Rappel de l’épisode précédent : Après quatre épisodes assez brouillons, mais néanmoins menés de main de maître par un chien apprenti rock critic, l’histoire touche presque à sa fin. Bester est enfin dans le bureau de Paddock pour passer le grand oral. Pour ceux qui n’auraient encore rien compris à cet essai littéraire que le monde entier nous envie, Bester est un chien fan de rock critique. Philippe Paddock, rédacteur en chef de Dazed & Bones sera soit son sauveur soit son bourreau.
La porte s’entrebâilla, s’ouvrit et se referma. Bester était maintenant dans le saint des saints, dans l’enceinte du journalisme, avec pour seule armure des touffes de poils et un trench posé par-dessus.
«Des chiens et des jeux» se dit Bester ,hilare en son for intérieur, «le moment de tenter mes démons». Paddock le devança dans le vestibule, lui montrant un à un les bureaux remplis d’êtres polymorphes aussi étranges que Bester lui-même : Des vieux briscards, la cinquantaine aigrie («Mais si Bernard, je te jure, Jimmy était là devant moi, c’était en juillet 68… ou 69…. Attends je me souviens, il y avait …. C’était le bon vieux temps») et de jeunes prépubères attirés par la lumière comme des insectes sur le néon. A la cafetière deux rrrriot girls l’air un peu punk décoloré se narraient l’une l’autre leurs soirées de la veille :
- Trixy, tu vas quand même pas me dire qu’IL t’a…..
- Si Bonny, sois pas si surprise. Tu crois quand même pas que j’ai écrit cet article sur LUI juste pour la gloire uh ?! Mais il était pas en forme hier, l’abus de Benzédrine je pense. C’est son roadie qui m’a ramené au squat, je lui ai montré ma chambre…. Etc etc.
Les vieux discours sur les mythes morts, les expressions hype du moment (The Pedophiles, c’est grave chéper’, trop pimpy le keum) et les exploits sexuels des deux peinturlurées s’entremêlaient pour donner au final un brouilli sonore digne des plus grands trips psyché de tox’. Bester, dans ce grand bordel, comprit soudain qu’il était entré dans un zoo rythmé par les cris d’animaux en cage. Ici, les grillages barbelés avaient été remplacés par des murs en placo, les bouquins volaient par la fenêtre et des articles spectacles étaient vomis par une bande de psychopathes qui fumaient des roulées. C’était donc cela Dazed & Bones : Un fax qui n’arrêtait pas de cracher les news, des gémissements à demi-humains et un rédacteur en chef au tic nerveux compulsif sur l’œil gauche.
- «Suivez moi dans mon desk» lui dit Paddock, «faut qu’on talk»
Un bureau…. Plus une chambre d’étudiant mal rangée avec un meuble en bois d’ébène posé au centre. Et HENDRIX HURLANT DANS LA CHAINE BANGS & OLUFSEN.
- BON FACE DE CHIEN ! IL EST OU TON ARTICLE ? QU’ON VOIT SI TU FAIS LE POIDS FACE AUX AUTRES JOURNALISTES….
Faut dire que Paddock il gueulait fort face à Bester, la faute au poste qui criait encore plus fort.
- NON MAIS C’EST-A-DIRE M. PADDOCK….. POURRIEZ PAS BAISSER UN PEU LE SON DE LA CHAINE ??????
- Pardon mon petit, pardon…..
- Je vous ai écrit un live report écrit sous méthadone, le retour des Stooges à Vaux-en-Velin le mois dernier. J’ai pas vraiment aimé.
L’air un peu contrit, Paddock vola littéralement le papier des mains de l’apprenti rock critic, comme pour lui montrer son mécontentement face à l’article pas encore lu. Faut dire qu’Iggy avait mangé chez lui la veille. Et puis le label avait quand même bien graissé la patte du vieux pour avoir la couv’ le mois dernier. Fallait quand même pas déconner non plus avec l’authenticité lorsque Madame Money frappait à la porte.
Bester pouvait suivre des yeux la pupille dilatée du rédac’ chef en train de parcourir son papier, sobrement intitulé «Pourquoi les vieux groupes de rock’n’roll feraient mieux de manifester pour leur retraite au lieu de venir jouer les jeunes devant une masse d’innocents se défonçant à la bière lorsque leurs aînés prenaient des pilules». L’angle parfait selon Bester pour une place dans la rubrique Chroniques et bitures électriques.
La pupille du vieux se dilatait encore, jusqu’à la convulsion, lorsque la conclusion de l’article parlait de «souhaiter la mort de Pop pour faire renaitre le rock». Et puis surnommer l’iguane Iggy Popo, c’en était trop.
- Dehors sale clébard ! Je veux plus vous voir ! Vous insultez le monolithe de trois générations, vous souhaitez sa mort, vous brisez le rêve de nos jeunes lecteurs ! ET PUIS VOUS ETES RIDICULE AVEC VOTRE COSTUME DE CHIEN !
Là se joua l’instant tragique, celui où Paddock voulut bondir de son siège et arracher le simili costume de Bester, voir son vrai visage sous le museau et le défigurer à vie avec un cutter pour avoir osé égratigner son fond de commerce : Le rocker culte mort cliniquement.
Silence de stupeur. Puis cris et tremblements dans le bureau de Paddock. Heureusement le larsen de Jimmy couvrait l’éprouvante épouvante.
- MAIS VOUS ETES VRAIMENT UN CHIEN ????? Mais c’est quoi ce bordel ?
- Vous le saviez déjà M. Paddock, mon costume n’est que trop mal imité…….
- ………….
- ………….
S’en suivit un lourd combat de regards avec Are you experienced en fond sonore. L’air un peu fébrile, Bester se décida à avancer un pion, comprenant dans l’œil de Paddock que ce dernier ne préviendrait personne. Etonnant. Vous ne paniqueriez pas vous, si un chien en trench se présentait dans votre bureau avec un article parlant d’Iggy Popo ?
- «Bien bien…» fit Paddock.
- Sauf votre respect, Paddock, je reste un peu coi devant votre tranquillité. Un épagneul breton débarque dans votre bureau et vous crache à la gueule, et la seule chose que vous trouvez à me dire c’est «bien bien…».. J’ai dû rater un train.
- Nan mais faut dire…. Vous m’êtes sympathique.
Bester nageait maintenant en plein délire. Paddock lui coupa la parole qu’il n’avait pas encore prise :
- J’ai un lourd secret à vous confier. Suivez-moi.




PLAY BLESSURES