Parce qu’il n’est pas toujours nécessaire d’avoir lu un livre pour en parler… Cela ne vous aura pas échappé, par le passé, j’ai chroniqué maints livres sans les avoir ouverts.
Certains d’entre-vous en ont peut-être été choqués. Et je tiens donc à en donner l’explication : l’extrême qualité des quatrièmes de couverture qui bien souvent remplacent avantageusement la lecture d’un gros pavé de 500 pages.
Greco/SaganA tel point que j’ai même envisagé un moment de chroniquer seulement les quatrièmes de couv’. Mais trêve de balivernes, comme toujours dans cette rubrique, has been, freaks, junkies, démocrates, punks à chien, dandies, loosers et détenteurs de valeurs boursières achetées avant le crack trouveront une sélection de livres rigoureusement sélectionné, présentant toutes les qualités morales nécessaires, etc. L’actualité littéraire… Un terme assez effrayant, quand on y songe, mais bon…
Un livre paru en septembre 2007 est-il d’actualité ? Toujours est-il que vous devez avoir lu celui-ci : Sans vous aimer, un drôle de petit bouquin érudit paru chez Scali, qui traite de la relation érotico-artistique qui liait Gréco et Sagan. Signé Michaël Delmar, ancien responsable de la rubrique astrologique de Façade (l’homme a, par exemple, établi le thème astral de Keith Richards), le livre revisite le Saint Germain des Prés légendaire et nous rappelle à l’humilité, car, quoiqu’on en pense, en matière de débauche, notre époque n’a rien inventé.
On apprend ainsi que le surnom du comédien Pieral, dans ce Paris nocturne et guilleret, n’était autre que « Pieral-suce-debout ». Il faut préciser que Pieral présentait la particularité d’être nain. Je laisse votre imagination vagabonder… Tout ça pour vous dire que ce livre est essentiel si vous aimez les portraits pris sur le vif, délestés de toute hypocrisie ou flagornerie. La nuit dernière, j’ai relu La position du tireur couché de Jean-Patrick Manchette. Cela m’a rappelé que je n’avais jamais réussi à entrer vraiment dans son Journal 1966-1974 sorti chez Gallimard cette année. Peut-être parce que l’exercice du journal intime est forcément indigeste pour le lecteur/voyeur. Certes, on apprend des choses sur le bonhomme… Sur l’état de son foie, ses réflexions politico-philosophiques, son goût immodéré de la bière (que je comprends et partage), la progression de son travail, ses préférences littéraires et cinématographiques. Je conclurai donc en disant : pour fans et chercheurs seulement.
AlcoolAlcool, de Poppy Z. Brite, au Diable Vauvert. Voilà un bouquin étonnant ! Je ne sais pas comment, mais ça fonctionne… Ce livre parle de nourriture à chaque page, un sujet a priori guère passionnant, mais qui capte l’attention du lecteur comme le font les meilleurs polars. Il faut reconnaître qu’il y a une réelle tension du début à la fin de ce bouquin. Il faut reconnaître aussi que Rickey et G-man, ce couple d’homos alcooliques et branleurs (sauf quand il s’agit de cuisiner), nous ressemble beaucoup. Loin du rêve américain – on n’est ni sur la côte Est, ni sur la côte Ouest, mais à la Nouvelle-Orléans -, ces deux post-adolescents velléitaires paraissent drôlement réels, drôlement vivants. Poppy Z. Brite est une fine observatrice de ses contemporains et de leur époque. C’est bizarre et banal à écrire mais ce livre donne faim et soif. Un pari osé que d’écrire la biographie d’un personnage sur lequel on sait si peu de choses. Rumeurs et ragots sont le principal matériau pour qui veut écrire sur Robert Johnson.
En 89 pages (l’ouvrage comporte en outre vingt pages de notes discographiques et bibliographiques), Peter Guralnick épuise les maigres informations qu’il a pu réunir (la plupart tirés d’une mystérieuse et exhaustive biographie de Johnson, Biography of a Phantom, sur laquelle travaille un certain Mack McCornic depuis plusieurs décennies et dont on doute qu’elle soit éditée un jour). Johnson ressort pourtant un peu plus réel de ce A la recherche de Robert Johnson publié par Le Castor Astral. Peut-être grâce aux témoignages de ces rares musiciens qui se souviennent avoir croisé sa route, le temps d’un concert dans un juke joint ou d’une bouteille de gnôle partagée.
