Promis, je ne vais pas refaire la blague de “l’electronica en 2008″ —ah ouais c’est vrai que c’était bien nul l’electronica, heureusement que c’est fini. Pourtant, ô surprise, nous arrivent tout droit de (etc.). Quitte à parler retours de, percées héroïques, remontons un poil plus loin : au modernisme en musique.
Rietveld Reconstruction ? Alex, aged sixCouper court : Pas plus ici question de post-punk mondain exposé en galerie merdique que de graphisme imitation constructivisme russe, ni d’ailleurs que de ce commun et lamentable contre-sens amenant à faire de branleurs nostalgiques à seize ans les nouveaux modernistes. Crise de la culture sans doute. Cadrer : Moderne entendu comme attitude plus que forme, comme progressisme et souci de demeurer avant toute chose “au service de la vie”, en phase avec son temps et ses problématiques.
Forbidden Planet original soundtrack, Louis & Bebe Barron
Le mec de Nation of Ulysses à qui VBS ont l’air très fiers de faire interviewer des dizaines de vieux punks au Guggenheim avait un bon mot sur le sujet, statuant le “rock’n'roll as real estate” avant de dresser une rapide histoire de la musique pop fonction de la conjecture immobilière et économique. Au disco il associait la rupture des accords de Bretton-Woods ; l’immatérialité de la spéculation boursière, des boîtes fictives offshore, la vacuité décorée d’une bande-son jetable. À l’electronica 00s il donnait pour père Alan Greenspan, sa baisse des taux d’intérêts immobiliers ayant entraîné une explosion du marché et rendu l’espace trop précieux pour pouvoir se permettre de répéter autrement qu’au casque.
2008 : Énième micro-redite de choc pétrolier, monde libre uniformément à droite, re-disco, revival guerre froide, nostalgie du bel échec de mai 68, mythe du péril jaune plus que jamais populaire, re-re, repli sur elles-mêmes des musiques défricheuses de nerds dont on achète les disques à Bimbo Tower, DIY conçu guère plus que comme modalité d’accès au statut d’institution, blogueurs pro, marketing communautaire chez Headbangers Publishing et chanson française. Réaction et grand rien. Mai-juin : Au moment de se poser la question du gros truc de l’été —notamment se convaincre que 2008 ne sera pas une autre année de Wayfarers et d’italo disco— semble aussi s’identifier celle du libre arbitre : de produit de son époque à dialogue avec celle-ci la frontière est mince ; c’est peut-être sur celle-ci que se trouvent Daedelus, Nil et Gavin Russom, là même où j’identifierais le modernisme.
Love to Make Music to, Daedelus
Daedelus live, HolgasnakeÉcouter cet album après les disques maniéristes du producteur californien c’est un peu comme découvrir que les filles aussi font caca. Avoir aimé cet album c’est se découvrir préférer à une tendre étreinte deux deux doigts dans le cul et un clafoutis de chatte la tête dans le plat, sans que jamais le fond n’en souffre, que tout ne soit qu’amour. Parce qu’au fond les jolies ballades électroacoustiques ne suffisent plus à le dire, le nouveau mièvre pare d’infinie minutie ces turbines bien actuelles. En somme le dernier Tellier en hip hop, au présent. Et réussi.
Comme un (presque) printemps, Nil
“Anyone who applies the term IDM to my music deserves to be shot.” Ce n’est pas de lui mais ça pourrait facilement l’être. Pourtant, une fois clairement écartées les compilations de pets de criquets autoproclamées Intelligent Dance Music par des informaticiens diplômés en 1999, fans d’Aphex Twin et n’ayant jamais foutu les pieds dans une boite, il serait tentant de résumer à IDM cet EP. L’effort de construction d’une funk abstraite avec les chutes de la musique électronique défricheuse de Ryoji Ikeda ou Alva Noto est commun avec Aoki Takamasa mais ici articulé autour d’un profond souci de la mélodie, serpentant en l’air de petites explosions en plateaux rêveurs. Joli élément de réponse à l’ennui envahissant les clubs survivants de Paris.
Live @ Super3, Gavin Russom
Day of Blood, Delia Gonzalez & Gavin RussomDissocier la performance musicale de Gavin Russom début avril à la Maison des Arts de Créteil de celle, visuelle, d’Assume Vivid Astro Focus me sera difficile. Déjà parce que j’ai découvert sa musique, en partie seulement retrouvée dans l’EP Relevee, sur le fait, ensuite parce que l’avalanche de formes et de couleurs subie à travers les lunettes diffractantes distribuées au public m’a suffisamment rappelée mes derniers rêves lucides sous LSA pour me traumatiser durablement. L’avalanche était pourtant bien sonore, au delà du mash-up, de l’hommage déconstruit et autres postmodernismes à la petite semaine (voir pour ça le dernier Matmos) se construisait lentement, entre un piano blanc et deux mètres cube de machines, une communauté de sens entre Derrick May et Faust.
Bande-son pour la demi-seconde séparant le lâchage en pleine eau de la résignation à travailler un air blasé au comptoir.
http://www.myspace.com/daedelusdarling
http://www.myspace.com/mynameisnil
http://www.deliaandgavin.com/
http://www.cheapcream.com/
4 commentaires
C’est l’un des meilleurs articles lu ces dernières semaines. Ce commentaire n’apportera rien de constructif, excepté un hochement de tête approbateur qui frole le concensus 2.0 agrémenté de spasmes electroniques.Paix et communisme.
Salut,
c’est un peu dur de vous contacter. Je laisse des coms. J’aimerais faire lire un manuscrit à Yves Adrien. Peut être que vous savez où il se trouve et que quelqu’un le connait ici. Merci.
Moi envoyez moi un mail
Charlesvonstrychnine@hotmail.fr




PLAY BLESSURES
Superbe article.
Gavin Russom revient au Point Ephemere le 10 Juillet.