il faut du temps pour rentrer là-dedans. Et je pense que dans un an je le réécouterai plus facilement que maintenant. Pour moi c’est un truc dur, un peu comme Rock Bottom de Wyatt ou Marble Index de Nico, qui est peut-être pour moi le disque le plus dur de tous les temps. Je trouve ça sublime.

A l’inverse, ton album, Crèvecœur est sec mais plus accessible, non ?

Il y a différentes façons de voir le truc. Parce que dans Marble Index, en gros il n’y a qu’un harmonium et une voix et c’est dur, donc ça dépend. A la base de Crèvecoeur il y a moi et Frédéric Lo travaillant d’abord sur un titre pour Dani. Mais ça s’est bien passé, alors j’ai dit : «On continue» et j’ai fait le disque avec Frédéric. C’est quelqu’un de très différent de moi. Au niveau des instruments par exemple, sans être non plus un grand musicien, il est bien meilleur que moi.

Mais avais-tu besoin d’un grand musicien ?

Non, justement. Tout a été enregistré chez lui. Et le piano d’ Inutile et Hors d’Usage, il est faux, tu peux l’entendre. Il voulait qu’on le refasse faire, j’ai dit non, on s’en fout que ce soit faux. Je me foutais de ces détails. Parce que les disques que j’aime, par exemple Femme Fatale dans le premier Velvet, si tu écoutes vraiment la partie de basse de Lou Reed avant que la voix arrive, il se plante. Maintenant, rien que pour ça, personne ne signerait. Pour moi, les plus grands disques de Billie Holiday, c’est ses derniers, quand elle ne peut même plus chanter tellement elle n’a plus de voix, pour moi c’est le meilleur. C’est comme Chet Baker, pour moi c’est la fin, quand il chante beaucoup plus mal, quand il joue beaucoup plus mal. L’exemple parfait, c’est le dernier disque de Lester Young où lui il joue comme une merde, techniquement. Mais putain, tu sens la vie et tu sens la mort. Et c’est ça qui compte pour moi. La vie, dès que tu sors du ventre de ta mère, c’est un compte à rebours.

Après ces dix ans d’errance et d’anonymat total, ça te gène qu’on te célèbre d’un coup comme un artiste qui compte et qui vient de pondre un chef d’œuvre ?

Si tu veux une réponse en oui-non, tu es mal barré. Si tu veux un truc un peu plus long, ouais. D’abord, si je n’avais pas été chez Mercury, est-ce que ça aurait été pareil ? D’un autre côté, tout a été clair, j’ai signé avec eux pour vendre. Quand je dis «pour vendre», ce n’est pas pour avoir une grosse bagnole, je n’ai pas le permis de conduire et puis j’en ai rien à foutre des bagnoles. Effectivement, quand je peux, je m’achète une bécane mais je m’en fous de tout ça. Simplement, il y a un mec ou deux, encore une fois je ne vais pas te dire qui, car maintenant j’arrête de balancer, mais récemment j’ai entendu des écrivains qui disaient : «Que je vende ou que je ne vende pas, je m’en fous. Moi, j’écris pour moi-même». Mon cul que tu écris pour toi-même ! Qui est-ce qui écrit pour lui ? Ce n’est pas vrai. Moi j’ai 20 romans dans la tête.

Alors quand est-ce que tu l’écris ce fameux premier roman ?

Bah, là j’ai un plan, je ne sais pas si ça sortira. Mais j’ai un plan, il faut que j’assure. Que j’écrive 15 pages par semaine.

Tu t’es fixé une discipline ?

On me l’a fixée la discipline. Mais d’un côté ça tombe bien, parce que sans ça je ne fous rien. Je ne sais pas si ça marchera, mais je profite du truc. Il y a un truc super avec la personne qui veut s’occuper de moi, c’est qu’elle m’a dit : «Est-ce que tu es prêt à ce que je m’immisce dans tes trucs ?» Et moi, non seulement je suis prêt, mais j’ai besoin de ça. De la même façon, par exemple, que l’album Crèvecœur, sans Frédéric il n’existerait pas.

Tu as toujours besoin de quelqu’un pour travailler ?

