258

POP DE SEPT LIEUX Déferlante de groupes communautaires

Islands, Of Montreal, Architecture in Helsinki, I'm From Barcelona, Made In Mexico, Forward Russia : depuis peu on assiste à une déferlante de groupes masquant leurs nationalités derrière (...) suite

Islands, Of Montreal, Architecture in Helsinki, I’m From Barcelona, Made In Mexico, Forward Russia : depuis peu on assiste à une déferlante de groupes masquant leurs nationalités derrière des noms de groupes à rallonge qui en colportent une toute autre. Pourquoi s’amusent-ils ainsi à brouiller les cartes (géographiques) ? L’indie pop ne sait-elle plus où elle habite ?Fans d’indie pop, vous ne pouvez pas ne pas vous en être rendu compte. Depuis peu, les groupes dont vous célébrez le génie musical ont des noms étranges. Des noms qui tournent autour de villes et pays qui n’ont rien à voir avec la nationalité des formations concernées.

 Les Islands ne sont pas islandais mais québécois, les Of Montreal ne sont pas québécois mais américains, les Architecture In Helsinki ne sont pas finlandais mais australiens, les I’m From Barcelona ne sont pas espagnols mais suédois, les Made in Mexico ne sont pas mexicains mais américains, les (Please) Don’t Blame Mexico ne sont pas non plus mexicains mais parisiens, et les Forward Russia ne sont pas russes mais anglais. Alors question : pourquoi ? Une théorie ? Doud, confrère de chez Gonzaï, a questionné à ce sujet les finlandais d’Architecture in Helsinki. A-t-il une théorie qui tient la route pour expliquer ce phénomène ? “Comme le disait la chanteuse du groupe, je suppose que la première chose c’est de voir comment le nom sonne.

Et mine de rien, que ce soit Helsinki, Montréal ou Barcelona, ça sonne toujours pas mal. Etrange, non ? D’autre part, tu m’aurais posé la question 200 ans plutôt, je t’aurais sans doute répondu : “par souci d’exotisme” car l’exotisme fait vendre, il faut bien l’avouer. Or dans un monde globalisant et réducteur, il paraît de bon ton de se décliner à l’international rien qu’avec un nom de groupe.” Ces “bribes d’éléments de réponses” vous satisfont-ils ? Moi pas. J’ai la bête prétention de vous en dire plus sur le sujet. D’avoir dans mes filets de critique rock une interprétation globale aussi perchée que cohérente. Je crois que les pièces du puzzle ont commencé à m’apparaître il y a un mois de ça. Surfant sur le Web avec cette problématique en tête, je suis tombé sur le webzine Interprétation Diverses. Un webzine qui portait bien son nom, me suis-je dit, vu le sujet qui m’amenait. Ma découverte?

En janvier un petit cercle de fan d’indie pop avait mis au point un concept “pour caractériser la nouvelle vague du rock indé nord américain”, une scène “ni ultra-dominante ni marginalisée” constituée de groupes comme Arcade Fire, Clap Your Hands Say Yeah, Sufjan Stevens, Bright Eyes et Animal Collective. Des groupes qui ont “réussi à se tailler un territoire commercial conséquent” grâce aux blogs, aux webzines et au peer-to-peer. Son nom ? “L’Indillinoise. Comme indie, bien sûr ; mais également comme Illinoise, nom d’un disque de l’ami Sufjan” et “ville de Pitchfork, média dominant de ce nouveau courant” et, pour finir, “comme noise, parce que tous ses disques, à force de se réapproprier brillamment des strates d’influences superposées, font souvent du beau bruit.”

Il y a de bonnes intuitions derrière ce concept apparemment bien trouvé d’Indillinoise. Comme celle de vouloir fédérer des groupes pratiquant une musique éclectique qui se nourrit autant des Beach Boys que de Sonic Youth et autant de l’americana que du kératocône ; celle de prendre l’exubérance de Sufjan Stevens (pour son projet fou “50 Etats, 50 disques”) et la schizophrénie de Bright Eyes, (pour la parution simultanée de Digital Ash in a Digital Urn et I’m Wide Awake, It’s Morning) comme symboles de cet éclectisme. Mais l’on voit bien que ce concept sombre vite dans une certaine confusion. Il devient même parfaitement bancal quand les petits gars qui l’ont créé décident d’un coup de ne pas chipoter et d’inclure Architecture in Helsinki dans leur moule Indillinois alors que ceux-ci ne sont pas nord américains mais australiens. Des défauts de fabrication dans lesquels se sont vite engouffrés bon nombre d’internautes pour mettre leur grain de sel à l’édifice.

Pourquoi ce concept n’est pas viable et n’a pas fait école comme le constatent leurs auteurs ? Pourquoi finissent-ils par se dire que tous les grands de 2005 qu’ils ont voulu “indilloiniser” pourraient tout aussi bien être regroupé sous le terme plus bateau et fourre-tout de “pop épique” ? Parce qu’ils continuent de réfléchir en terme de “scène”. Or si nouvelle scène il y a, celle-ci se définit par sa non-appartenance à un pays précis, avant même de se définir par sa non-appartenance à un genre musical précis. C’est une scène sans sol (Ground Zero ?) et sans étiquette, mais ça ne veut pas dire qu’on ne puisse pas mettre à jour les particularismes sur lesquels se fondent et se retrouvent tous ces groupes, ce que fait très bien Leibniz. Répondons donc maintenant à notre question en sept points : pourquoi ces groupes s’amusent-ils à brouiller les cartes (géographiques) ?

