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MARC ZERMATI Mods, mode d’emploi

Trois ans. C'est le temps qu'il aura fallu pour qu'il accepte de parler. Non pas qu'il n'y ait rien à dire. Seulement, que voulez-vous, le fondateur de l'Open (...) suite

Trois ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour qu’il accepte de parler. Non pas qu’il n’y ait rien à dire. Seulement, que voulez-vous, le fondateur de l’Open Market estimait que la jeune garde du rock, ce qu’il en reste, devait emprunter un autre chemin, créer une autre voie, suivre son propre destin.

Qui pourrait le contredire, dans un pays où les kids de bonne famille ont toujours eu raison de la passion ? Ronnie Bird fauché à NY, les héros 70′ traités comme de vulgaires inconnus, la médiocrité du panorama contemporain et la nostalgie en déambulateur… Tout cela Marc Zermati connaît par cœur. La déontologie serait-elle le bootleg du monde moderne? Père du punk, le Mac Zermati se livre sur une interview fleuve de trois heures ici livrée sans coupures.

Marc, l’exposition (Rock is my life) offerte aux parisiens à la fin de l’année 2007 résume à elle seule votre histoire, ses anecdotes et le destin incroyable des gens que vous avez croisé. Votre histoire du rock est parsemée de story droles et vraies… pouvez-vous nous en énumérer quelque unes?

M.Z: Eh bien… quand on a fait les Clash à Mogador on avait Futura qui faisait un Back drop des Clash. Pendant qu’ils jouaient, Futura dessinait ses trucs et tout ça…Au bout d’une semaine le back drop est pratiquement couvert. Donc on s’est dit qu’il fallait le plier, l’emballer et le garder pour le tourner. Mais il avait disparu,  on a jamais su où il était pass, bien qu’on a fait des propositions à des mecs, leur disant qu’on était prêt à payer, etc.. Ce sont des trucs qui disparaissaient on sait pas où, mais ça fait partie de l’histoire du rock, ça rajoute à son histoire…

Charles von Strychnine: C’est ausi ce qui s’est passé sur le tournage d’Easy Rider, eux qui se sont fait piquer les deux motos du film…

M.Z: Il y a plein de trucs comme ca. En Italie par exemple on était en concert avec les Dogs. Tout d’un coup, boum, tout s’eteint pendant que les mecs jouent. Il n’y avait plus assez d’électricité. Le temps qu’on rallume tout, les pédales de Dominique des Dogs avait disparu. Pareil, même histoire, on avait rien vu venir!

C.V.S: C’était la spécialité des Sex Pistols de piquer du matériel sur scène, non?

mzpilotM.Z: Oui enfin on raconte ça maintenant pour se rendre intéressant mais la réalité…Il n’y avait que Steve Jones, oui, qui était un voleur mais les autres…Steve était comme ça, d’ailleur on a eu une histoire chez Caroline Coon avec John Savage. C’etait le nouvel an, il y avait tout la scène londonienne, il y avait Johnny Thunder, les mecs des Damneds et des Pistols… Il s’avère que le mec qui était avec moi au moment où on part on trouve plus son manteau, il avait disparu. Nous, déjà bien allumés, on menace: “personne sort tant qu’on n’a pas le manteau”. On sort les crans d’arrêt et on braque les mecs contre le mur. Johnny se marrait mais les Anglais pas du tout. Du coup on saccage tout le salon, on envoit des trucs à travers la gueule des mecs, etc… On leur avait vraiment fait peur mais sur le coup on s’en était pas rendu compte.  Des années plus tard je suis en tournée au Japon avec les Pistols et là Steve Jones me dit: “Tu sais le coup du manteau c’était moi”. Dès le départ je le savais… il y avait que lui qui pouvait faire ça. À l’époque c’était marrant le côté “Ouais les mecs de Skydogs nous ont braqué”. C’est vrai qu’on était un peu comme ça, L’Open Market c’était ça: le mec qui demandait une connerie il était viré à coups de pied au cul la plupart du temps. Ou alors parfois des gamins qui venaient nous voir pour nous demander d’écouter Genesis, on les tirait par l’oreille et on leur disait: “Tu vas t’asseoir là” C’etait assez fun parce que tout compte fait on arrivait toujours à vendre les disques qu’on voulait ou la musique qu’on aimait. Souvent le mec il rentrait, et ne savait pas quoi demander donc il savait très bien qu’on allait leur faire un truc, que ce soit Yves Adrien ou moi.

