Nous sommes en possession d’une cathédrale, un bâtiment de bois plein de craquements, tellement fragile qu’il pourrait s’écrouler maintenant. Nous sommes en possession de l’âme d’un homme du passé. C’est un drôle de cadeau que l’on vient de nous faire.
En 1971, nous sommes au moment où Neil Young a abandonné ses amis pour se retrouver seul. Il a déjà fait trois albums en 2 ans. C’est exactement le moment où il va se lancer dans le vide, se sublimer jusqu’en 1979, le Live Rust Never Sleep et la naissance de son deuxième fils. En fait, Harvest va être enregistré dans quelques mois et marquer le monde (même les français) à tout jamais.
1971, quelle excellente année : Tago Mago de Can, Dark Side Of The Moon du Pink Floyd, Melody Nelson de Gainsbourg, Electric Warior de T.Rex… et dans tout ce chahut électrique, de confrontation entre des esprits défoncés et des instruments qui n’ont pas intérêt à se montrer réticents, Neil Young continue à jouer de l’herbe et fumer beaucoup de piano. Il touche au plus profond son ambition première, celle d’élever la vie quotidienne dans une dimension mystique, une discussion avec dieu sans aucun détour.
Et le live au Massey Hall est tout bonnement terrifiant. Peu de musiciens citent aujourd’hui Young avec la conviction que son œuvre est incontournable. Pourtant, peut-on réussir à avoir sa finesse et sa force de jeu. Neil Young est un musicien de la souffrance, il frappe les choses pour en extraire les émotions. Si ses paroles sont des arrache-cœurs, son jeu de guitare est un exercice de masochisme. C’est un jeu percussif, qui ne peut vraiment être apprécié que sur de grosses guitares, les phalanges et la paume de la main droite rentrant en perpétuel contact avec les cordes. Le genre de jeu à s’ouvrir les doigts extrêmement facilement. Ses chanson folk sont essentiellement majeures, sur une base de si, les accords joués avec des atténuations et des fuites vers la 7éme. Mais le principe a toujours été de garder le contrôle des notes, soit d’aller les étouffer pour mieux les faire vibrer à la suite. Certaines personnes ayant tellement entendu Out on The Week End dans leur jeunesse ne savent aujourd’hui pas jouer de guitare sans étouffer perpétuellement les cordes (Comme Kurt Cobain et toutes ses dead notes).
Neil Young a lutté toute sa vie pour garder le contrôle. Cet épileptique a fuit le Canada où ses chansons n’avaient plus de sens, il est resté une dizaine d’années auprès de son fils fortement handicapé, n’a jamais accepté de voir mourir ses amis de l’héroïne et ceux de 1968. C’est une tragédie humaine qui a verrouillé tous les niveaux de sa vie. Mais il faut combattre, garder le contrôle de tout : ne pas accepté d’être montrer sur la vidéo de Woodstock, imposer toujours le même producteur au label, et toujours avoir les cordes sous les doigts.
Et ce live nous montre comment va se sublimer le père Young. Tout d’abord, la transformation des morceaux de Harvest, comme Man Nead a Maid qui passera d’une chanson ultra poignante au piano, à une chanson pour suicidaire sur Harvest, arrangé de milliers de cordes déchirant le corps de millions d’auditeurs. Car sur tous ses albums, l’âme et le cadre sont différenciables : il y a Neil Young en pleine relation avec son instrument, puis toutes les personnes se déchainant autour de lui pour donner forme à la chanson. L’œuvre d’un tel homme repose sur tellement de tenants et d’aboutissants ; la trilogie de l’abandon que sont On the beach, Times Fade Away et Tonight the Night contre-balance avec la période électrique du parrain pour toute la génération des groupes nineties.
Et que penser devant cette version de I’m a Child , venant clôturer le concert de 1971, venant ouvrir celui de 1979… Que l’on est ici témoin de la naissance du miracle.
Neil Young // Live At Massey Hall 1971
www.myspace.com/neilyoung
Par Little Johnny Jet




PLAY BLESSURES
MERCI… pour lui