Ah !! Qu’il est loin le temps des cerises et autres fruits printaniers. La compile d’Henrik Schwarz en live est là pour nous le rappeler. Dieu soit loué, il nous reste encore DJ Kicks et son superbe Booka Shade qui aura, il faut le dire, réchauffé un hiver qui n’était finalement pas si froid. La faute à qui ? Le CO2 ? Peut-être pas, peut-être était-ce ce double album d’électro regroupant les précurseurs du mouvement techno judicieusement intitulé Kings of Electro. Voyons tout de suite de quoi il est ici question et pénétrons cette dark attitude allemande qui nous permet finalement d’espérer un mois de mars haut en couleurs.
Serait-ce un hommage à la loi Evin si cet album sent bien plus la transpiration que la cigarette ? Un peu à la manière des clubs depuis ce début d’année 2008 me direz-vous. De même, quand je pense à cette compile, je penche plutôt du côté T-shirt que chemise pour ne pas dire marcel & camping. Bref, malgré une certaine expérience de la scène et de la musique tout simplement, Henrik Schwarz ne fait pas dans la dentelle, dans la cotte de maille non plus d’ailleurs. C’est 85% coton et 15% polyuréthane. Je reconnaîs un certain manque de flexibilité quant à la pertinence de ce live alors qu’il pourrait en faire rêver plus d’un. En effet, les ambiances sont tantôt minimales, tantôt rock, tantôt groovy et parfois vraiment hard tek. La féroce Stop, look & listen, parfaitement dans son temps et tout à fait adéquate pour une diffusion sur NRJ alors que Kalimba dance, qu’on aurait soupçonner colorée n’a rien d’africain si ce n’est le côté «sauvage» qu’un Allemand pas malin du tout pourrait associer à nos frères blacks. On note les réminiscences de références désormais aussi classiques que barbantes ; je pense aux Dafts, aux Chemicals qui donnent la réplique aux James Brown, Boy Georges, Sun Ra et autre Herbie Hancock. Et c’est pourquoi je saute une ligne et je vous parle des rois de la teuf.
Le Béluga était un navire de pêche qui ne payait pas de mine mais qui savait être efficace. Il réunissait à son bord la fine fleur des pêcheurs sibériens. Un peu à la manière des artistes florissants sur le dernier album de chez Rapster : ils étaient en avance sur leur temps. Ils étaient mieux placés que les autres surtout, à moins qu’un quelconque prophète leur ait raconté de quel côté du bateau il fallait jeter le filet. J’approuve sans doute, mais leur force n’était pas d’être de bons pêcheurs, c’est qu’ils étaient visionnaires et clairvoyants ! En effet, le Béluga est aujourd’hui un haut lieu du clubbing mondial. L’appareil est amarré à Vladivostok et il envoie du lourd, il faut bien le dire. Mais la vraie question reste toujours en suspend : que s’est-il vraiment passé à l’aube de la déferlante techno ? Ces geeks de la musique électronique s’enfermaient dans leur piaule et mixaient leurs premières galettes face à un poster de Laurent Garnier en rêvant aux prémices de la free party. Ceux-là même qui réveillèrent le dieu des ecstasys et sonnèrent le renouveau des prothésistes dentaires. Le cours de la Poliakov chuta un temps, Cristaline en profita pour aller à la claire fontaine, Evian se mit au rock et John Lennon revint à la vie sous l’identité d’Harry Potter. Finalement, je conseillerais volontiers Kings of electro à tous les amateurs de private parties électroniques qui sauront l’apprécier à sa juste valeur, avec une mention spéciale pour le Cd 2.
Toujours plus haut, toujours plus cool, c’est Dj Kicks qui s’est collé au dur labeur de compiler de l’electronica pour les petits curieux encore et toujours à l’affût de rareté que nous sommes. Pari réussi donc pour ce génie du mix qui, de compilation en compilation, nous montre à quel point il sait tout faire et à quel point il aime ça. En effet, l’éclectisme des partis pris de ses albums ne finit pas de nous étonner. Idem pour leur contenu. Ce Booka Shade nous réserve donc son habituel lot de surprises de John Carpenter et Aphex Twin, à Cerrone, Noze en passant par The Streets. Bref, rien que là, ces noms parlant d’eux-mêmes, je n’ai pas grand-chose à rajouter. Si ce n’est qu’en marge d’une prog’ véritablement efficace et pertinente, le degré de maîtrise technique du bonhomme ne permettra que difficilement aux habituelles langues de pute de vilipender ce cher Dj Kicks, à moins de faire preuve de beaucoup de mauvaise foi. Enfin quoi qu’il en soit, je reviens sur l’aspect essentiel de cette compil, à savoir les perles qui s’y trouvent. Je pense donc à la très mystique Contact de Brigitte Bardot. Bien barjot, pour le coup ou du moins bien foncedé, il faut bien le dire. Celle-ci rappelle le Pas long feu de feu Serge Gainsbourg qui aura déjà égayé bien des soirées. Et la non moins cinglée et enivrante The misida monarchy/The things I saw d’Ariko Kiyama et Karel Fialka, qui me rappelle tellement Iggy Pop que je ne sais absolument pas qu’en dire de plus, si ce n’est que rien que pour ces deux dernières, il vaut bien le coup d’être écouté si ce n’est pas encore fait, au moins pour sa propre culture.
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PLAY BLESSURES
post scriptum : le morceau “contact” interprété par brigitte est écrite et composé par serge gainsbourg d’où une évidente filiation