Alors il y a le théâtre, mais le théâtre c’est à plusieurs. Puis maintenant existe le Slam. Un soit disant art de rue. Mais à part quelques personnes entre deux âges pas bien sûres de l’art qu’elles doivent consommer, qui cela intéresse-t-il? Non, il ne reste bel et bien que la lecture en public.
Alors oui, 1958, Dylan arrive à New York, voit quelques fous poètes beat au club Wiskey-a-go-go réciter des poèmes sur l’alcool et l’égalité entre les hommes.. Il s’agit pourtant bien d’une attraction pour touristes. Bien que Bukowski l’est fait avant les autres. On l’imagine avec sa grosse barbe, la bouche puante et tordue se torturant sur des phrases pleines de galanterie: Elle en reçoit une bonne et elle s’écoule devant la porte. Je doit déplacer le corps pour sortir. Des histoires à se tordre de rire en quelque sorte. Et en France nous avons eu quoi? Des grognements dans les grottes, la chanson de geste, le café révolutionnaire, les AG étudiantes et Pierre Mikailoff. Voilà se qui me semble être un bon raccourci.
Pourquoi Pierre Mikailoff? Parce que c’est le premier rock critic dont j’ai entendu parler en tant que “lecteur” de ses textes. A la sortie de Some Clichés. Alors que je savais beaucoup de ses collègues obstinés à mettre leurs textes en chansons (Il n’y a qu’à voir la dernière tentative musicale de Philipe Lacoche), mais aller prendre le manuscrit et monter sur scène, voilà une idée bien saugrenue. Quel genre de désir peut pousser à commettre un pareil acte. Pire encore: qu’est-ce que cela apporte au texte? On est en droit de s’imaginer une star de la lecture, le stade de France plein à craquer. Puis là, sous la holà générale arrive un petit gars, livre sous le coude, remontant ses lunettes avant de balancer le “flow”.
Et puis ce n’est pas comme si nous étions noirs. Les aventures du petit Kirikou dans la savane, ca captive. Un article fleuve sur les coupes de cheveux sixties, ca se lit, mais de là à le vivre… Alors j’ai assisté il y a peu de temps à ma première série de lecture rock dans un soit disant bar culturel du 20 ième arrondissement. Un endroit où se battaient en duel un piano droit noir et quelque croûtes quelconques se voulant hautement influencées par les couvertures de Bilal pour la saga littéraire Boro. Bref, un petit café culturel de quartier où il ne doit pas se passer souvent grand chose.
Puis les hostilités ont commencé. Une série de personnes se sont succédées sur la scène, armées d’un mauvais micro, d’une mauvaise sono et les pages des livres tremblant de stress. Plusieurs styles de haute voltige se succèdent: l’un attaque un dialogue seul, alors qu’un autre préfére la poésie. Que des hommes aux cheveux rares, la barbe imposante. Mais certains se demandent vraiment ce qu’ils font sur cette scène où comment s’y prendre. Car voyez-vous, la lecture ce n’est pas comme la guitare: il y a beau y avoir des méthodes pour s’entraîner chez soi (Même parfois sur le texte d’un autre, ce que l’on appelle un reprise), on ne vous prépare jamais à monter sur scène. Et puis là, il n’y a aucun modèle à copier. L’un ou l’autre aurait pu s’attaquer à des figures Pete Towshend, le livre haut, balancé à renfort de moulinets du bras, avant de finir directement dans l’ampli. Mais non. La plupart adopteront le style nonchanlant: main dans la poche, livre à la hauteur du visage, réajustement de lunette et bafouillage de temps à autre.
Mais tout cela ne nous aide pas sur la vraie question: Pourquoi la lecture publique? Même le maître de l’exercice, tête d’affiche de la soirée, Pierre Mikailoff ne peut me répondre précisément. Puis monte une femme sur scène. Un texte accroché en bandoulière, “la découverte de jeunes femme du groupe blondie et de Debbie Harry”. Il s’agira plus d’une biographie de cette dernière, une biographie lapidaire et précise. C’est avec cette femme que la lecture va prendre tout son sens. L’histoire de Debbie Harry dans sa bouche prend une tout autre saveur. Les mots sont frappants et accrocheurs, la diction rapide, mitraillette. On écoute plus, on ressent. Tout se raccroche logiquement, comme les parfaits wagons d’un train fonçant à toute allure. Le texte vie. Par sa voix les mots deviennent images en sépia, cradassées punk newyorkais 1978. Il née même en moi le syndrome de la groupie, comme avec de vraies musiciennes. Oui, cette femme est attirante quand elle lit. Quelle drôle de phrase je viens d’écrire… On la dirait sortie de L’homme assis dans le couloir de Duras. Je ne peux en conclure qu’une chose: la lecture est un affaire de femme.
6 commentaires
Bien et vous?
[...] Les lectures publiques, art vivant d’une époque morte. [...]
euh… sans vouloir faire mon boulet qui chipote sur des détails qui ne changeront rien à l’idée générale du texteetc etc,
Dylan, il arrive a New York en 61.
Sinon, Arditi il est super fort en lectures publiques, faut voir ca une fois dans sa vie. Juste une.
Et qu’en est-il de l’orthographe ? C’est con, elle gâche un bon texte quand elle est mauvaise.
Ca va, merci.
Ph.L.




PLAY BLESSURES
Bonjour; ça va?
Philippe Lacoche.