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HEARTLAND HEXAGONAL France, Terre d’écueils

Foutus étudiants, jamais contents. En même temps je les comprends, aucune tentative de changer les choses en mieux n'a été proposée depuis... pff... depuis que j'ai foutu les (...) suite

Foutus étudiants, jamais contents. En même temps je les comprends, aucune tentative de changer les choses en mieux n’a été proposée depuis… pff… depuis que j’ai foutu les pieds dans un établissement public. Oui j’ai fait toute ma scolarité dans le public, cela vous choque ? Désolé, n’est pas de droite qui veut. Enfin, là n’est pas le problème. Non, la vraie chienlit c’est que comme les manifs bloquent les rues je me retrouve depuis vingt minutes forcé d’écouter la radio (publique elle aussi puisque c’est Le Mouv).

Les titres de chansons (prétendument nouvelles) françaises s’enchaînaient, dans ce style et ce ton que j’aurais défendu âprement il y a sept ou huit ans, mais qui désormais me sort par les yeux.

“Oh, une rime en -ien. Tiens, une guitare acoustique. Ouah, un accordéon”.
Redondance. Mollesse.

“Française” et “nouvelle”, ok. Mais saine ? Au bout du troisième ou quatrième d’affilée, j’ai pris peur. Je me suis soudain demandé en quoi cette vague musicale venue lentement (dix ans tout de même depuis le premier ‘Louise Attaque’, treize depuis ‘Boire’…) mais sûrement remplir les listes de rotations des ondes francophiles, en quoi cela pouvait ou allait avoir une influence sur la créativité musicale dans notre pays.
Frisson. Suée.

Des mômes qui ont été élevés en écoutant Mick Jagger et John Lennon ont fini par jouer Louie Louie pendant quinze minutes non-stop sur un ampli percé en criant comme des fauves en rut. Ceux qu’on a bercé en chantant du Sardou et du Christophe ont réussi à détourner la platine familiale et des ponts d’autoroute de leurs usages premiers. C’était la revanche. La volonté de faire un truc de sa vie. Quitte à un jour devoir voter UMP et emprunter à papa son intégrale de Ferré (ou Pink floyd, selon votre papa), avoir eu un jour le plaisir de se dire que tel mouvement n’a appartenu qu’à vous.

C’est le raisonnement même qui me fait ne pas en vouloir à ceux qui ont écouté L’affaire Luis Trio ou The Smiths.

C.Mais là, ceux d’aujourd’hui, que vont ils avoir pour eux ? Ces bambins qui jouent alors que maman chante en boucle Jeanne Cherhal ou Les Fatals Picards, que vont-ils devenir. Pire, quand papa bouge un peu la tête dans la voiture au son de Cowboys Fringants ou de Dyonisos, on ne peut même pas leur en vouloir sur le fond. C’est une tentative. La même qui nous poussa dans des garages, branchant un ampli sur la prise du sèche-linge. Que va-t-il se passer quand on nous aura vraiment lobotomisé de cette musique là, comme ce fut le cas avec le (mauvais) rap français pendant une décennie, sur ordre du Sturmbannführer Toubon ?
Ces gosses là, ils nous sortiront un “rock français” qui fait des reprises de Manu Chao, ou une pop inspirée (même partiellement) par Raphaël. Est-ce qu’on peut attendre ça sans blêmir ?

Ou alors, ce sera pire que tout. Il vont nous haïr nous qui parlons cette langue qu’ils comprennent. Vomir les guitares en bois, et se vider les intestins dans des violons. Ceux là n’aimeront jamais Cheval Blanc ou Bashung.

En fait ce qu’il va se passer, eh bien je vais vous le dire. Avec toute cette musique franco française, on aura créé notre propre Heartland Rock à nous. Notre heartland-chanson, plus exactement, vu que du rock, en France, c’est pas bien, il faut pas toucher, essuie-toi les mains, bouh caca.
Vous ne savez pas ce que c’est que le heartland rock ? C’est ce qui rendit “adorables” des gens comme Bruce “the boss” Springsteen ou John Mellencamp aux yeux de quelques millions de clampins portant des casquettes John Deer et lisant les aventures de Garfield dans leur journal le matin, avant de démarrer le tracteur et arpenter des acres et des acres de soja modifié. En clair, une musique pour le peuple. Populo. Basée sur un héritage musical “admis” et 100% américain : le rock’n'roll mais teinté de folk.

Que ce soit Bénabar qui chante qu’il a oublié son code de carte bleu ou de digicode à des petits Parisiens blasés par leur propre quotidien, ou Damien Saez qui rappelle à toute une jeunesse outrée qu’en France la vie est dure, ce dont ils sont déjà intimement convaincus. Je ne parle même pas de Doré reprenant du Gainsbourg (terriblement fadement) pour briller dans les cocktails, mais de cette tentative vaine de “parler français à des Français”.

Dire à une CSP ce qu’elle veut entendre, cela s’appelle du populisme. Pas de l’art.

Encore, à l’époque Brel/Brassens/Ferré, il y avait une sorte d’engagement sous-jacent, chose que je réprouve dans le rock mais qui pouvait se comprendre à leur époque, si lourde de barrières sociales et morales. Mais aujourd’hui, que veulent bien nous dire tous ces vieux-avant-l’heure ?

Alors vous allez me rétorquer que tout ça n’est pas du rock mais de la chanson, et que les rockeurs s’élèvent un peu au-dessus en terme de paroles, car dans le rock, le texte n’est pas primordial (l’exemple éculé de A Wop Bop A Loo Bop A Lop Bam Boom)… Quand bien même, je crains le pire pour tous nos futurs porteurs de guitares qui auront entendu Bénabar et Cali, sans aimer ni haïr.

4 commentaires

Commentaire par Bester Langs, le Lundi 15 décembre 2008 à 12:21

Et dire à une CSP, ca s’appelle du commerce.
Je suis d’accord avec toi sur la problematique populiste et c’est ausi ce qui rend l’underground moins intéressant dans sa posture quasi-intrinsèque d’opposant au systeme. D’ailleurs le seul emploi du mot underground en dit long sur la scission quasi-traumatique de la scène musicale en France. Cela devient trop difficile de faire de la bonne musique et de vendre des albums, c’est peut-etre pour cela qu’on a inventé de toute pièce le concept de French Touch; c’est vrai que tapper sur un clavier en superposant des pistes sous Reason peut paraitre revolutionnaire pour des millions de gens habitués a citer Brassems aux cotés de Led Zeppelin ou des Doors dans leur discographie idéale de maniere quasi-instinctive, comme si ca allait de soi. Le romantisme est mort et la France est son cercueil.

Commentaire par Matt Oi, le Lundi 15 décembre 2008 à 21:40

Garage Rock = Dernier souffle de vie
Sunshine Pop = Faux espoir sublimé
House et minimale = suicide des sens
Krautrock experimental = Acceptation du destin
Tryo+Cali= Horizons funestes
French Touch = Pompes Funebres

Commentaire par Matt Oi, le Lundi 15 décembre 2008 à 21:50

Ah oui, j’oubliais folk parisien = suicide intellectuel mais je voulais pas etre redondant

Commentaire par Matt Oi, le Lundi 15 décembre 2008 à 21:54

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