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DENNIS WILSON Pacific Ocean Blue (Sundazed)

L’annonce de cette réédition a fait se ruer dans les brancards les surfeurs pâlichons à lunettes des rédactions parisiennes inconditionnelles des Beach Boys. Comme si tout ce qui venait (...) suite

L’annonce de cette réédition a fait se ruer dans les brancards les surfeurs pâlichons à lunettes des rédactions parisiennes inconditionnelles des Beach Boys.

pacific-ocean-blueComme si tout ce qui venait de la famille Wilson faisait office de caillou pour collectionneur d’art tribal. La suite de Smile c’était pathétique, tout comme cet album en fait, juste parce que le pauvre Brian a pété les plombs, des dégénérés en on fait un joyau. Les tubes du début, Pet Sound, Wild honey, Friends, 20/ 20, Holland, Sunflower, Surf’s up resteront les plus belles vagues. La suite s’enfonce dans les seventies. Ça ne m’a jamais éclaté mais ça viendra peut-être, comme avec les Wings de Mc Cartney. Il m’a fallu du temps et après ça n’a été que bonheur. Affaire à suivre, donc, pour les Beach Boys seventies.

Ils ont fait ça pour la thune. Il y a aussi ces histoires de labels mais ça on s’en fout, les mecs étaient cramés, beaucoup plus que les Beatles. Et quand ils se lancent dans d’interminables tournées où ils reprennent leurs tubes du tout début sixties, cela ressemble déjà presque à un numéro de cirque. Des barbus qui chantent Surfin’ USA, je n’y crois pas, écoutez le live The Beach Boys in concert (1973), l’exercice est troublant. En fait, ce groupe m’est toujours apparu comme une bande d’orphelins qui passaient par tous les stades émotionnels d’un enfant de 5 ans. Légers, heureux, créatifs, tristes, pleurnichards mais finalement toujours là, parce qu’un enfant de 5 ans a besoin des autres. Et puis merde j’ai lu trop de trucs sur eux qui s’apparentent plus à de la psychanalyse de supermarché qu’à de la musique alors je vais me taire sur ce sujet.

Dennis is the skyEn 1976, les Beach Boys sont au bout et la guerre des intérêts financiers a gentiment commencé. Dennis Wilson, seul véritable surfeur des Beach Boys, se lance avant tout le monde dans une carrière solo. Il était batteur, toujours un peu en retrait, il avait aussi une sacrée voix, plus rock et moins cristalline que celles de ses frères. Pur produit californien, Pacific Ocean Blue sort en septembre 1977. Qui l’a écouté à l’époque ? Quelques derniers hippies sur une fin de pétard ? Ses amis et les fans inconditionnels des Beach Boys sûrement. Le Jefferson Starship s’enfonce dans la médiocrité, les Eagles s’envolent vers les grandes surfaces et les grands disques de « classic pop », si je peux appeler ainsi tout ce qui n’est pas punk, sont crédités Fleetwood Mac et Supertramp. Une époque assez moche en fait pour la pop.

Dennis Wilson écrit tous les morceaux, on l’aide pour les textes et ce Pacific Ocean Blue est grandiose. La prose est très seventies. Batterie mate, et réverb’ générale, il y a beaucoup de claviers, des pianos, des synthés bien dosés, des grattes éclairs noyées d’effets en fond, des saxs, beaucoup de choeurs et cette putain de voix. Finalement très moderne comme sur un bon Steely Dan. Gainsbourg aurait adoré.
Et puis il y a ce gramme de tristesse, cette amertume chère à la famille Wilson. Thoughts of you est un appel vers les fonds marins qui clôture la face A du disque après quelques rocks ensoleillés très californiens. La mélodie est sublime. La face B est digne de Brian, qui dira d’ailleurs de son frère : « His vibe and touch were energetic, graceful and beautiful ».

Le plus fou reste qu’il co-écrit le morceau Pacific Ocean Blue avec le chien fou Mike Love. Carl Wilson est également de la partie sur des grattes, des chœurs de Bruce Johnston et plus surprenant les basses de James Jamerson, bassiste prodige de la Motown sixties. L’album se termine sur Rainbows et End of the show, des perles qu’on ne trouve que dans des eaux très claires, fines et presque irréelles. Il doutait énormément de la qualité de ce disque. Il y a dans la réédition, le message qu’il avait laissé à l’époque dans le premier pressage. Une dizaine de lignes où il espère que le disque nous plaira. Il aimerait même avoir nos commentaires. Et pourtant j’ai rarement entendu un disque aussi vrai que Pacific Ocean Blue. Il y a cette franchise dans l’écriture qui ne trompe pas, un peu comme chez George Harrison.

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Dans le package Pacific Ocean Blue, il y a aussi ces deux autres 33 tours. Les sessions de Bambu, The Caribou sessions. Ce qui devait être son deuxième disque. Une tournée annulée, et la véritable fin des Beach Boys avec les albums de la fin seventies.

Encore une fois l’affaire est merveilleuse, presque plus touchante que le premier disque, plus mélodique, plus pure et encore plus réverbée. Il y a des intrus comme le très surf Holy man ou Common, des morceaux chantés seul au piano avec un gramme de batterie ultra mate. Love remember me, qui annonce la fin, comme dans le dernier quart d’heure d’une pellicule hollywoodienne. Une vingtaine de titres oubliés, que je définis aujourd’hui comme les derniers chapitres de la musique surf, à une époque ou les premiers skateurs «The Boyz» reprenaient le flambeau de l’urgence californienne, du sable chaud acidulé et des sessions de glisses où il ne faut pas se retourner. Foncer tête baissée dans une vie trop belle pour être vraie. Le dilemme californien.

La suite de Dennis, tout le monde la connaît. Le plus authentique des garçons de la plage a évité le ras de marée. « Piano variations on thoughts of you ». C’est terminé et l’étoile Dennis n’a jamais autant brillé.

http://www.pacificoceanblue.net/

4 commentaires

Tiens les gars, ça serait bien de dire quelque part que le dessin est de David Scrima (http://www.myspace.com/davidscrima) non?

Commentaire par Kill Me Sarah, le Lundi 4 août 2008 à 9:47

c’est beau!!

Commentaire par Jean-Emmanuel Deluxe, le Lundi 4 août 2008 à 19:54

cet album est une offrande…comme s’il avait voulu qu’on puisse se souvenir ne serait qu’une seconde de sa sensibilité.
son interprétation de “only with you” balaie toutes ces ballades post-romantique qu’on essaie de nous faire avaler aujourd’hui.
ce disque est une vague empreinte d’humanité et de vérité, rien ne sonne faux dans ces mots (maux).
pacific ocean blue représente ce qui pourrait rendre le monde meilleur (c’est un peu naïf, mais bon…)
s’il y a un dieu, un quelque chose de spirituel, alors je crois que nous avons cette bible entre les mains…

Commentaire par tibodo, le Lundi 4 août 2008 à 17:47

superbe réédition d’un album oublié, témoin sonore d’un monde ,celui de la fin des 70’s, mais surtout d’une culture et d’un savoir faire musical basé sur la recherche de climats par le biais de compositions finement orchestrées ,un artisanat hélas presque disparu,l’émotion est palpable,”a fleur de peau”, rien n’est racoleur ni vulgaire ici, quelle voix ! quelle feeling ! quelles mélodies ! mais cette musique réclame de l’attention , du temps , il s’en dégage une atmosphère en demi-teintes lorsque le soleil commence a disparaitre, une sorte de surf-gothique
entre ombres et lumiéres , unique et magnifique.

Commentaire par cornucopia, le Lundi 4 août 2008 à 12:04

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