1) Pour sortir de la vieille mythologie rock qui prône l’hégémonie des anglo-saxons et les clivages manichéens, USA/Angleterre, rock/world et célébrer en douce le règne d’une pop mondiale “dénationalisée” : United color of indie pop ?
2) Pour se présenter comme des groupes encore plus difficilement “marketable” que ne l’étaient les groupes du label Constellation qui ont été les premiers à remettre au goût du jour les noms de groupe à rallonge.
3) Pour rendre compte dès le titre de la musique dont il est question : une melting-pop faite de bric et de broc, qui se nourrit de tout, que ce soit considéré ou non comme du bon goût (en témoigne Bright Eyes qui régurgite presque malgré lui l’air de 99 Luftballons dans un morceau de Digital Ash in a Digital Urn, Loney Dear qui exhume de même quelques inflexions mélodiques de Daniel Balavoine dans un morceau de Loney, Noir ou encore I’m From Barcelona qui a composé un morceau sur Britney Spears suite à ses dernières facéties capillaires) et accouche donc de morceaux-puzzle qui échappent aux formats en vigueur (en témoigne les Architecture In Helsinki qui, sur leur Myspace, disent faire des “Chansons populaires mélodramatiques / Jungle”).
4) Pour refléter la fragmentation qui a lieu dans le line-up de ces formations, car ici c’est l’auberge espagnole, on ne parle plus de groupe, ni de gang, mais de collectif, voire de fratries, quand il ne s’agit pas carrément de chorales.
5) Pour bien dire par ces noms fantaisistes qu’après 50 ans de propagandes et de faits d’armes le rock ne fait plus peur, que le règne de la musique du diable c’est un peu fini, un peu chiqué et marketing ce truc-là, alors autant faire de la pop, autant assumer vouloir faire la musique de dieu : symphonies adolescentes bonjour !
6) Sufjan Stevens incarne bien cette indie pop décomplexée du sentiment chrétien, il en a d’ailleurs défini la quête phare en voulant écrire un album pour chaque Etats des USA, quête à laquelle le new yorkais Paleo, alias David Andrew Strackany, semble avoir répondu en faisant presque plus fort puisqu’il vient d’accomplir la sienne qui consistait à écrire et mettre en ligne une chanson par jour pendant les 365 jours de sa tournée américaine : le projet s’appelle Songs Diary.
7) Logorrhée verbale et musicale, esquive du système marchand et conquête de l’espace : ces groupes (nominaux) sont à leur façon les plus grands groupes du monde : avec eux l’indie pop sait où elle habite : en u-topie.

A ce courant qu’on pourrait faute de mieux intituler l’indie pop déterritorialisée ou la pop de sept lieux, on peut aussi rallier d’autres groupes que ceux suscités. Les américains de The National y ont une place de choix. Moins parce qu’ils sont potes avec “l’ami Sufjan” que parce qu’on ne peut s’empêcher d’appréhender leur nom de groupe comme un déni de tout souci national. Ce qu’illustre leur musique urbaine et vallonnée qui sonne autant anglaise voire irlandaise qu’américaine. On a parlé de groupes américains, québécois, nordiques, australiens. La France n’est pas en reste, ou essaie de ne pas l’être, défendue qu’elle est dans ce domaine par les parisiens de (Please) Don’ Blame Mexico, qui viennent de sortir un EP intitulé The Michel Foucault, et Florent Marchet. Oui, même ce simili auteur de la chanson française est un peu de la fête. Conçu comme un disque-roman sous influence westernisante, son deuxième album, Rio Baril, rebaptise et délocalise par ses termes mi far-west mi Brésil le coin de province paumé près duquel il a grandi. A la suite de ce disque très orchestral, il a d’ailleurs été promu (surestimé ?) “Sufjan Stevens français”. On en reparlera.

5 commentaires

Et America alors, hé, hé, hé…
Autre chose que Sufjan Stevens et sa Chorale de patronage !

Commentaire par Syd Charlus, le Jeudi 28 juin 2007 à 18:21

Sans doute. Je ne connais pas ce groupe, si ce n’est de… nom ! Faut que je comble cette lacune. Bye.

Commentaire par sylvain, le Jeudi 28 juin 2007 à 22:37

De toute façon le meilleur groupe des Etats-Unis d’Amérique, actuellement… C’est Shearwater.

Commentaire par Bester Langs, le Jeudi 28 juin 2007 à 16:09

Shearwater ? M’en vais découvrir ça !

Commentaire par sylvain, le Jeudi 28 juin 2007 à 15:28

Un PUTAIN de groupe sans références précises, c’est juste pathos et dépression au fond du jardin sur fond de piano folk.
J’en mouillerai mon calecon si j’en portais un.

Commentaire par Bester Langs, le Jeudi 28 juin 2007 à 21:28

Laisser un commentaire