Je suis un branleur. Je peux trouver d’autres raisons, mais la seule vraie c’est que je suis un branleur. On me demande un texte pour le 15 mai, et c’est le 20 mai que je me mets à l’écrire. Regarde (il montre une bague en tête de mort sur sa main droite, à laquelle répond une bague similaire sur la main gauche) : la femme que j’aime m’a offert ça, ça fait deux jours que je l’ai. (Il verse la fin de sa première bière dans la seconde, toute fraîche.) Ne fais jamais ça devant un Hell’s Angel, tu te ferais casser la gueule. Ils peuvent t’en commander dix, mais tu ne mélanges pas, tu les finis une par une. Je te dis ça, mais sérieux ça reste entre nous : je ne veux voir le mot «Hell’s Angels» dans aucune interview ! Tu peux mettre le mot «biker» mais pas «Hell’s Angels».

Pourquoi ?

C’est juste qu’à priori je n’ai rien à voir avec eux et que je n’ai pas à m’approprier leurs lois et leurs trucs. Par contre j’ai un blouson signé par Sonny Barger, qui est le président d’Oakland, ça tu peux le dire, mais sinon je ne suis pas Hell’s Angel, voilà c’est tout. De la même façon que si je n’avais pas fait 15 ans de karaté, je ne me permettrais pas de parler de karaté.

Tout à l’heure tu parlais de Lou Reed. Psaume 23 qui clôt Crèvecœur ressemble beaucoup au Sad Song qui clôt Berlin. Tu n’aurais pas repiqué la boucle sonore de de ce morceau ?

Nooon, tu es fou ou quoi (rires) ? En fait, au départ on a samplé Sad Song. C’était une idée que j’avais et que Frédéric avait. C’est marrant parce que tous les deux on ne se connaissait pas, mais ça faisait longtemps qu’on pensait de notre côté à sampler ce truc pour faire une chanson avec. Moi je voulais sampler ce truc, mais on a fini par l’enlever parce que c’était trop évident et puis c’était faux. Et puis, on ne voulait pas d’embrouilles. Mais bon, pour être franc, Gainsbourg il ne répondrait pas à cette question. Moi, je suis un voleur, vraiment, mais je pense que je suis un voleur de talent, donc à partir de là je m’en branle. Connaissant Lou Reed, enfin par les interviews, il est fort possible qu’il ait volé ce son autre part lui aussi. On n’arrête pas de recycler, depuis toujours. Si tu savais le nombre d’aphorismes qui sont au nom de Dorian Gray, euh pardon d’Oscar Wilde et qui ne sont pas de lui… Il y a un livre qui vient de sortir et qui s’appelle Fertiles, je crois et ça commence par l’histoire d’un mec qui s’appelle Jim Kerr (le chanteur des Simple Minds, Nda). Bon, il y a un truc que j’admire chez lui c’est qu’il a réussi à séduire Chryssie Hynde (la chanteuse des Pretenders, Nda), donc il ne peut pas être complètement nul. Et puis en-dessous il y a écrit : «Quelle drôle de vie que nos vies suspendues à celles des femmes», signé Daniel Darc. Alors que c’est quand même de Drieu la Rochelle. Et cet écrivain, peut-être qu’il ne le savait pas et qu’il l’a entendu par moi et voilà. Pareil, Jésus Rastaquouère ce n’est pas de Gainsbourg mais de Picabia. C’est comme le refrain d’Initials BB, c’est de Dvorak, La Symphonie du Nouveau Monde. Il y a un truc de William Burroughs co-écrit avec Byon Gysin dont le titre en français est Les Voleurs et en gros dedans ils disent ça : «Ne vous plaignez surtout pas qu’on vous vole des trucs, parce que si on veut voler on a Rimbaud, on a Verlaine, on a Baudelaire, que des génies. Alors si on vous prend une phrase, vous, écrivain de merde, n’allez pas vous plaindre parce que c’est un honneur qu’on vous fait.»

Toi, aujourd’hui, on te vole ?

Oui, je suis volé. Je veux dire, peut-être que je suis mégalo, mais franchement le nombre de chanteurs qui ce sont inspirés de moi et de mon écriture… C’est mégalo de le dire, mais quand je suis arrivé en France personne n’écrivait en français. En 78-79, il y avait Bijou, il y avait Trust, il y avait Téléphone, mais ça n’avait rien à voir avec l’écriture qu’on avait nous.

Il y avait Bashung. Enfin, il y avait Bergmann.

Oui, Bergmann, voilà. Parce que maintenant Bashung il collabore aux textes, disons moitié-moitié, mais à l’époque il écrivait beaucoup moins, c’était Bergmann. Mais bon, il y avait Bashung et Gaby, Gaby, Vertige de l’Amour, c’était bien.

Bashung, tu le fréquentes ?

