Retour de la Garden Nef Party. Metro. Clac clac. Je tourne la clé de mon appart. J’allume la chaîne. Aucun souvenir du dernier CD qu’avait englouti par ma chaîne avant mon départ. Fatiguée, je m’affale dans le canapé en espérant que ce sera Thank God For Mental Illness des Brian Jonestown Massacre.
Perdu. Le silence est d’or. Cet album n’est pas mauvais, non vraiment pas. Silence Is Golden est simplement le titre du dernier Hushpuppies. Impression de déjà entendu. Non pas que ce soit du plagiat, loin de là. Plus précisément entendu vers 17h30 hier. Oui, c’est ça : les Hushpuppies jouaient en ouverture. Une immense scène en pleine journée. Ce n’était pas gagné d’avance. Et pourtant …
A Trip To Vienna
Hush noir Premières notes. Me voici embarquée sur le vol 9186 en compagnie du « Captain Callaway ». Je me remémore l’entretien avec Olivier (chanteur) et Wilfried (claviers) derrière la deuxième scène où je ne sais plus qui jouait en même temps. Un voyage. En effet, ils en ont parcouru du chemin depuis leurs débuts. A Perpignan, ils avaient vite fait leur choix : « Ou t’allais voir du ska et du reggae et ça me faisait chier ou t’allais dans des petits bars voir des concerts de garage ». Résonne alors dans ma tête une de leurs toutes premières chansons qu’Olivier a interprétée devant moi après leur concert. « Mon pantalon est décousu, si ça continue …… ». Comme tous au début : un rêve. Acheter une guitare électrique sur un coup de tête, apprendre quelques accords et jouer sur scène devant 10 potes comme si c’était l’Olympia. A écouter ce tube qui ne sortira jamais « Mon pantalon s’est décousu », je me dis qu’ils ont en effet parcouru un sacré chemin. A Trip To Vienna ? Plus, bien plus. A Trip To Russia.
Lost Organ
Quelques secondes de silence avant la deuxième piste. Oui, Russia. Au sens propre comme au figuré : Silence Is Golden a retenti à Moscou devant quelques milliers de personnes. Donner un document attestant à un fou qu’il est vraiment Napoléon alors que depuis 10 ans tout le monde essaye de le convaincre que non, c’est un peu comme un groupe de rock qui joue à Moscou alors que, moins de 20 ans avant, un album de rock ne se trouvait qu’au marché noir et pouvait mener au goulag. L’accès à quelque chose dont on est privé depuis longtemps et dont on rêve provoque forcément une jouissance extrême. Alors que l’URSS est tombée depuis pas si longtemps, on imagine donc facilement l’ambiance. « On est arrivé en Russie pour un festival en plein air, personne nous connaissait et au final on s’est retrouvé à jouer devant 3 000 personnes vraiment à bloc ».
Moloko Sound Club
Hushpuppies live Peut-être même une ambiance digne d’un concert des Jam dans les 70s. Osons la comparaison. D’autant plus que les Hushpuppies les connaissent bien. Non pas les Jam mais les mods. Perpignan toujours, chaque année un rassemblement de scooteristes et de mods sans compter les concerts du samedi soir dans des petits bars à 2€ la bière et aux toilettes dignes de Trainspotting. Voilà ce sans quoi il n’y aurait peut-être jamais eu les Hushpuppies. Même si « ça fait longtemps qu’on n’est plus mods », ils ne peuvent s’empêcher de faire remarquer avec un brin de fierté qu’ils roulent toujours en PX dans Paris. Alors que certains, dès qu’ils connaissent un minimum de succès, nient en bloc leurs influences prétendant qu’ils ne ressemblent qu’à eux-mêmes, les Hushpuppies ont su garder cet amour des petits concerts dans les bars et n’ont pas oublié d’où ils viennent.
Bad Taste And Gold On The Doors
Qu’ils oublient un jour leurs origines, à les entendre cela semble impossible. Les paroles martelées dans la semi-obscurité de mon salon le prouvent : « I want my Kate Moss / I want my Rolls Royce / I want my mansion with playmates to be my toys / I want some hard drugs and sick boy to be the nice ». Totalement ironiques, évidemment. Loin de rechercher un succès à la Pete Doherty, pour eux le plus important est « d’qabord de se trouver musicalement ». Un peu comme des types qui auraient pris du LSD pour analyser les effets, ils s’amusent à observer les autres qui sont eux totalement abandonnés aux hallucinations, et même s’ils s’y abandonnent parfois aussi, ils restent toujours conscients du monde qui les entourent. Une fois n’est pas coutume, je penche sans arrière pensée du côté du regard inquisiteur des agents de la fonction publique. Comme un oeil expert d’un agent des douanes qui reconnaît sans mal la coke dissimulée dans des ballots sous une fine pellicule de farine, les Hushpuppies voient bien le plaqué or sur la médaille du succès. Pendant ce temps, d’autres s’entretuent pour cet or soi-disant 18 carats qui provient en réalité d’une peinture achetée dans un Castorama d’une zone commerciale sordide.
