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LOU REED Revoir Berlin…

Lou Reed, Palais des congrès, samedi juin 2007  Berlin est devenue une ville agréable, distillant sa paisible joie de vivre européenne dans de grands parcs aux pelouses réhaussées de blondes et de rousses. (Les Allemandes… ces (...) suite

Lou Reed, Palais des congrès, samedi juin 2007 

Berlin est devenue une ville agréable, distillant sa paisible joie de vivre européenne dans de grands parcs aux pelouses réhaussées de blondes et de rousses. (Les Allemandes… ces alchimistes élancées transformant la glace en feu, le sourire timide en roulage de pelle incandescent, secret bien gardé dans une époque qui rêve de strings apparents sur bomba latina). Berlin n’est donc plus cette cité cicatrice, les deux mains -l’Est et l’Ouest- ligotées dans le dos par un mur de brique. La ville telle que l’a rêvée Lou Reed dans son album monstre, entre cabaret junk et décadence lookée («enfilez vos bas noirs les gars, ajustez bien vos accroche-bas», pour reprendre Serge G.), cette Babylone mi-égout mi-cirque, a disparu, ensevelie sous les multiples avancées démocratiques, le triomphe du capital et autre progrès du genre humain…

Egoïste, par définition nostalgique, l’amateur de rock (donc de Lou Reed, ne jouons pas sur les mots) ne peut s’empêcher de le regretter. Alors, c’est plus fort que lui, il fonce au Palais des congrès pour voir Reed réinterpréter Berlin avec groupe, cuivres et section de cordes.

Curieusement, avant le premier morceau, entre l’impatience de retrouver le Grand Mauvais sur scène et la joie d’entendre un disque fétiche, vient se loger une sensation de trac, une petite peur. En fait, on joue gros ce soir. Après tout, il pourrait décider de massacrer son œuvre au noir, de la «moderniser» et de nous planter ainsi une banderille de la taille d’un platane. Il est capable de tout quand il s’agit de saccage. Et puis pourquoi revient-il sur ce disque, pourquoi se coltine-t-il de nouveau ce mélodrame junkie boursouflé alors qu’il s’adonne aux abdos tous les matins ? Pour les royalties ? Parce que, comme il le dit lui-même, « on lui a simplement demandé ». Oh, Lou… qui goberait ça !

« In Berlin, by the wall… ».. Le piano est joué à l’identique (ce sera le cas de l’ensemble des titres) et Reed pose une voix absolument parfaite : détachée, légèrement vieillie, plus… «sensible» si ce mot peut intégrer le lexique Reedien. Dès ce premier titre, l’affaire s’éclaircit. Sur scène, il ne s’agit pas d’un musicien interprétant pour le plaisir ou pour le pognon l’une de ses grandes réussites. Non, c’est Lou Reed se souvenant de son album Berlin, de l’époque où l’on enregistrait ce genre de disques absolus. C’est Lou Reed se «revivant» jeune adulte dans les années 70, persuadé que cet album catastrophe allait lui ouvrir les portes de la gloire.

Une coupe transversale, comme un relevé géologique, se dessine alors. A la base, le disque écouté des millions de fois; à la surface, le groupe qui le joue en live ce soir. Et, entre les deux, les souvenirs, le parcours, les diverses mutations et mésaventures de Reed, le mille-feuilles du temps perdu. Que le New York City man retrouve peu à peu au fil de cette playlist infernale, jouée dans l’ordre de l’album, ni merci ni merde (simplement une moue qui veut dire les deux) entre les morceaux.

C’est donc pour cela que Reed a repris le chemin de Berlin et de ses ruelles : pour réconcilier le jeune type du Velvet avec l’irascible prétentieux décoré des Arts et Lettres, le guitariste free-rock et le fan de Dion, le créateur de Sister ray et celui d’ I love women… Ce soir, ses différents styles vocaux (l’extrême détachement sur Sad song, la tournure «maniérée», camp, sur Lady Day, le déclamatoire plein de bile sur The kids, le chevrotant sur Men of good fortune…) se mélangent. Tout comme son actuel son de guitare, gras, sur-saturé, vient contaminer les arrangements d’époque.

Peu à peu, le schéma se trouble, les différentes couches ne font plus qu’une. Même ce groupe ignoble trouve sa place. En solo, Reed a régulièrement pris soin de s’entourer de musiciens atroces (dernière exception en date, le génial Robert Quine, RIP). Et cette bande ne déroge pas à la règle : techniciens virtuoses, du genre à « prendre leur pied » les yeux fermés, ces types -fidèles certes, et capables de supporter les humeurs de la mythique Bestiole - n’ont jamais pu endosser la robe de bure imposée par le style Velvet-Reed. Bon dieu que ce batteur est… hors sujet depuis deux ou trois tournées. Mais, sur Berlin, pièce montée quasiment injouable à force de breaks et de coquetteries, le groupe apporte sa pierre au mur. Pour réussir son coup sur ces morceaux à tiroirs, Reed a besoin de « session men ». S’il avait choisi l’ascension d’un autre sommet comme Coney island baby, ces musiciens l’auraient massacré avec application.

L’ensemble décolle. Chaque fin de morceau, chaque ultime harmonique convoque le titre suivant. On se laisse glisser, on retourne à Berlin, le disque. Bien sûr, il en fera un peu trop sur Caroline says, plantera le refrain de Oh Jim, allongera parfois un peu la sauce à la guitare et glissera un interlude kitsch à pleurer au moment du « changement de face du vinyle ». Bien sûr, le son sera parfois dégueulasse (cette batterie) mais… Franchement, c’est Berlin en live comme on n’avait même pas osé le rêver. Quand Sad song démarre, autant l’avouer, les joues sont humides.