Bester Langs: Justement il y a pas mal de musiciens entre 20 et 30 ans aujourd’hui qui m’ont dit déjà depuis 2 ou 3 ans, “Va voir Marc il a des choses à raconter”. Il y a une sorte de révérence qui se fait de la part des jeunes générations…

M.Z: Ce qui m’amuse beaucoup c’est à quel point les gosses de votre génération ou plus jeunes sont fascinés par ce qui s’est passé à l’époque… Il y a eu des tas de choses et c’est vrai que votre vie est triste par rapport à la nôtre.

B.L : Heu la mienne ça va…

M.Z : Quand je parle aux gamins, je me rends compte qu’ils peuvent pas avoir les même trucs qu’on a vécu. J’estime que ma génération a eu une chance inouïe et que cette chance il a fallu se battre pour l’obtenir, beaucoup plus que vous. Lorsque vous arrivez, tout est déjà fait pratiquement.. Tirer un coup dans les années 60 c’était un enfer absolu, c’était pas une évidence du tout, moi j’arrivais d’Algérie et nous les pieds noirs on était un peu plus allumés que les autres pour ces histoires de cul et c’est pour ça d’ailleurs qu’au Drugstore ils nous on accepté très facilement: on draguait comme des dingues, on avait une petite avance là-dessus. Parallèlement à ça, si tu avais les cheveux longs, les flics t’embarquaient tout de suite, c’était même pas la peine de dire quoi que ce soit et tu prenais dans ta gueule. Je me suis fais tabasser plus d’une fois dans les commissariats, simplement parce que j’avais les cheveux longs.

B.L : Le contexte historique vous a peut-être “facilité” la vie non? Des événements tels que l’indépendance de l’Algérie en 1962, ce sont des choses très dures qui justement provoquent une réaction électrique…

M.Z : De tout façon nous on avait tout perdu donc on n’a pas été accueilli en France comme des Français. Il a fallu faire ses preuves et se battre.  Prouver qu’on avait de l’énergie. Ce qui a été assez facile parce que quand je rencontre des fils des mecs qui étaient en Algérie, je suis assez étonné… évidemment. Lorsque tu perdes ta terre natale, tu a une attitude différente, tu es vachement plus ouvert sur les choses, tu a envie de beaucoup plus de choses, tu a beaucoup plus envie de voyager par exemple, tu a beaucoup plus envie de connaître le monde. Le refuge réel c’était la musique. C’est pour cela que lorsque les pieds noirs sont arrivés en France la musique a changé, il y a eu beaucoup de groupes de Twist à la con, mais c’était des pieds noirs. Pour parler du rock, à cette époque, il n’y a pas eu de problème de langage c’est pour ça que je dis que le rock reste un langage universel et qu’il est à la fois unificateur et à la fois le vecteur de la révolte… Pour moi Mao Tse-Toung n’a pas d’importance, je pense que le mur de Berlin à été abattu par le rock. Dans tout les pays de type fasciste ou intégriste aujourd’hui les mecs qui font du rock sont encore pourchassés. Cette musique continue d’avoir du sens, donc.

B.L: Quel regard vous avez sur la période du Drugstore, le revival qu’il y a eu, on a fait un film, un livre, des gens qui se revendiquent de là mais qui en faisaient même pas partie…

Marc et BijouM.Z : Ils n’étaient pas là, effectivement. Je vais te dire… Ca nous a choqué vraiment, toute la bande du Drugstore m’ a appele en me disant: “Mais Marc qu’est ce que c’est que ce mec? De quoi il parle?”. Ce qui m’a choqué dans le film, c’est que la façon dont les gamins était habillés n’était pas du tout la façon dont nous étions habillés.

B.L : Il vous on pas contacté justement pour vous demander des…

M.Z : Non rien du tout. J’ai trouvé ça hilarant et un peu agaçant en même temps. Et puis merde, tu fais un film sur une époque tu dois respecter totalement l’époque. Même la musique du film ne correspond pas à la musique qu’on écoutait, donc ça veut dire quoi ce bordel? C’est très difficile de voir qu’un type (François Armanet, NDR) qui n’ a rien a voir avec ça, mais bon qui était fasciné par cette époque et a voulu rendre hommage à cette bande là. Mais la vraie bande du Drugstore, c’était une bande très particulière pas aussi simple que ce film ou ce livre. Cette bande est importante parce que de là sont sortis beaucoup de mecs qui on fait des choses intéressantes: Jean Bernard Hebbey, Benoit Jacquot, Ronnie Bird etc.

