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QUEL ORGAN! Quatorze jerks bien membrés

Il y a les réédités, Gainsbourg, Polnareff, Bardot... Et l'on ne s'en plaindra pas. Et puis, les oubliés, tous ceux qui ont fait groover une France gaulliste dormante, (...) suite

Il y a les réédités, Gainsbourg, Polnareff, Bardot… Et l’on ne s’en plaindra pas. Et puis, les oubliés, tous ceux qui ont fait groover une France gaulliste dormante, à grand renfort d’orgue Hammond et d’allusions lubriques, de riffs à l’anglaise et d’élégance à la française.

Le foisonnement musical, l’explosion créatrice et les miniskirts des sixties ne sont pas passés qu’à côté de la vieille Phrance pré-soixante-huit, il suffit juste d’être un peu curieux.

Le N°9, autrement appelé George Profünd, rend compte avec sa compilation fraîchement sortie et limitée à 999 exemplaires, QUEL ORGAN!, d’une époque qui ne fut pas seulement bichromatique, riche en bulles, en chair et en gimmicks.
Entretien avec un mélomane érudit, soucieux du détail et du partage de sa passion, musicien, passeur de disques, et plus largement hyper-actif de la création, qui offre avec cette compilation de jerk français quatorze bombes restées obscures à écouter sous le diamant, sur un beau vinyle blanc…

De quand date le concept “quel organ”? Comment en as-tu eu l’idée?

quel organ !Le concept en fait date de 2001 avec un ami du surnom de Pooley, l’organiste des strawberry smell, du stereoscope jerk explosion, poney taylor, cucumber. Musiciens tous les deux nous avons joué ensemble quelques fois et on a commencé à sélectionner des morceaux pour se faire une compilation et comme je souhaite toujours pousser les raisonnement dans le domaine artistique je cherchais un thème. Etant fan des orgues des sixties (hammond, vox , farfisa et autres ) J’ai décidé d’orienter ma démarche de recherche dans cette optique .de plus j’avais flashé sur un film avec Jean Yanne et Annie Girardot (Erotissimo) dont je voulais extraire un morceau à la compilation (La femme aux faux-cils, ndlr). Ca a démarré comme cela. Moi à la sélection et pooley à la pochette.

Là, c’est la première que tu commercialises?

Oui effectivement. Dès le départ j’avais l’envie de sortir une vraie compilation, en vinyle. Mais mes moyens et mes connaissances dans le domaine de la production musicale m’ont fait défaut jusqu’à il y a un an et demi!

Peux-tu nous parler de ton choix du vinyle blanc?

En fait le choix s’est fait un peu au dernier moment. J’avais tout fait pour créer un objet concept, du choix des morceaux aux interludes entre eux, avec des extraits de films. Chaque face a un début et une fin et raconte une histoire. Le vinyle blanc va avec la thématique très érotique de la compil, oui oui cherchez bien… De plus c’est dur à gérer pour un DJ, donc c’est un disque à écouter chez soi, et pour faire danser avec ces morceaux, eh bien il faut m’appeler.

Oui, parlons-en de la ligne érotique de cette compil..

Oui. D’ailleurs j’ai oublié de parler du titre, Quel organ, c’est assez explicite, et ça peut se lire en français et en anglais, et je voulais qu’il n’y ait que des morceaux français, mais qui sonnent très anglais.
Le concept, c’est un peu érotico-nigaud, avec un humour un peu potache, mais toujours très dansant. J’ai poussé le délire jusqu’au bout si j’ose dire, puisque le label s’appelle “George Profund”, et puis il y a l’annotation “30 cm de plaisir”, et puis bon la pochette, c’est assez clair.

Et venons-en à cet inédit de François De Roubaix…

Ah oui, eh bien j’ai rencontré par hasard sa fille à une partie chez des amis. Quand elle m’a dit qui elle était, j’ai été très enthousiaste, du coup, j’ai joué lors d’une fête en hommage à son père, dont je suis un grand fan. Quand je lui ai parlé de mon projet, elle m’a proposé cet inédit, I want to suggest, qui est tiré d’une espèce de jam entre amis, avec George Billecard, clarinettiste co-fondateur du groupe “New Orlean’s College” et qui est au chant à l’occasion. Cette chanson réunit aussi Maurice Lecoeur à la basse, Michel Klotchkoff à l’orgue et puis François à la guitare électrique.

Et on va faire flashback, pour les lecteurs de Gonzaï, d’où te vient cette fascination pour les sixties, plus particulièrement pour la musique française, les jerks à l’orgue etc…?

