Miriam Linna, une des premières batteuses des Cramps et son mari disquaire Billy Miller, fondent le fanzine Kicks en 1979. Ils effectuent un travail de fourmi pour retrouver les enregistrements, les images des musiciens, perdus ou oubliés, ils rencontrent JJ Cale, Tony Andreason des Trashmen… Ils s’adonnent avec passion à l’activité la plus moribonde qu’on puisse entretenir avec le rock: l’archivage (mais faut que quelqu’un s’y colle non ?).
Kicks est un fanzine culte qui parle de groupes inconnus - inconnus, donc indispensables, donc cultes - que personne ne veut connaître, un truc très spécialisé, qui sentira le formol pour la plupart mais pas pour moi.
En 1986, après une interview proche de l’expérience mystique avec Hasil Adkins, le couple crée son propre label pour rééditer les enregistrements de leur(s) héro(s). Ils continuent depuis 22 ans sur cette ligne du r’n’b – garage – surf - rockab – à la soul: compilations, vinyles de toutes les tailles, 78t pour jukebox, posters blacksploitation, singles de noël, un vrai paradis du collectionneur. En vrac:
Hasil Adkins, Link wray, Bunker Hill, Gino Washington, Sonics, Pretty Things, Flamin’ Groovies, Black Lips, King Khan & BBQ show (des trucs récents, aussi)… Question Mark, Screamin’ Jay Hawkins et puis les Ramones et puis…
Mais il n’y a pas que ces vedettes, ces phares du passé, ceux que tout le monde peut citer. Il reste plein de noms pour s’ennuyer la nuit devant l’écran ou alors pour danser, hurler, prendre son pied et rêver toujours.
C’est un peu comme Fat Possum pour les laissés-pour-compte du blues, les loosers, pour les débiles et les affranchis. Norton possède au catalogue des monceaux de cadavres inconnus, des freaks qui ont enregistré à peine une dizaine de titres avant de se planter en cadillac, de retourner à l’usine. Kid Thomas a écrasé un môme avec son pick-up avant de se faire descendre au shotgun par le père du gamin. Les Trashmen et les Astronauts, groupes de surf music, posent avec planches et tout le matos alors qu’ ils habitent à plus de 2000 bornes de la mer.
Norton Records c’est le pressage du hamburger, du mauvais goût et de l’énergie brute, celle du wild turkey et des cadillacs El Dorado roses, du poulet frit en micro-sillons, avec parfois de l’ironie et du détachement façon série Z. C’est les boxeurs chanteurs de gospel (Bunker Hill) et le Hillbilly, les virées sur la route sang sur les mains, LE film d’horreur. C’est le Grand cirque. Le rythme, le rythme, le sexe sale et les sandwichs à la banane.
Quand les filles allaient voir Elvis pour crier, pleurer, peut-être le violer (et, JESUS, on fera tout notre possible) :
« C’est quoi, son truc, à ce mec ? »:
« Oh, Miz Axton, c’est simplement un bon gros morceau de fruit défendu. »
Le fruit est pourri depuis longtemps. Reste du fantasme pour nous, en liste exhaustive, colliers d’ossements.
Des fantômes pour 2008, des décors en carton du Grand passé loin, loin, où on était plus libre. Forcément. Mais ne faut-il pas danser pour réveiller les morts ?




PLAY BLESSURES