C.V.S: Et ils étaient tous d’accord avec vous pour dire que le rock devait être anglais et non pas français? Parce que vous parlez du twist mais ce qu’a fait Ronnie Bird qui était dans la bande du Drugstore …

M.Z : Mais Ronnie.. il n’y a que lui, tu peux pas te référer qu’à Ronald, il est en train de crever la dalle à New York, il a pas un rond et il est dans la merde, voilà c’est ça les Français, c’est à dire qu’il n’y a aucun respect des créateurs, des mecs qui avaient quelque chose à dire. C’est le seul et je continue à l’affirmer, c’est le seul, Dutronc est mieux sorti, mais c’est le seul. Et lui aussi faisait aussi parti de la bande du Drugstore. Tout compte fait, l’influence qu’on a eu sur le mouvement Mod’s anglais est importante parce du jour au lendemain, d’une année à l’autre, tout à changé en Angleterre. Et les jeunes Anglais on commencé à se saper. Au début on était en costard machin à l’anglaise, trois pièces sur mesure, on était dans le grand feuilleton. Nous on était sapés et c’est Nick Lowe qui me disait: “Mais putain, vous débouliez à Bornmouth, on était jaloux, vous arriviez, toutes les gonzesses vous tombaient dans les bras”

C.V.S : C’est Andrew Loog Oldham qui parle de cela dans son autobiographie, il explique toute l’influence que les films de la nouvelle vague ont eu sur lui, Les cousins et Le Beau Serge de Chabrol, par exemple…

M.Z : Oui bien sûr et tu te rends bien compte qu’aujourd’hui les films français influencent mes couilles. On parle de cinéma français évidemment, mais on s’arrête à Melville, après c’est terminé. Tout le monde est d’accord pour dire que le cinéma français n’existe que jusqu’à la fin des années 70.

C.V.S: On le voit très bien chez Melville, quand on revoit aujourd’hui Bob le flambeur par exemple c’est tout le cinéma du Scorsese de Casino qui est en gestation.

M.Z : Oui si tu veux, enfin c’est un raccourci, mais bon là encore c’est cette époque magique qu’on a vécu et vous en vivez la dégradation. Culturellement vous êtes dans la dégradation, dans le recul. A l’époque j’avais 18 ou 19 ans, j’étais à Saint Germain des Prés et je travaillait pour une galerie d’art qui s’appelait le Point Cardinal, où il y avait Henri Michaux, que j’ai eu la  chance de connaître, Max Ernst, Miro, des types comme ça. Et c’est vrai que quand tu as 20 ans et que tu te trouves avec des mecs comme ça, tu es fasciné. Mes meilleures rencontres c’est ça, le rock c’est tout à fait autre chose c’est à côté, oui j’étais content d’avoir fait le con avec Jimi Hendrix et des tas de mecs mais j’ai été assez fasciné, marqué par un type comme Max Ernst en particulier qui m’avait pris d’amitié et qui m’avait invité chez lui, tout ça…

C.V.S : Pourquoi justement ne pas avoir continué dans l’art? Pourquoi avoir bifurqué vers le milieu du rock?

M.Z : Parce que Max Ernst m’a dit un jour: “Mais tu n’as pas vu ce qui se passe à San Fransisco?’. Et il m’a montré les premiers canards underground américains, puis m’a dit; “Tu sais toi t’es vraiment un fan de musique mais qu’est ce que tu fais dans ce milieu? Tu va être déçu, toute ma vie je n’ai été qu’un gigolo tout compte fait, j’ai vécu par les femmes, Peggy Guggenheim et compagnie. Ce n’est peut être pas une bonne direction pour toi.” Cela dit avec le recul, je peux dire la même chose de la musique… Je pense comme Andrew Loog Oldham à ce niveau là.  Pour moi aucun groupe n’existe sans un manager et c’est le manager le visionnaire, ce ne sont pas les 3 ou 4 mecs qui ont des bonnes gueules devant.

B.L : Et vous diriez la même chose d’un mec comme McLaren?