EstardyCa remonte tout ça. Difficile à dire mais je pense que le flash est venu des Specials en premier et très vite des Prisoners, James Taylor quartet et surtout Brian Auger, sans oublier les Small Faces etc… Là je parle pour l’orgue, de ce son particulier, et puis l’origine de ma fascination pour les sixties est en revanche encore trouble pour moi. Elle me semble être venue naturellement et ne m’avoir jamais quitté mais je me rappelle de photographies de mon père avec une guitare électrique sur des mobylettes de la marque Peugeot et de ses disques des Chaussettes Noires et Chats Sauvages qu’il affectionne toujours d’ailleurs. Je pense que ceci doit y être pour quelque chose. Ensuite, très vite dans ma scolarité j’ai rencontré des gens avec les mêmes goûts, et voilà, la suite et facile à comprendre et à connaître, une passion, des disques par milliers et l’envie de toujours découvrir.

Comment situes-tu cette époque dans tous les domaines de la création?

Les industriels avaient compris que la jeunesse était le nouvel Eden de la consommation et du coup ils ont mis le paquet. Nous sommes tous des enfants des 60’s ce n’est pas pour rien que cette période revient régulièrement. Cette recherche d’une sorte de jeunesse éternelle, l’insouciance caractéristique de cette époque, cela fait forcément rêver et vendre.
Dans tous les domaines créatifs, ce fut une explosion, je ne l’apprends à personne. Une décennie vraiment riche, que l’on peut découvrir et redécouvrir.

Te considères-tu comme un passéiste?

Non, on peut être passionné par une époque sans être passéiste. Il faut vivre avec son temps, mettre les nouveaux outils, comme internet, au profit de ses passions. Il y a une façon d’aimer les sixties en 2008.

Ce n’est pas moi qui te dirais le contraire… Et puis plein de trucs des sixties sont très visionnaires, je pense en France à des types comme Gainsbourg ou Estardy, et puis à l’explosion du rock and roll, qui est encore un énorme phénomène dans le monde…

Oui c’est vrai. Le rock and roll restera à jamais le mouvement de la prise de conscience d’une jeunesse qui existe aux yeux du monde et qui a quelque chose à dire et à raconter. Les sixties annoncent notre temps, c’est une époque futuriste, et le cinéma d’anticipation nous rattrape chaque jour, Tim Burton ne s’en est pas trompé. À la fin des années soixante, le monde était tourné vers la conquête de l’espace, y compris le design, la musique, l’Art en général.

Mais est ce que l’époque fait le génie? je veux dire, le contexte était propice à cette explosion créatrice… C’est plus dur aujourd’hui, on a le poids du passé, une jeunesse apprivoisée, une contre-culture éteinte…

un-autre-organOui c’est vrai, mais prenons exemple sur le marché du disque. Les majors nous expliquent que le disque ne se vend plus mais les jeunes aujourd’hui ont les jeux vidéos, les fringues, les téléphones portables, enfin un foisonnement d’éléments face auxquels le CD est ridicule. Il ne faut pas se moquer de la jeunesse, sinon elle n’achète plus, et c’est un engrenage, alors il n’y a plus vraiment de bonnes créations pop. Mais il faut aussi regarder de plus près ceux qui se bougent, qui créent leurs propres labels et qui vendent, certes à leur échelle mais ça marche.

Mais aujourd’hui, un type qui fait un label indépendant et qui sort des trucs absolument géniaux, il aura beaucoup de mal à s’élever à une dimension culte…

Attendons de voir, je pense que nous n’avons pas le recul pour juger de cela. Burgalat et son label Tricatel feront date j’en suis persuadé !

Oui, mais parce que Burgalat fait preuve d’un modernisme à toute épreuve! Il cherche toujours du nouveau, quitte à ce que personne n’achète… C’est un visionnaire…

C’est vrai, et plus tard je pense que les premiers 25cm qu’il a produits deviendront cultes ! Mais malheureusement il a un peu la culture du flop, il a du mal à produire un truc qui va faire mouche mais c’est comme ça, je pense qu’il est comme ça de toute façon.

Quel regard portes-tu sur la jeunesse actuelle?

