L’instrument au final n’est qu’un gros bloc de terre glaise. Il faut trancher à l’intérieur, y donner de grands coups pour lui faire prendre les formes voulues. Toujours répéter les mêmes gestes vieux de plusieurs siècles ; imiter les ancêtres pour arriver à une sorte de perfection éternelle. L’homme devient demi-dieu avec son instrument. Il en est grandi, lumineux. Le vampirisme du musicien.
Puis, ils sont des centaines à répéter le même geste, à l’apprendre à leurs enfants. Tout cela fait tellement parti de leur vie, un fantôme présent en permanence. Ce savoir-faire, cette prétention de domination, elle a bien du rentrer dans leur ADN à un moment ou un autre. Sur le bord du Mississippi, l’humidité de l’air et les notes sortant des maisons… Peut être s’est-il opéré une mutation précise, une réaction chimique encore inconnue. Ou peut-être s’agit-il de la mémoire collective.
Et ce vieil homme noir, entièrement habillé de soie, se pose sur l’estrade jaunie. Il place une cigarette blanche dans un petit ramequin. Les notes du piano sont devenue brunes de nicotine. Il pousse un soupir de lassitude, effleure la première touche. Et dans un énième souffle, joue le blues, celui qui prend à la poitrine. Un esprit vif dans un corps las, et toutes les notes se battent entre elles. Par la voix de cet homme, c’est tout un peuple qui chante. Et ce peuple chante avec un chromosome unique ; celui du blues.




PLAY BLESSURES