Open MarketM.Z : Non… McLaren c’est tout à fait autre chose, j’ai pas de respect pour les gens qui viennent du milieu de la mode à part McLaren. Parce que lui est très intelligent; on était très copains bien avant le punk, dès 72-73 il venait me voir à l’Open Market. On était très amis à travers Castelbajac d’ailleurs qui était aussi un copain à moi de l’époque de la bande du Drugstore. C’est comme ça que j’ai connu McLaren, lui c’était un fan de rockabilly le reste ça l’intéressait pas. C’est là qu’on a commencé à parler de situationnisme, de choses comme ça, on est devenus super amis, bien avant les Pistols. Et je peux en raconter des histoires sur les Sex Pistols. Par exemple le chanteur original c’est Nick Kent et pas Rotten. J’étais là moi, je peux témoigner, je sais exactement comment s’est passée l’histoire, comment le nom des Sex Pistols a été choisi, je faisais partie des 4 mecs qui ont créé le Punk dans le monde si on se rattache aux Pistols… Il y avait deux noms, je me souviens très bien, on était dans l’appartement que Nick avait à Charing Cross où sont arrivés Jeremy Reed et sa femme, Nick Kent Mc Laren et moi. Nous quatre, on se dit “Bon, il faut qu’on fasse quelque chose contre cette establishment de la musique, le groupe est là mais il faut qu’on lui trouve un nom.” Et il y avait deux nom possibles, il y avait les Young Lord et les Sex Pistols. Les Young Lords c’était un peu trop intellectuel, donc on s’est dit les Sex Pistols c’est plus frappant et c’est comme ça que ça s’est décidé et du jour au lendemain Nick, qui  était le chanteur ce soir là des Pistols, trois jours après n’était plus le chanteur. Johnny Rotten, sans aucune décision prise par le groupe, avait pris le pouvoir. C’est pour ça qu’à un moment donné, Glenn Matlock, qui est mon copain depuis toujours, a foutu le camps des Sex Pistols, quand Sid Vicious a foutu un coup de chaîne sur la gueule de Nick Kent qui méritait vraiment pas ça.  J’ai alors pris une rage terrible et suis allé voir Mc Laren en lui disant: “Casse toi pauvre con c’est terminé pour toi”. Je me suis rendu compte après qu’en réalité toutes ces histoires avaient beaucoup aidé Malcolm sur le plan médiatique. Car à l’époque Mclaren ne representait rien dans le rock mais rien du tout. John Savage le dit dans son livre England Dreamings, la première fois qu’il entend le mot Punk, c’est à Paris il dit: Pareil pour Lester Bangs qui vient à l’Open Market et qui passe la soirée avec nous , et qui plus tard parlera des Punk, qu’il écrit Puques.

B.L: Il vient en quelle année Lester Bangs?

M.Z : Il vient en 74.

C.V.S: Il fait un papier sur les Variations c’est ça non?

M.Z : Les  Variations c’étaient des copains à moi, des pieds noirs, ils partaient aux Etats Unis alors je leur ai dit: “Ecoutez les mecs, il y a un gars aux Etats Unis il faut absolument aller le voir c’est un mec il est chez lui à écrire, il boit il est un peu lourd, il part jamais en tournée avec un groupe mais c’est un génie, il a quelque chose. Donc je veux que vous vous demerdiez à le prendre avec vous et que vous l’emmeniez en tournée.” C’est ce qui s’est passé. Lester a adoré le côté pieds noirs des Variations, il a même plus tard récupéré des expressions pieds noir. Après Lester a accepté aussi d’aller avec les Clash et avec eux il s’est éclaté de la meme façon.

B.L: A ce moment là en France, est-ce qu’il n’y a pas justement quelques groupes qui trouvent égard à vos yeux en terme de création musicale?

M.Z : Aujourd’hui comme hier, le problème des Français c’est de rester trop dans le parisianisme, moi je n’ai jamais fait cela. Jamais! Il fallait aller à Lyon j’allais à Lyon et je voyais les groupes sur place, j’allais à Montpelier, j’allais à Nice. Marie et les garçons c’est moi qui les ai trouvé, c’est moi qui leur ai donné leurs nom. Ou encore Electric Callas c’était des gens qui avaient du talent, qui avaient quelque chose et ils étaient en province c’est pas…

C.V.S : Un peu plus tard vous aviez co-signé avec Yves Adrien Le manifeste des panthère éléctriques, c’est ça?

M.Z :Oui c’est ça.

C.V.S : C’était un coup de chapeau à John Sinclair ,vous vous voyiez en Sinclair Français?