A la recherche de...Si la mort et ses représentations vous intéresse, le Guide des curiosités funéraires à Paris vous ravira (au moins au sens figuré). Ce luxueux petit bouquin édité chez Parigramme recense la plupart des lieux parisiens où la Grande Faucheuse est célébrée, honorée, crainte ou tournée en dérision. On visite principalement des cimetières dans ce livre d’Anne-Marie Minvielle, mais pas seulement. Ainsi, même le rassurant Jardin des Plantes compte une sépulture « sauvage », celle de Daubenton, premier directeur du Museum d’histoire naturelle, qui savoure l’éternité dans l’intimité de son sarcophage de porphyre rouge à l’abri de cyprès centenaires. A feuilleter après avoir revu pour la vingt-cinquième fois La nuit des morts-vivants. Les morts constituent une bonne part des revenus des éditeurs, nous le savons.
Les back catalogues sont remplis d’auteurs ayant passé de vie à trépas. Le petit plus marketing, c’est quand les morts se mettent à écrire des livres. Il y a les vrais inédits qu’on retrouve et qu’on publie, comme ceux de Pierre Boulle au Cherche Midi, mais il y a aussi les faux inédits, ces personnages ressuscités par des auteurs munis des autorisations nécessaires. Sherlock Holmes est le dernier en date. Un auteur français, Bob Garcia, a obtenu l’accord des ayants droits pour écrire de nouvelles aventures de notre cocaïnomane favori. Cela donne Duel en enfer, sous-titré Sherlock Holmes contre Jack l’éventreur, soit une rencontre déjà imaginée au cinéma par James Hill en 1980. Malgré toutes ses qualités, ce livre publié au Rocher ne m’a pas totalement convaincu. Il y a quelque chose de trop moderne dans le style de Garcia. Manque cette touche de délicieuse déglingue aristocratique qui fait tout l’attrait du personnage imaginé par Conan Doyle. Plus recommandable est la monographie de Peter Costello (no relation), Conan Doyle détective qui a pour ambition de présenter l’auteur d’intrigues policières face aux petites et grandes affaires criminelles de son temps. Doyle fut souvent amené à prêter son concours pour tenter de résoudre des cas que Scotland Yard s’avérait impuissant à résoudre.
Mais comme Doyle – qui est abondamment cité dans le livre - le fait lui-même remarquer : dans la « vraie vie », le système déductif de Holmes s’avère de peu d’utilité. Les vrais criminels étaient moins subtils - que ce système déductif - et donc beaucoup plus efficaces.
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Sans vous aimer, Michaël Delmar, Scali, 16 €
Journal 1966-1974, Jean-Patrick Manchette, Gallimard, 26 €
Alcool, Poppy Z. Brite, Diable Vauvert, 20 €
A la recherche de Robert Johnson, Le Castor Astral, Peter Guralnick, 12 €
Guide des curiosités funéraires à Paris, Anne-Marie Minvielle, éd. Parigramme, 19 €
Duel en enfer, Bob Garcia, Editions du Rocher, 19,90 €
Conan Doyle détective, Peter Costello, Editions du Rocher, 22 €
5 commentaires
Sur la biographie de Mc Cornic concernant Robert Johnson, on doute même qu’elle soit achevée un jour ! Quoi qu’il en soit, je partage l’avis sur “A la recherche de Robert Johnson” : livre un peu anorexique mais bien documenté (à la Guralnick, quoi, c’est-à-dire du travail sérieux)et vraiment intéressant…
Yep.
C’est pas Oscar Wilde qui disait qu’il ne lisait jamais les livres qu’il critiquait. De peur que ca l’influence.
Le vieux Wilde disait en général des trucs pas mal… Il a dû dire cela aussi.
Duel en Enfer : bouquin d’enfer !
J’ai lu le dernier Bob Garcia “Duel en enfer” et le livre de Costello. Pour moi, pas photo : le roman de Bob Garcia est un pur chef d’oeuvre. Ambiance londonienne morose et souvent sordide. Personnages hallucinants. Intrigue qui prend aux tripes jusqu’à l’épilogue. Sherlock et Watson revisité par Garcia sont fabuleux, l’introspection va plus loin que chez Doyle. Quant au style de Garcia, c’est vrai : aucun rapport avec celui de Doyle. ça va à toute allure. Le thriller parfait. Je ne l’ai pas laché jusqu’à la dernière ligne.
Par contre le livre de Costello m’a franchement déçu. Le titre semble sympa : “Conan Doyle détective”, mais le livre ne tient pas ses promesses. Une compilation d’anecdotes sans grand intérêt. Et pas plus d’enquête que de Doyle détecive… Mais bon, ce n’est que mon opinion ;o)




PLAY BLESSURES
A l’instar de votre aveu qui n’étonnera personne, je peux dire sans le lire que cet article est sans intéret, mal écrit et super chiant, car comme toujours il ne parle que de vous.
Violemment vôtre.