Né en 2003 dans le XIIe arrondissement impasse Barrier, une association d’une soixantaine d’artistes soutenue par un millier adhérents décidait de s’installer dans une ancienne miroiterie, dont un siècle d’activités artisanales avait cessé depuis une dizaine d’années déjà. Faire revivre momentanément ce lieu de mémoire commune, en l’imprégnant de la ferveur créatrice et de partage des artistes venus d’horizons divers, était l’objectif louable des membres de l’association Co-Arter, responsable du Théâtre de Verre.
Encore leur était-il nécessaire d’être tolérés. C’est-à-dire d’abord s’intégrer au tissu urbain du quartier, à son environnement social et culturel. Pour ce faire, les adhérents développèrent de multiples activités, allant de l’accueil d’associations de quartiers, de l’organisation d’un restaurant associatif jusqu’aux nombreuses rencontres culturelles (spectacles, expositions, concerts etc.). Témoignant ainsi de leur exigence artistique et de leur volonté politique d’ouverture à tous les publics, défavorisés ou non, ils devaient en outre faire preuve d’ingéniosité…
Sachant que ce lieu venait d’être acquis par la mairie, et n’ignorant pas celle-ci aurait davantage de scrupules à les en déloger qu’un propriétaire privé, ils s’appuyèrent sur les promesses tenues publiquement par Christophe Girard, adjoint au maire responsable des Affaires Culturelles. Ceci afin d’établir leur projet d’occupation précaire, assorti d’une convention cadre élaborée à l’aide de juristes, également acteurs. En réponse, la municipalité avançait un projet concurrent de construction de logements sociaux. Pieux argument employé néanmoins à chaque expulsion comme le souligne, non sans quelque malice, Efuka Lontange, directeur adjoint du Théâtre de Verre. Le couperet tombé, il ne leur restait plus qu’à retrouver un nouveau lieu de réception. Appuyé par le Parti communiste français, de même que par les élus Verts des Xe et XII arrondissements, le collectif décidait finalement de s’installer à partir du 1er octobre 2004 au sein des entrepôts abandonnés par une filiale de service de la SNCF (Sernam), 23 rue de l’Echiquier. On ne peut depuis, que constater avec plaisir le travail accompli.
Parfaitement acceptés par leur voisinage grâce à une programmation culturelle riche, militante et festive, les artistes ont su mettre à profit les locaux oubliés, animant gaiement le quartier par une solidarité sans pareille à l’égard des plus démunis, qu’ils soient sans-papiers ou travailleurs étrangers recherchant des cours d’alphabétisation et de français gratuits. Pour autant, et malgré un soutien élargi, des syndicats de la SNCF jusqu’à certains élus de la Mairie de Paris, le Théâtre de Verre recevait bientôt un nouvel avis d’expulsion prenant effet en 2006, en dépit de dialogues infructueux avec les responsables SNCF. Il s’agit cette fois d’un projet de création d’espace vert sur le site qui pousserait ses occupants au nomadisme. Revendiquant cette forme d’errance inhérente à leur travail, les artistes du Théâtre de Verre n’en demandent pas moins la signature d’une convention d’occupation qui leur permettraient de demeurer dans la parcelle encore deux ou trois ans, jusqu’au début effectif des travaux pour ne pas laisser cette friche inutile et vide.
La Friche est ce lieu en désuétude, avide de toujours plus de productivité, que de modestes citoyens tentent aujourd’hui de se réapproprier dans l’espoir d’offrir une autre existence à ces «nouveaux territoires de l’art» (Rapport Lextrait): une existence fondée sur une relation différente au public, plus juste et égalitaire, ainsi que sur le droit à l’expérimentation artistique hors du cadre étriqué des institutions traditionnelles. Car la Culture, enjeu finalement essentiel de ce débat, est l’outil de manipulation par excellence et ne doit à aucun prix être laissée aux seules mains des puissants. Comme le rappelait déjà Paul Nizan il y a près de 70 ans: «Culture et savoir diminuent en tout homme qui les possède la possibilité d’être dupe des mots, d’être crédule aux mensonges. Culture et savoir augmentent en tout homme le pouvoir de comprendre la réalité où il vit. (…) La conscience de cette réalité a une valeur explosive: elle ne peut qu’entraîner à la volonté de la transformer.»
A l’heure où ce choix entre culture aliénante ou aliénée se présente de nouveau à nous, puisse cet avertissement résonner encore dans nos âmes de citoyens éclairés…
Le thêatre de verre, 25-27 rue de l’échiquier, 75010 Paris
http://www.theatredeverre.org/
Texte par Nicolas Sandanassamy
2 commentaires
Les auditeurs auront rectifié d’eux-mêmes.
Changement effectué dans la seconde.




PLAY BLESSURES
le lien du site affiché pour le théâtre de verre est faux (celui indiqué renvoi a une page bloquée en octobre 2007) le bon lien est http://www.theatredeverre.org