L’histoire aurait dû s’arrêter là. On se dit pourtant que, sur sa lancée, Reed peut nous sortir une étonnante happy end en rappel (un titre de Blue mask ? Ou Coney island baby ? Kicks ?). Petit naïf. Il revient pour un rappel, en effet. Et c’est une pure atrocité. Sweet jane chantée par une choriste qui évoque plus Munich et sa fête de la bière que Cabaret, avec en prime Steve Hunter et ses plans hard de Rock’n’roll animal (oui, cet album vénéré est immonde, que ce soit écrit). Puis Satellite of love avec Fernando Saunders, bassiste, dans un numéro de voix soul qui nous envoie direct aux cabinets. Walk on the wild side (et ses arrangements de cordes d’origine by Mick Ronson) viendra, contre toute attente, raviver timidement la flamme. Le lendemain, on travaille dur pour oublier cet épilogue, pour revenir aux ruelles Berlinoises. Ca nous apprendra à vouloir une happy end.
Illustration par Jüül

24 commentaires

hello
il y a débat là :
http://kmskma.free.fr/2007/06/223-matin-musicale-velvet-underground-i.html

entre ceux qui l’ont vu à Paris et le lendemain à Berlin.
Apparemment pas le même concert du tout.
Interessant
Neige

Commentaire par Neige, le Lundi 2 juillet 2007 à 15:51

(dans les commentaires le débat imaginary words)

Commentaire par Neige, le Lundi 2 juillet 2007 à 15:52

Effectivement , il y a débat semble-t-il… Le blogguer de Berlin paraît fabn de la période bruitiste free (sister ray ou the quine tapes, ce monument). Mais elle est terminée et il n’ y reviendra pas. Notre dernière chance était Robert Quine pour réactiver cette fibre. Il faut prendre ce qu’il veut bien donner, sinon on finira inconsolables.
A Paris, c’était troublant d’entendre ces titres, réhabités.

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 2 juillet 2007 à 16:44

j’ai l’impression malgré tout qu’il ne s’est pas produit tout à fait le même concert d’une ville à l’autre et peut être était ce aussi du au public…
Qu’en est il de Sharon Stone annoncée sur l’affiche ???

Commentaire par Neige, le Lundi 2 juillet 2007 à 15:56

En tout cas il y avait Marianne “Fais moi confiance” Faithfull.
J’avoue c’est un peu moins erectionnant.

Commentaire par Bester Langs, le Lundi 2 juillet 2007 à 23:57

Oui le public, c’est possible. Il y avait une attente assez palpable à Paris…
Je pense qu’il s’agit de la chanteuse Sharon Jones, pas de Sharon Stone sinon.

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 2 juillet 2007 à 12:26

Sharon Jones oui, c’est elle la choriste abominable…
J’en ai remis une couche sur Berlin, avec des extraits du concert de Brooklyn de fin 2006, qui était bien mieux que ce que l’on a pu entendre à Paris (ici

Commentaire par Kill Me Sarah, le Lundi 2 juillet 2007 à 10:39

Oui Sharon Jones est à hurler, infame.
Je pense aussi que l’enregistrement de Brooklyn est meilleur. Pour une raison, à mon sens : ils avaient moins joué, ils étaient plus hésitant. La patte Reed ne peut se concilier avec le profesionnalisme. Mais ça, il ne l’aura jamais compris. Ma théorie : Reed, angoissé chronique un rien parano, veut montrer à tous qu’il sait jouer, que ces musiciens sont pro, qu’il ets un Artiste… Alors qu’il devrait evidemment faire tout ele contraire, quitte à choisir ses groupes dans la ville d’arrivée comme Chuck Berry.
A Paris, le groupe était trop sûr de son coup. Il suffit de voir ce qu’ils ont fait du dernier titre du rappel Rock Minuet : hyper claé, avec solo jazzy. N’importe quoi. Alors qu’à NYC, ils avaient pondu une version brute, parfaite. Et idem pour Sweet Jane.
mais tout de même, c’était loin d’un concert de salle des fêtes : le Lady day était bien fatigué, comme il fallait, le tunnel acoustique était une plantade assurée et a finalement brillé. Caroline says avec l’orchestre a décollé subitement… Et la voix était là.

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 2 juillet 2007 à 11:43

Une idée : Coney island baby, accompagné par Wilco. Alors là…

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 2 juillet 2007 à 11:44

Oui sharon Jones… c’était une boutade… ahem.

Commentaire par Neige, le Lundi 2 juillet 2007 à 16:47

Ouppss, quand on parle de Reed, je deviens lourd et prend tut au premier degré. Sorry… ELle a très peu à voir avec Sharon Stone, ceci dit. Bon y avaut Emmanuel Seigner sur Grand écran dans le rôle de caroline. Mouais… Pour le film s’entend (car j’ai toujours été sensible au charme de Miss Seigner)

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 2 juillet 2007 à 18:10

J’étais à Lyon et à Arles et il est vrai que les accents soul ou gospel de la choriste et des démonstrations de virtuosités des musiciens pouvaient rebuter mais c’était assez troublant dans l’ensemble sans provoquer toutefois de véritable frisson.
J’ai surtout regretté la voix de Lou qui n’a plus la souplesse perverse de l’époque remplacée parfois par des grognements.
Je préfère lorsqu’il murmurre sans désserrer les machoires.

Commentaire par chinaski, le Lundi 2 juillet 2007 à 15:30

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