M.Z: Non pas spécialement en John SInclair francais, parce que moi je suis plus jeune que lui, non mais on défendait les même choses. Je vais te dire pourquoi on a répondu avec ce manifeste:  l’epoque il y avait le front de libération du rock qui avait été inventé par les groupes francais les plus minables de l’époque et qui était un front de libération tenu par des trostkart qui voulaient récuperer le rock en se disant: “Tiens le front de libération du rock ca va motiver les jeunes”. Et notre réponse ça a été: “Nous jamais on ne soutiendra Fille qui mousse ou tous les groupes de merde de l’époque” On était dans le rock donc pour nous la référence c’était quand même aussi Détroit, le M.C.5 et les Stooges. Donc on a fait le Manifeste des Pantheres éléctriques, effectivement en hommage à ces groupes de Détroit mais je pense qu’en France on a eu notre Détroit, personne ne l’avait compris mais c’était le Havre. Une ville extrêmement importante parce qu’il n’y avait pas d’intellectuels à part Philippe Garnier. Il est parti aux States.

C.V.S : Oui d’ailleurs quand vous parlez des gens qui écrivent vous dites qu’Yves Adrien est le meilleur… mais Philippe Garnier est très important aussi non?

M.Z : Oui il y a aussi Garnier, Dister, mais ces mecs là je les considére pas comme des Français, réellement. Ils foutent le camp parce qu’il ne supportent pas la pression française, aussi bien Dister que Garnier, ils ne peuvent plus.

C.V.S : Et Garnier ne parle pas de la France du tout dans ses articles…

M.Z : Il ne parle que du cinéma américain, bah, c’était notre culture. Il faut bien comprendre qu’aprés guerre…Je suis né dans le cinéma américain aussi, je veux dire en Algérie on avait que ça, donc les séries B les séries Z, j’ai tout vu, les films japonais, tous les films de monstres et les premiers films de rock on les voyait en Algérie quand vous ne les aviez pas encore vu ici. C’est très bizarre parce que ça faisait partie de la soi-disante propagande américaine, donc ils balançaient dans tous les pays ces films américains, on avait accès à tout cela.

B.L : Est-ce que cela n’est justement pas l’un des avantages du plan Marshall ?

M.Z : Absolument mais ce plan Marshall qui a été décrié en France, on ne serait pas là si il n’y avait pas eu le Plan Marshall. Même si les Français s’étaient bien démerdés pendant la guerre pour faire leurs bas de laine, c’est pour ça que je pense que les Français ont un problème relationnel avec leur propre histoire. Il faut être clair, on ne peut pas avoir une vraie civilisation si on ne respecte pas les gens. Or en France on ne le respecte pas. La France c’est fini, ça deviendra un musée pour les Asiatiques et vous remettrez des bérêts basques.

B.L : Vous parliez de racisme, cela me fait penser à Larry Debay qui tient encore aujourd’hui une des meilleures boutiquees de musique à Paris qui est Exodisc. C’est une boutique qui ne marche pas super bien, les gens ne se bousculent pas pour entrer comme on a l’impression qu’ils se bousculaient à l’open Market …

M.Z : Non c’est pas vrai ça, personne ne se bousculait.

B.L : Bon c’est une mythologie alors…

M.Z : Non mais tu sais dans l’ordre des mythologies, il y a des choses absolument fascinantes que je lis sur le truc. Le premier festival de Mont de Marsan par exemple, il y avait 600 personnes et sur les 600, il y avait 400 Espagnols et sur le reste il y avait plus de Francais qui venaient de Londres que de Francais tout compte fait. Le deuxieme c’était pareil, il y avait des bus de Barcolone et je peux te jurer que le trois-quart des gens venaient d’Espagne donc aujourd’hui quand on me dit “j’étais à Mont de Marsan, je me marre, je réponds même pas ou alors je dis: “Ha ouais génial”. Pareil pour l’Open Market, s’il y avait eu autant de monde à l’open Market, ça se serait su, c’était une boutique qui était déserte la plupart du temps, on écoutait du rock, on s’en foutait.

B.L : A votre avis quelle est la raison de cette mythologie autour de cette période?