Je suis très heureux de voir la notion de style revenir parmi les jeunes, bien qu’elle passe parfois avant la musique en elle-même. Mais en règle général, j’aime la période que nous traversons, c’est le retour d’un grand vide qui était dû en partie à la musique électronique. Je vois qu’aujourd’hui la jeunesse s’intéresse à ce qui la construit. Les ados peuvent s’ouvrir des portes très jeunes, et bouleverser l’ordre établi. Un écrivain de quinze ans, des groupes qui commencent à se faire connaître vers seize ou dix-sept ans, ça me rappelle des gens comme les Shadows Of Knight, les Creation qui ont tous commencé jeunes. À ce propos il y a un film que je conseille à tous, Wild in the street.

Tu veux dire que la jeunesse se réapproprie la création?

Oui, c’est ça l’élément important.

Tu considères donc la musique électronique comme source d’un grand vide?

Je la vois surtout comme un magma gigantesque de musique au kilomètre, un spaghetti dont tu ne vois plus la fin. La qualité en est forcément affectée.

Mais en règle générale, il manque à la musique électronique le charisme de celui qui la compose, une figure que tu peux idolâtrer…

Ca dépend du concept graphique et visuel du groupe, regarde Justice, ils misent tout sur l’image, qui passe même au premier plan avant la musique.

Oui, mais eux deux, tu les mets au milieu du Paris Paris un samedi soir, ils n’effacent pas les autres, ils sont quelconques… Ils ne sont ni sex symbols, ni esthètes…

Je n’en pas si sûr, ils ont inventé une nouvelle forme d’esthétisme. Je pense qu’ils ont agi en réaction à une ambiance, une atmosphère générale, et c’est un peu ça le dandysme: une réaction, un détournement, un certain décalage. Si les mods étaient clean, c’était en réaction à leur classe sociale.

Tu écoutes de la musique actuelle? As-tu des coups de coeur?

Bien sûr. LE coup de coeur actuel étant Graham Day & The Goalers, du guitariste Graham Day qui a commencé avec James Taylor dans les Prisoners. Voilà un groupe qui a une présence et du style.

Et trouves-tu du bon dans ce qui passe à la radio ou à la TV?

Eh bien je dirais que grâce à des groupes comme les Hushpuppies, les Naast, Shades ou autres Second Sex, le rock et la pop dans son sens noble sont revenus parmi nous. J’ai flashé en particulier sur les Shades, qui ne passent pas assez à la radio à mon goût. Ils ont un univers bien à eux, et le fait que Burgalat les aient signés n’est pas pour me déplaire.

D’ailleurs Burgalat me disait qu’un programmateur radio avait refusé d’écouter l’album parce qu’ils étaient jeunes et parisiens…

Voilà un bel argument!

Oui, qui est la preuve que l’hostilité a changé de camp par rapport aux sixties. Maintenant, les profs et les parents encouragent à faire du rock, mais l’establishment musical et culturel n’est pas prêt à accueillir et apprécier ces groupes…

Exactement. Ils accueillent ce qu’ils connaissent et ce qui fait bouger les masses depuis quinze ans. Les radios ne sont plus contrôlées par l’Etat mais ne sont plus libres non plus. Personne ne prend de risques, du moins en France, parce que je connais par exemple des radios au Québec qui osent. C’est le marché qui dirige, et aucun programmateur français n’est capable de faire un vrai choix artistique.

Pour finir, des projets, en tant que DJ puis musicien?

En tant que musicien, des concerts, encore et encore, c’est une joie d’être sur scène. Et puis l’enregistrement d’un album. En tant que DJ, acheter des disques, toujours plus, et surtout réaliser le deuxième numéro de QUEL ORGAN, car j’ai déjà des perles en stocks qui n’attendent que de sortir…

www.myspace.com/quelorgan

Compilation en vente chez Born Bad à Paris.

6 commentaires

et chez cosmic groove à Montpellier (pour la france)

Commentaire par number 9, le Lundi 17 novembre 2008 à 11:17

très chouette interview! bravo Louis Louis.

Commentaire par lily, le Lundi 17 novembre 2008 à 13:23

enfin une POCHETTE qui s’écoute!!!
TOP!

Commentaire par ALEX, le Lundi 17 novembre 2008 à 19:04

merci alex du compliment

Commentaire par number 9, le Lundi 17 novembre 2008 à 19:55

Magnifique selection ! Nicaud, De Roubaix, Girardot,…
Merci Number 9.
Et merci Louis Louis pour cette interview.
bootz.

Commentaire par bootzilla, le Lundi 17 novembre 2008 à 22:56

Trop pire top .

J’ai chopé une copie chez bimbo tower .

Vite la n°2

Commentaire par fatblusshoes, le Lundi 17 novembre 2008 à 16:53

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