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LA SEMAINE D’UN JEUNE SALOPARD #3 par P. Mikaïloff

Cette semaine, encore cultivé mon côté Bukowski, mon côté Boji Boy, mon côté parano, mon côté Waren Zevon, bref, un peu tous les côtés à la fois. C'est (...) suite

Cette semaine, encore cultivé mon côté Bukowski, mon côté Boji Boy, mon côté parano, mon côté Waren Zevon, bref, un peu tous les côtés à la fois. C’est épuisant à la fin.

Lundi, 22 heures, un club de jazz à Châtelet, le Sunset, pour un concert intime. Rythm’n’blues old school. James Hunter est en ville avec son band : contrebasse, cuivres, Hammond B-3… tout y est. L’impression de se trouver dans un film aux côtés d’Alan Freed. Les filles dansent, Universal distribue des tickets boisson à gogo… C’est bon signe. Début de semaine en douceur.

devo-top-of-the-popsMardi. Devo est de retour à Paris, après trois décennies d’absence, invité du festival Villette Sonique. Akron ! Devo surmonta ce handicap originel d’être né dans la ville du pneu et conquit l’intelligentsia rock, il y a trente ans. Bowie et Eno se disputèrent le privilège de les produire. Eno l’emporta. Et ce soir, il me faut environ trente secondes pour réaliser que je suis en train d’assister à un grand concert. La voix de Mark Mothersbaugh ressemble de plus en plus à celle de Ron Mael, le show est aussi ridicule qu’en 1978, les tenues de scène se déchirent à merveille (un des moments de bravoure de leur show, c’est quand Mark arrache rageusement les combinaisons en papier de ses camarades), le batteur invente des figures rythmiques aberrantes, les Moog semblent avoir été programmés par des psychopathes… Peu à peu, je réalise l’incroyable vérité : la Devolution vaincra !

Mercredi. Jean Fauque au Réservoir. Il y a un mystère Jean Fauque. Il arrive à nous captiver avec le dispositif scénique le moins spectaculaire qui soit : un pianiste accompagnant un auteur lisant ses textes. Cela doit tenir à sa voix, et à l’acceptation des deux hommes de se laisser porter par leur inspiration, par l’instant, par le hasard… A la fin, Jean livrera son interprétation de La nuit, je mens. On restera interdits, gênés presque, devant tant de délicatesse, de sensibilité… Jean n’est pas du genre à s’enfuir par une porte dérobée après un concert. Plutôt un homme du Sud, un homme du contact et du verbe. Les bouteilles de champ’ se succèdent. Intarissable, il raconte. New York, Madonna, Blondie, Hallyday… Une bande d’oiseaux de nuit tout à fait fréquentables l’écoutent. Il n’est que trois heures et il semblerait que le tavernier ait décidé que nos verres ne devaient jamais être vides. Je goûte ce doux sentiment de sécurité.

Jean FauqueJeudi. Rencontre de Yarol Poupaud et Caroline de Maigret, qui relancent leur label Bonus Tracks Records en optant pour un diffusion tout numérique. Plus de supports physiques pour leur catalogue. La lutte pour être présent dans les rayonnages était devenue intenable. Je ne me fais pas trop de souci pour la suite, ils signent avec discernement : The Parisians, The Mantis… Une ligne très rock pour l’instant, mais ça va évoluer. Il y a aussi au catalogue l’album de Heartbreak Hotel, le duo Nikola Acin-Yarol. Et ça, jetez-y une oreille si jamais vous avez aimé un jour Merle Haggard, Johnny Cash ou… Harry Belafonte.

tgVendredi. Throbbing Gristle à Villette Sonique. J’étais d’humeur assez paranoïaque, assez «phobique social» (pour paraphraser Daniel Darc), ce soir-là. Pas forcément une bonne idée, donc, d’aller écouter Throbbing Gristle… Je me glisse tout en haut des gradins, sur la dernière banquette, je me tasse sur mon siège et j’écoute. Pan Sonic, qui assurait la première partie, fut une excellente surprise : de l’electro arty, sans référence dance. Je dois avouer que j’ai passé la première demi-heure du concert de TG à parler de Marquis de Sade, avec Gilles, le responsable de la compilation Jeunes Gens Mödernes, sortie chez Naïve. Nous avons regretté… Car passé ce premier haut-le-cœur que suscite la musique de TG, l’expérience devient captivante. L’impression d’assister à la projection d’un film de science fiction tchèque, sans sous-titres, dont on répéterait la première bobine à l’infini. Enfin, en mieux…

Samedi. Kenneth Anger à Beaubourg. Projection de Scorpio Rising, en présence du réalisateur ! Mais ne vous affolez pas… j’ai raté la séance.

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