M.Z : Il faut bien se rattacher à quelque chose, il faut bien justifier ta façon d’être different. Si tu es dans le rock tu veux être different non? Donc si tu veux c’est normal de dire “j’ai ma culture, l’Open Market représente ma culture, le festival de Mont de Marsan représente ma culture, le Drugstore représente mon dandysme”. On a besoin de se raccrocher à quelque chose, mais que ce soit le mouvment punk en Angleterre ou à Paris, combien on était? Allez…200 en France. A Londre c’etait guère mieux, il y avait le bromley contingent, après ça s’est étendu mais juste en Europe. Parce que les Americains on mis 25 ans avant de comprendre qu’il y avait des punks. Pourtant c’est aux Etats Unis où il y a les premiers groupes Punks, historiquement depuis les années 60 déjà, puis après les Ramones, aprés Johnny Thunder, après les New York Dolls.

B.L : Encore une fois on parle des Dolls qui sont revenus et je les ai vu en concert récemment, c’est une honte et ça casse le mythe…

M.Z :On peut pas se reformer quand on a pas les mecs d’origine qui sont presents. Sinon demain on fait les New York Dolls tous les deux, qu’est ce qu’on en a à foutre. Moi j’étais attristé, j’ai été au concert et j’ai pas pu rester bien longtemps, parce que je me suis rendu compte que j’avais pas le droit d’être là, Johhny Thunder et jerry Nolan étaient vraiment mes potes, je pouvais pas leur faire ça, donc je suis parti.

C.V.S : Leur première venue en France avait vraiment été quelque chose d’important?

Zermati, sorti de prison 79M.Z : Rends-toi compte qu’à l’époque, en une semaine on fait l’Olympia et le Bataclan pour un groupe que personne ne connaissait, pourtant c’était plein partout. Mais moi je dois pas me plaindre quand j’organise des concerts, c’est toujours plein. Je fais Dr Feelgood au Bataclan c’est bourré à craquer. Les mecs m’ont suivi mais c’était une poignée, c’était pas aussi important qu’on l’a dit mais nous on faisait des trucs tout le temps où on perdait de l’argent tout le temps, on en avait rien à foutre. On faisait de façon à ce que justement… Enfin entretenir  un mouvement, une idée, voir les groupes français, voir ce qui se passe, comment les aider. Il faut que tu saches qu’à l’époque les mecs qui étaient mis en avant c’était Gong, c’était eux qui tournaient! J’ai rien à dire, c’était mes amis et je suis pas du tout anti-hippie, ça c’est pas vrai du tout, parce que pour moi le mouvement hippie a été un mouvement extrêmement important. Les gens qui traitent les hippies de Babas sont des imbéciles absolus. Sans le mouvement hippie il n’y a pas de mouvement punk. D’ailleur les théoriciens du mouvement punk, que ce soit Caroline Coon ou John Savage, iviennent du mouvement hippie. Dans le mouvement hippie il y avait vraiment des radicaux, il faut bien comprendre que c’était un mouvement de lutte. C’est vraiment important, beaucoup plus que le mouvement punk.

C.V.S: Ils viennent tous des Beats comme Kerouac et Burroughs…

M.Z : Oui! c’est la liaison, ça commence avec Dada à Zurich, Tristan Tzara et tous les autres. Le mouvement surréaliste en France et le mouvement beat vient du mouvement de va et vient des artistes européens vers les Etats Unis puisqu’ils étaient pourchassés par les Nazis. Des types comme Ginsberg c’était des mecs fabuleux, des personnages d’une intelligence remarquable et d’une culture extraordinaire. Et puis la découverte de la Beat generation en Europe se fait à travers les Mod’s, le mouvement moderniste en Angleterre qui amène la Beat Génération, je me souvient tres bien que les Mod’s ont dabord écouté Coltrane et puis Kerouac. Enfin quoi….On the road c’etait devenu la bible de tout une génération de Mod’s. Donc si tu veux arrive la Beat generation en Europe, le mouvement mod’s amène L’Op Art. C’est pour ça qu’aujoud’hui j’affirme être encore un mod’s, un hippie Mod’s, un punk mod’s ou un situationniste mod’s, ce que tu voudras, je m’en fous. Je suis un mod’s et je resterai un Mod’s.  Ca vient peut-être de mon côté pieds noirs, on est très latins et nous les Latins on aime les sapes on peut pas se laisser abattre. Enfin je veux dire c’est très difficile dans l’histoire du rock de voir pour moi des mecs avec des shorts et des tatouages, je peux pas, je suis désolé, je n’arrive pas mais si les groupes sont bons moi je me dis “merde c’est quoi ce bordel”… moi j’aime les groupes … Avec les Groovies je l’ai prouvé, je les ai entièrement transformé. Ca vient de moi et de personne d’autre, tout le monde pourra te le dire, j’ai voulu que les Groovies soient les Beatles et sur le plan de l’esthétisme, j’ai retrouvé le tailleur des Beatles, j’ai retrouvé le mec qui faisait les Boots sur mesure pour les Beatles, Annelo&david.