Love Bandit
Hush par M. Dos Santos
Hush par M. Dos Santos Silence. De la rue montent les bruits de la circulation, sans doute de jeunes noctambules qui finiront leurs soirées à l’hôpital 5 heures plus tard. Une dizaine de lignes dans la rubrique faits divers que je survolerai sans y faire attention le lendemain matin dans le métro alors qu’ils auront croisé ma route avant de griller un feu rouge à un carrefour à la sortie d’une soirée. La musique reprend. Je me rends alors compte que mes pensées rejoignent quelque peu le thème des paroles. Des rencontres furtives d’un soir. « My lover, even you can’t see me right / My lover, as the man I really am ». La discussion avec Olivier tourne en boucle dans ma tête : « Cette chanson, ça ne veut pas dire que les personnes qui nous sont proches ne nous connaissent pas. Quand tu commences à tourner, toutes les personnes qui vont vers toi ou les meufs que tu rencontres un soir et que tu baises comme ça ont l’impression de te connaître. » Et Wilfried de rajouter : « C’est sur les relations déformées que t’as avec les personnes parce que tu commences à être connu … Ils s’aperçoivent vite qu’ils nous connaissent pas vraiment. » Rien à rajouter.
Down Down Down
Même s’ils vivent un début de reconnaissance, ils sont lucides des limites du succès. De leurs limites. « You knew all have a end ». Ceci dit, les limites qui m’apparaissent le plus pour l’instant sont plutôt celles de la vague « babyrocker ». Me revient alors à l’esprit le récit que m’a fait un ami qui était à Dour sur l’accueil que les BB Brunes y ont reçu : bières à la figure et insultes.
Fiction In The Facts
D’ailleurs, à la Garden Nef Party, le public était aussi des plus sceptiques devant les BB Brunes. On aurait dit que même les gamines de 13 ans se retenaient de danser à leur concert conscientes de la honte qui s’en suivrait. Olivier résume bien la situation : « Les BBB ça leur colle à la peau cette image de babyrockers qui ont explosés et qui remplissent des salles de partout et ça m’étonne pas qu’ici ça marche pas hyper-bien. Ils n’ont plus l’habitude de devoir jouer devant un public et de le remonter, d’habitude ils pètent un coup et voilà ». Ils jouaient à 17h ? Et alors ? Un jour plus tard, même heure, c’était au tour des Hushpuppies. Beaucoup moins médiatisés et pourtant … Ils ont su conquérir le public (plus âgé que la veille) qui était pourtant loin d’être acquis à leur cause avant le concert. « C’est quoi ça ? Encore des branleurs parisiens ? ». Au final, la différence est incontestable. Hushpuppies vainqueurs par KO.
Lunatic’s Song
La différence de ventes ? Qu’importe. Pour leur premier album, les Hushpuppies auraient été aux anges s’ils en vendaient 5 000. Résultat ? Plus de 20 000. Bien sûr ils sont heureux mais la gloire et les courbes exponentielles de ventes sont loin d’être leurs objectifs, Wilfried a bien dû répéter plusieurs fois que ce qui comptaient pour eux, c’est le plaisir qu’ils ont en jouant. Et puis ils savent très bien qu’ils n’ont pas du tout le même potentiel commercial que d’autres : « Après on est sans doute plus durs à vendre aussi parce qu’on est peut-être moins glamours, moins jeunes, parce qu’on chante pas à français. Déjà si on avait l’objectif de vendre des disques ou d’être hyper-connus, on aurait peut-être chanté en français ou pas fait la même musique mais ça ça ne nous intéresse pas. ».
Hot Shot
D’ailleurs pour vraiment vendre, il faudrait être sur une major (et encore). Mais il n’y a qu’à les écouter pour comprendre que Hushpuppies et major sont loin d’être synonymes …
Wilfried : Les Naast au début quand ils jouaient dans les caves avant d’être sur une major, c’était super bien en anglais …
Olivier : Super bien ? …
Wilfried : Ouais enfin ils avaient encore besoin de travailler, on se comprend … Mais le coup d’être signé sur une major c’est venu super vite pour eux, ils ont été signés et tout de suite la major les a transformés : chanter en français, …
Olivier : Mais ça les pourrit, regarde leur clip …
Wilfried : Pour moi, ce côté qu’ils agissent sur l’artiste tout d’un coup, je supporterai pas.
Comment ne pas être d’accord ?
Broken Matador
De toute façon, quel que soit le label, il suffit d’aller dans les concerts pour voir ce que vaut vraiment un groupe. Face à Gustave des Naast qui se jette dans la foule pour slammer et retombe lourdement par terre dans un concert à Toulouse car personne ne veut le porter, les Hushpuppies n’ont vraiment pas une rude concurrence. « On est pas un petit groupe de jeunes qui se la pètent à jouer de la guitare depuis 6 mois, c’est ça que les gens voient ». Oui ça se voit, et pas qu’un peu.
Harmonium
Ca s’entend même. Ils revendiquent une liberté totale dans leurs compositions et on la leur donne. Diamondtraxx, leur label, n’influe aucunement sur le groupe au point d’entendre les nouvelles compositions que peu de temps avant que les Hushpuppies ne rentrent en studio. Les ventes n’en souffrent pas et sur scène leur plaisir de jouer, ce qu’ils aiment vraiment, n’en est que plus communicatif. Tout le monde est donc heureux, moi la première.
http://myspace.com/hushpuppies
5 commentaires
en effet. sinon y’a le début d’une longue interview des hushpuppies ici http://parlhot.over-blog.com
Oui sylvain et elle est bien ton interview !
et puis ils sont toujours aussi gentils
En effet très belle chronique pour un groupe magnifique !




PLAY BLESSURES
OUI Longue vie aux Hush Puppies et ex-lykids LOL