Non. On s’est juste vu 3-4 fois, comme ça. J’ai énormément de sympathie pour lui. Moi, je suis vraiment instinctif, c’est mon côté russe. Généralement quand je rencontre un mec, je sais tout de suite si je l’aime ou si je ne l’aime pas, c’est rare que je me trompe.

www.danieldarc.com/

14 commentaires

Hier soir j’entendais quelqu’un me parler de l’extrême nécessité d’un Johnny Cash français aujourd’hui…Est ce qu’on ne tiendrais pas un peu notre homme par hasard?

Commentaire par Federico Mascarpone, le Lundi 26 novembre 2007 à 3:04

non

Commentaire par cheval blanc, le Lundi 26 novembre 2007 à 19:18

putain de d’accord avec le cheval, non.

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 26 novembre 2007 à 12:07

1000 fois non.

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 26 novembre 2007 à 12:07

Faites chier.

Commentaire par Federico Mascarpone, le Lundi 26 novembre 2007 à 18:51

c’est qui Johnny CASH?

Commentaire par Alex Rossi, le Lundi 26 novembre 2007 à 20:31

Désolé Federico, mais… non.

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 26 novembre 2007 à 11:38

je voulais dire que c’est déjà très bien d’être Mr Darc.
Que l’on ne se méprenne pas.
L’idée de votre ami est interressante, mais préciser à quel Johnny Cash vous pensiez : le song writer ? le catholique ? le freak sauvé des eaux noirs de la dope ?
j’ai mon idée
votre
jérôme-david

Commentaire par cheval blanc, le Lundi 26 novembre 2007 à 19:41

DARC IS DARC , et c’est tout , pourquoi vouloir toujours comparer à machin ou machin??? c’est débile , et ça ne veut RIEN DIRE.
CASH IS CASH ……………..et DARC IS DARC, un point c’est tout.
maintenant que tel ou tel artiste fasse “penser” à un autre, là OK….!

Commentaire par oussimi bine ladine, le Lundi 26 novembre 2007 à 16:31

une interview de daniel récente en vidéo.
http://www.dailymotion.com/videos/relevance/search/Darc+trois%20couleurs%20mag/1

il est bien conservé ,et vachement beau , pour un mec qu’a pas suçé que de la glace, hein?
quelle classe !
DARK est MAGNNIFIQUE. quelle intensité émotionnelle, ça ne se trouve pas à tous les coins de rue , des mecs comme ça!
BRAVO DANIEL.

Commentaire par DARKETTE, le Lundi 26 novembre 2007 à 14:16

merci pour lui. j’adore ce mec.j’ai écouté l’album chez un pote de daniel , J’en suis tombée à la renverse , je ne pensai pas qu’il soit possible de faire mieux que “crève coeur”….pfiouuuuuuuuuuuuuu!! quel artiste ! ce skeud est une pure merveille .ce type va devenir une “icone” ,quel charisme, et quel talent!
Il en a dans la paillasse , LUI, quel personnage Fascinant.
Tout le reste me paraît bien fade et insipide à coté de d’un artiste de cette trempe!

Commentaire par beatrice de bavière, le Lundi 26 novembre 2007 à 19:07

Sans oublier FREDERIC LO…c’est la classe!

Commentaire par noodles, le Lundi 26 novembre 2007 à 11:20

daniel monopolise toutes les couv’, et la presse en général, ce mois de janvier:
mais celle ci sur le NET , est pas mal du tout:
http://musique.typepad.com/musique/2008/01/daniel-darc-ncr.html

IL N ECRIRA PAS POUR CARLA BRUNI!!!!! pas question! hahahahaha!

les 7 pages dans MAGIC , interview par Christophe Honoré+ interview de F.LO qui explique toute la construction de l’album , morceau par morceau…vraiment très très interessant.
sinon il est(sera) en COUV’de:
-MAGIC (super!)
-R§F
-les inrocks
-Start Up
-Tecknikart

+7 pages dans VOX POP (nouveau mag)

vous pouvez écouter un bout de quelques titres sur le site des inrocks là:
http://www.lesinrocks.com/index.php?id=46&tx_extractnotule=207741&cHash=d8f3f43269

+à partir de ce soir (14 janvier) tous les soir à 18h 10, un live d

Commentaire par tutti quanti, le Lundi 26 novembre 2007 à 14:05

- et Femme Actuelle hahahahaha
n’importe quoi !

Commentaire par had to be you, le Lundi 26 novembre 2007 à 17:06

Laisser un commentaire