258

PHIL RIZA My sweetheart the Gretsch

A l’heure où les born-again folkeux n’ont qu’à endosser une chemise à carreaux pour continuer à jouer du libertines en toute impunité, il est des bardes d’arrière Ardèche (...) suite

A l’heure où les born-again folkeux n’ont qu’à endosser une chemise à carreaux pour continuer à jouer du libertines en toute impunité, il est des bardes d’arrière Ardèche qui pissent contre le vent avec une classe perdue pour tout le monde, Et vivent quelque chose qui ressemble plus à de la country que le dernier Bashung, ouaip.

On parle de Phil Riza. Né dans le brouillard périphérique d’un Marseille sixties ouvrier et amorphe, ses années quatre-vingt seront, comme pour tant d’autres et on aurait tendance à l’oublier, celles de la brillantine, des fantasmes de Gretsch et des rééditions Big Beat. Et au-delà des Stray Cats et des Meteors, une génération de fondus monomaniaques de pur rockab’ originel, bloqués là-dessus depuis trente ans..

Aujourd’hui, ne reste de cette époque rockabilly que quelques tatouages fanés, banane calviciées et festival du dimanche dans la salle des fêtes de Conflu-sur-Ozergues où des charognards amerloques viennent refourguer leur americana FM et se payer des vacances en Europe, trop heureux de trouver quelques gogos prêts à croire qu’ils n’y a qu’eux pour jouer du rock authentique. Ou des francaouis gominés venant rêver qu’ils sont Elvis en hululant leur yaourt éternel. «Oh yeah Blue Moon of Kenteucky, oh she’s my baby, euh one again nana and baby blue »

Phil Riza

Mais Phil Riza n’est pas de ceux-là. Après le temps des fiftys se castagnant contre les teddys , il rejoindra les drapeaux comme un héros de littérature rock, s’enfermant quinze ans au son du clairon, maintenant ses rouf’ bon an mal an, s’échappant à la moindre occasion pour aller voir ce qui se joue dans les concentrés de Cadillac. Fallait réagir. Alors il quittera la muette avant l’heure, juste pour l’amour du rock’n’roll. Impossible de faire autrement. Des futilités comme l’argent, la famille, le « pas de » travail ne l’empêcheront pas.
Musique.

Comprenez-vous il s’agit pour lui aujourd’hui d’être un musicien. Et en France avec ça. Et pas un qui cachetonne officiel, les décla, c’est putain de compliquer à remplir. Un qui descend du camion, installe la sono, s’enferme dans les chiottes pour se mettre en costume et deux tonnes de brillantine, donner 2h30 de rock’n’roll pour des attablés qui finiront immanquablement par secouer les serviettes, puis danser. Il y a d’autres scènes. Des poivrots indélicats qui lui parlent d’Hendrix à la fin de chaque morceau, lui, costume de matador fifties, cravate ficelle, favoris et pantalon bouffant jusque par dessous les aisselles. Des samedis soirs en forme d’abîme de loose et de sublime ( pour qui ne l’accompagnera que quelques dates) le long de kilomètres de walking bass pour personne.

Un grand mix rock’n’roll, envoyant Eddie Cochran faire du Bo Diddley Beat, éclaboussant guitare boogie de giclures surf, Scotty Moore deguisé en Chuck Berry ou Lee Dorsey en stroll tordu. Et à l’arraché. Quarante morceaux, et pas un musicien le même que la veille. Rattraper au vol des versions massacrées d’Elvis ou Ray Charles, pasque le gamin recruté in extremis n’a décemment pas pu apprendre tout ça en deux jours.

D’ailleurs il devait jouer de la basse et se retrouve à la batterie car un autre gazier n’est pas venu. Et il joue en picking, le père Riza, sur une Telecaster et dans un Twin.

Ca vous secoue la mémé forfait table + concert, mais elle a le smile.

Et oui, nos vieux d’aujourd’hui ont connu le rock’n’roll.

Et de véritables dancing sixties en plein Boulogne-Sur-Mer, scène de quarante mètres carrés en plancher, lampadaires alignés au plafond, piste de danse carrelée, Cadillac rose peinte au mur à main levée. (Faites jouer Christophe la bas, bordel) drapeaux sudistes et tout, line dancing de nénettes en haut gipsy, robe de ballroom et bananes de filles (ça existe), sono ridiculement petite et distordue, Mister K à la batterie, habillé en magnat du pétrole texan, et moi, secouant ma basse Hofner (pas la violon bordel) en essayant de me donner l’air le plus Plonk Lane possible. Z’ont failli me scalper mes putains de cheveux longs. INTERDIT ! Et des festivals, des salles de concerts, des boîtes de nuit, des bars, des restos, sur des tréteaux, des carreaux, des tapis, du foin, partout. Parce que ce mec doit jouer pour vivre. Phil Riza c’est huit ans de ça, maintenant. Et partout, Australie, States, Creuse, Japon, Picardie, Allemagne, Hollande, rien à foutre, pourquoi se priver. De derrière les spots, on pourrait limite se croire dans les années cinquante.

 

Retour du rock ? Pourquoi, c’était parti ? Le punk ? Ouais on se battait avec aussi. Le métal ? Ouais tu sais, y a des mecs qui tricotent… Les Beatles ? Ah ça, ça a vraiment foutu la merde. Le rap ? T’y es fou ou quoi ? La différence ? Me direz-vous ? Avec le tout venant-billy ? Le picking, le son, et la grâce. Ce type est un rockeur, d’ailleurs, vers 18h50, par une lumière grise et en prenant le bon angle…il ressemble à Fonzie.

Aujourd’hui, plus de groupe. Trop de musiciens, trop le bordel, tout le temps à faire chier ceux-là. Veulent être payés décemment, font des gamins, n’importe quoi. Exilé dans les collines de nos Appalaches à nous, aujourd’hui Phil joue du Merle Travis en solo. Sur une Martin. D15. Avé la brillantine et le smile. Pro. Compose, enregistre, tourne encore et encore. Il sera à Barcelone, Dublin et Berlin en décembre. Après au States et en Inde. Bientôt sur Mars. Peut-être vers chez vous. Et ça c’est pas dans rock’n’folk.

Et pourtant… il ne s’agit QUE de ça.

Laisser un commentaire