B.L : Justement par rapport à ça à cette copie des choses, est-ce que la stratégie de rupture vous l’avez aussi vu dans le manifeste des futuristes, qui est un vieux modèle dont parle Schuhl dans l’ouverture de Rose poussiere? Est-ce quelque chose qui vous a marqué dans l’approche, est ce que le vrai truc punk ne commencerait pas là?

M.Z : Oui…. J’ai d’autres projets d’exposition après Rock is my life,  on décidera surement de se mettre des limites en partant de Dada et on s’arretera à la mort de Sid Vicious. Il faut bien démarrer quelque part, on aurait pu prendre pleins de mouvements,moi par exemple celui qui m’a fascine, et qui est peut etre peu connu, c’est le grand jeux avec des mecs comme René Daumal et Roger Gilbert-Lecomte.

C.V.S : Pour vous quand on “rentre en rock”, on devient un outlaw, un homme sans pays?

M.Z : Oui c’est ça. On ne peut plus avoir de pays parce que le rock est universel…Dans les années 60,  il y a un mec, Marshall McLuhan, qui écrit un livre: Pour comprendre dans les medias. Il raconte exactement ce qui se passe aujourd’hui, regarde par exemple qui à crée Internet? Ce sont des acid Freaks, des mecs qui avaient pris du L.S.D alors que l’armée americaine leur avait demandé. Quand ils ont vu qu’internet était un espace de liberté absolument incontrolable, ils ont tout stoppé. Et aujourd’hui Internet est la reponse, peut être négative ou positive à ces deux visions ambivalentes. La nouvelle révolution c’est ça et ça rejoins ce que disais Mcluan dans les années soixante ” Le monde à l’etat de village”. C’est genial, moi j’adore l’entrée dans le 21eme siècle…à condition que ce soit l’explosions totale de tout ce qu’a representé le 20eme siècle. Je pense que l’on subira entre 20 et 30 années difficiles avant que les gens comprennent que nous sommes dans un siècle différent.Qu’est ce que vous allez faire? C’est à vous de savoir…Pas à moi.

B.L : Est ce que justement la solution à ce niveau là, c’est un théorie que j’ai qui est un peu super morbide mais bon…Est ce que la vraie solution pour le siecle en cours ce ne serait pas que les personnes qui ont construit l’histoire du 20 ème siècle decède une bonne fois pour toute?

M.Z : Je ne crois pas que ça soit si important, on est dans une autre phase. Un type comme Bob Dylan aujourd’hui est plus important qu’Iggy Pop; il le restera toujours parce que son cerveau n’est pas arrêté, Dylan continue à faire des disque des films il écrit des bouquins,il anime une radio qui est tout bonnement extraordinaire et pourtant c’est un mec de ma génération. Mon père, par exemple, était un homme très cultivé, très brillant, mais il comprenait rien à la musique que j’écoutais. C’était la césure entre un monde et un autre. Peut être que cela nous a donné un peu plus d’énergie en se disant qu’on luttait contre un monde trop vieux… maintenant les choses ont change, tu peux fumer un pétard avec ton père, tu peux écouter les Stooges avec ton père, tu peux même niquer avec ton père si tu trouve une gonzesse à niquer!!! Il faut bien comprendre ça: l’arrivée du rock c’était une déflagration de cette pulsion sexuelle, amenée par les Teenagers et les parents restaient les bras ballants sans trop comprendre.

C.V.S : On passe d’une génération où les gamins doivent se taire à table à une génération où les gamins gueulent dans des micros.

M.Z : Oui je comprends complètement ce que tu veux dire, c’est ça qui me revolte aujourd’hui et n’arrive pas à comprendre: comment une génération qui a la possibilité de tout avoir de manière instantanée possède-t-elle une paresse intelectuelle aussi flagrante…

B.L : Pourtant c’est très lié: quand on a tout, on ne veut rien…

M.Z : Peut être mais pas moi, nous on avait tout perdu… Quand Dylan disparraitra, on arrivera bien au bout d’un processus et là…à vous de trouver la solutio.  Nous avons vécu le truc de façon passionnée dans une époque psychédélique. Tout le monde était raide défoncer a fond; les plus grand groupes c’était l’époque psychédelique.

