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FIELDS Le champ des possibles

Fields sort son premier album, Everything last Winter, fin aout en France. Une rencontre avec Pierre M. , et quelques soucis techniques plus loin, Fields se raconte en (...) suite

Fields sort son premier album, Everything last Winter, fin aout en France. Une rencontre avec Pierre M. , et quelques soucis techniques plus loin, Fields se raconte en bande. Alors… Groupe tout-terrain ou sous-terrain ?

OK, tout d’abord, je tiens à souligner que les Fieldssont des gens charmants. Par exemple, ils ne m’ont pas tenu rigueur de m’exprimer dans un Anglais plus qu’approximatif (Allemand première langue, hélas, un retard qu’on ne comble jamais tout à fait…). Pas plus qu’ils ne m’ont tenu rigueur d’un incident des plus regrettables, entièrement imputable au mauvais état général de ce qui me sert de cerveau. Avant de partir pour l’interview, j’avais pourtant tout vérifié : les piles du MD, celles du micro, j’avais pris soin de retirer le mini-disc qui traînait dans l’enregistreur - pour le remplacer ultérieurement par un neuf - et j’avais jeté un bloc-notes et un stylo dans mon sac, au cas où… Bref, une préparation de vieux pro.

La première minute se passe bien. Fields sont super accueillants, je sens qu’on va bien s’entendre. Ils voient mon micro Sony et commencent par dire : «Il est super bon, ce modèle, on a même fait quelques prises sur l’album avec ce petit micro !». Je fais le modeste : «Ouais, ouais, il est pas mal…», quand, soudain, mon regard se porte sur l’écran du Mini-Disc. Et là, commence une sorte de cauchemar, un incident totalement déplaisant. Sur le putain d’écran clignote le message suivant : «NO DISC… NO DISC… NO DISC…»

J’émets un rire nerveux et je blêmis. Je me revois chez moi, en train de songer : «Il faudra pas que j’oublie de prendre un mini-disc neuf…». Il y a des moments dans la vie où l’on se hait, où l’on aimerait bien être un peu plus intelligent, un peu plus brillant, vous savez bien…

J’ai donc expliqué à Fields que tout ce matériel était en effet vachement bien et que, dans l’ensemble, j’en étais assez satisfait, mais qu’on allait pas l’utiliser, pour des raisons… heu, « techniques ». Une bonne interview old school, papier-crayon, avec un interviewer qui maîtrise pas l’Anglais, hein ? Ca vous dirait ?…

Avant d’entrer dans l’interview, j’aimerais dire que Fields est un groupe précieux et articulé. Oui, «articulé»… Ils se rattachent à une certaine pop ligne claire. Et discuter avec eux revient à passer un moment limpide, un moment très «ligne claire», justement, avec cinq personnes attachantes. On sent un vrai groupe. Un vrai univers. Univers vers lequel on a instinctivement envie d’aller. Ils n’ont nul besoin de recourir pour cela aux tactiques habituelles de racolage. Le charme opère naturellement.

Si l’on veut jouer au jeu des influences - pas celles qu’ils revendiquent mais celles que je crois entendre sur leur premier album « Everything last Winter » -, on citera The Feelies, Crosby Stills and Nash, la scène folk anglaise du début des seventies (Pentangle et Fairport Convention) et, bien sûr, Tamla Motown (non, ça, c’est juste une vanne de Jamie, le guitariste shakespearien et francophile !). Celles revendiquées par Nick, le chanteur principal, sont : My Bloody Valentine, Cure, Sonic Youth, Nick Drake… Matty et Henry, qui composent la délurée section rythmique, avouent des penchants plus post rock, ainsi qu’un intérêt certain pour l’électro. Thorunn, clavier et chant, confirme écouter un peu les mêmes trucs (enfin, ça m’arrange de penser ça, parce que, dans la confusion, j’ai pas pu tout noter, sans compter que je parle pas la langue…).

Je les voyais bêtement comme un groupe un peu fragile, pas forcément à l’aise avec la scène et tout ça. Comme quoi on peut se tromper. Fields a déjà tourné au USA et les villes où ça marche le mieux pour eux sont : Boston, New York et… Detroit ! Un groupe qui cartonne à Detroit ne peut pas être mauvais, nous sommes bien d’accord.

Ce qui se fait jour, au fil de la conversation, et qui me plait bien, c’est que Fields ne se sent proche d’aucune scène et ne souhaite se rapprocher d’aucune. Ça prendra plus de temps pour eux, et ils en sont conscients, mais quand ça marchera, ce sera pour de bonnes raisons. Ils semblent en avoir un tout petit peu marre - et moi aussi - du « bon goût » affiché de la nouvelle scène anglaise. Plutôt que d’écouter les gens qui pillent Gang of Four, autant écouter les vrais, non ?

Ils ont enregistré leur premier album à Dublin, dans un lieu très sombre, sans lumière du jour. Une cave où des fantômes rodaient. Et ils ont bien aimé ça, m’ont-ils dit. Je les comprends, il n’y a rien à gagner à traîner à la lumière du jour. Ils iront enregistrer le prochain dans un lieu encore plus froid et encore plus sombre, cet hiver, à Montréal. Bien que Thorunn, qui vient de Reykjavik, m’ait affirmé que le froid, c’est uniquement psychologique. Ouais, je veux bien…

Avant de se quitter, ils me disent qu’ils reviendront jouer à Paris, en septembre. Ça va être cool. Venez les voir car, je gardais le meilleur pour la fin : ils sont plus beaux que tous vos autres groupes préférés !

Quand je suis ressorti de l’immeuble PIAS, il pleuvait. J’étais à nouveau seul dans la grande ville et le regard bleu de Thorunn s’effaçait peu à peu de ma mémoire. Ma mémoire !… Un détail important me revint à l’esprit. J’ai erré un moment à la recherche d’un magasin qui puisse me vendre des mini-disc vierges (Au cas où l’on me confierait un jour une autre interview), mais je n’en ai pas trouvé. Je pense que je vais changer de métier. Ou apprendre les langues étrangères.

Photos : Virgile Biéchy

http://www.myspace.com/fieldsband

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