C.V.S : Pour vous le pschédelisme est le mouvement le plus important ?

M.Z : Oui absolument je pense que le L.S.D et le mouvement psyché sont les choses les plus importantes de notre génération. C’est à partir de ce moment là que tout change, internet et plein d’autres choses qui se transforment.

C.V.S: Oui et puis en un sens… la fameuse phrase de Leary “Turn on/Turn In/Drop out” est assez punk.

M.Z : Oui ,c’est pour ça que je dis je fais aucune opposition, contrairement justement à beaucoup de médiocres qui n’ont rien compris, entre le Punk et les Hippies, il y a aucune opposition. Il n’y a que McLaren pour dire ça.

C.V.S: C’est marrant parce que Pacadis, sur le plateau d’Apostrophe, se positionne quand même complètement anti-Hippies, enfin peut être disait-il ça par pure provocation.

M.Z: ….Pacadis…. c’est le prototype même du Hippie! Je l’ai connu, il revenait d’Afghanistan…. Il disait ça pour faire chier le monde oui. Pacadis c’était un hippie absolue, d’une intelligence remarquable d’une sensibilité remarquable mais qui été un Hippies.  Et puis qu’est-ce tu crois qu’est Yves Adrien? Il est hippie! On a décidé d’être punks à un moment donné mais il prenait de l’acide tout les jours Yves. Son attitude, la façon dont il se sape, font de lui un hippie, il n’y a pas de punk chez Yves Adrien ,ou alors le punk garage,c’est à dire les mecs à cheveux longs avec les boots.

C.V.S: Vous le rencontrez en quelle année Yves Adrien?

M.Z : Je sais même plus tiens… Enfin ça devait être très tôt vers 73, je suis allé le chercher là bas chez lui à Verneuil et lui ai proposé de venir bosser avec moi parce que on partageait le même truc. Et donc il vient bosser à l’Open Market. Quand McLaren débarque c’est pas du tout ça, lui c’est le contraire: il deteste les hippies, c’est le mec qui a jetté Iggy Pop de sa boutique parce qu’il l’a vu arriver avec les cheveux longs… C’est ça McLaren… mais en même temps je l’adore et je le respect pour ce qu’il est…

M.Z :Et puis c’est des vrais prolos…

B.L : Je reviens trente seconde sur la France, je suis un peu borné. Vous faites partie avec quelques personnes, il y a Dashiell, il y a…

M.Z: Attend j’ai besoin d’aller pisser…………………………………………………………………………………

B.L : Donc en faite ma question porter sur le fait que vous êtes un des rares français qui ait compris que ce n’était pas forcément dans la lumière qu’on pouvait faire le plus de choses.

M.Z : C’est ce que je t’ai dit: j’ai un refus du parisiannisme. Idem pour mon label, Skydog, qui est dans une phase finale parce que le problème c’est que je suis resté sur le territoire français. Avec le recul je me suis rendu compte que Skydog n’a jamais rien vendu en France. Grace à Dieu skydog est un Label international…Donc on arrête de distribuer en France. Ca fait quatre ans que j’y perds de l’argent. Comment Skydog peut continuer quand il perd plus de quinze mille euros tout les ans? Mais bon, Skydog devient un label légendaire: il y a un coffret qui va sortir en angleterre, quatre cd et un livret où Jacques Riviera, Nick Lowe ou tout mes copains anglais vont venir raconter le truc. Pour moi l’avenir du monde c’est L’Asie du sud-est, j’aurais la trentaine aujourd’hui je foutrais le camp là bas sans hésiter. Skydog a été le premier label indépendant à sortir au Japon. L’Inde me fascine également, parce que c’est quand même un pays où 3OO millions de mecs parlent anglais alors qu’en Chine ils ne parlent pas un mot d’anglais… L’indien ils a mauvais gout mais bon… ça commence toujours comme ça, ca finit toujours par s’arranger!

http://www.skydog.fr/

Un commentaire

Peut-etre que le 21e siècle sera celui ou on cessera de se poser des questions stylistiques, ou les groupes arreteront de s’identifier a des mouvements ou a imiter leurs pairs. Ce sera un peu fade visuellement, mais quitte a s’ouvrir a toutes les pénétrations, qu’elles restent musicales.

Commentaire par Comité de lutte contre la transformation du monde en anus géant, le Lundi 19 janvier 2009 à 0:52

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