Tout est illuminé / Rhâââ lovely
Assez parlé de la «révolution éco» d’In Rainbows. Que vaut, musicalement parlant, le septième album de Radiohead ? Revenus de Creep, Ok Computer et Kid Amnesiac que nous sortent-ils cette fois ? Un disque en prise avec le monde ? Une simple collection de chansons ? Plongée titres par titres dans ce mystérieux arc-en-ciel.
15 steps. On est d’emblée secoué par des rythmes scat-jungle qui évoquent le côté tek d’ Idioteque, mais relaxé trente secondes plus tard par l’arrivée d’une guitare jazz laid back. Le morceau évolue vite en chausse-trappe, délivre des sons râpeux (une basse vrombissante comme celle de Where I end and you begin) et d’autres plus somnambules. On ne comprend pas ce qui est chanté, le texte (un cut-up ?) est tout aussi cryptique et haletant que la musique, mais après quelques écoutes on s’approprie ce beau bizarre et on danse.
Bodysnatchers. Là c’est autre chose, une embardée de guitare rugueuse roule des mécaniques et Thom se fend d’une voix venimeuse : « C’est le 21e siècle ».On se croirait dans un morceau punky à la Iron Lung, mais très vite s’installe un magma sonore complexe et enveloppant fait de voix dédoublées et de tapis de synthés. Et poum, un break lyrique laisse retentir une guitare genre U2 et ça se termine dans une giclée de métal hurlant, Thom criant qu’il « les » voit venir !
Après ces deux morceaux remuants rappelant l’amorce virulente d’Hail to the thief, voici Nude connue des pirates du net depuis la sortie d’Ok Computer comme l’unreleased song Big ideas (don’t get any). On se dit qu’ils ont bien fait d’attendre. Le morceau a enfin trouvé son mood, sa couleur. Le rythme est laid back, le son languide, la tristesse feutrée. Ça respire, c’est lyrique, une merveille. Thom chante sur du velours et sa voix se dédouble, s’irise, c’est comme s’il trônait au fond de l’eau, crooner-fée parmi les sirènes.
Des poissons, il en est question sur Weird fishes/Arpeggi. Des poissons qui mangent l’auteur et d’un arpège qui harponne tout le morceau. Sa chair s’enroule et galope sur un gimmick de batterie incisif et osseux (comme une nageoire ?). C’est simple, mais il s’en dégage quelque chose de rayonnant, circulaire, un lyrisme contenu beau à chialer.
All I need. Batterie et clavier font peser une ambiance lente et dark. Elle étend son royaume, discrètement ponctué de bruits de sonar. Mais petit à petit un xylophone s’immisce. Foisonnement de cymbales, crescendo de piano, le morceau s’enflamme et s’illumine à la faveur d’une soudaine déclaration d’amour. Thom tient haut la note. Depuis combien de temps ne s’était-il pas montré si romantique ?
Faust Arp. «1, 2, 3, 4» lance Thom qu’on imagine courbé sur son morceau de bois. Et sa folk song tristoune décolle dans un trip comédie musicale en se parant de violons. Interlude étrange mais beau.
Recknor. Grosse réverb’ chaleureuse qui nous place hors du temps, comme une robe d’époque. Une batterie fricote avec un tambourin. Des accords de guitare s’approchent, laid back et les mains baladeuses. Une grâce dingue. Du swing. La voix de Thom s’élève, aigue, soyeuse et… et on n’en croit pas nos oreilles. C’est si sensuel la manière dont ses tremolos caresse les violons, si sixities, qu’on a l’impression d’entendre une diva. Une femme, oui. Et que ce groupe n’est pas une formation rock, mais un groupe de soul. De soul, carrément !
House of cards. Même réverb’. Même ambiance. Encore plus smooth, plus cool, gorgée de chœurs et de vocalises mielleuses. Thom : « Je ne veux pas être ton ami, je veux juste être ton chéri. »
Retour à quelque chose de plus basique et rugueux. Jigsaw falling into place est un folk-rock qui avance droit dans ses bottes avec des chœurs 70’s à la America et gagne en venimosité sur la fin. Très efficace.
Putain ça se finit sur morceau. Frisson de deux mètres direct. Videotape, je l’ai découvert à leur passage à Rock en Seine en 2006. Il m’a cloué sur place. Avec juste un piano et une batterie chirurgicale ce morceau construit une dramaturgie colossale. C’est empli de mystère et de nostalgie, comme un mélange de Pyramide Song et d’ How I made my millions. Thom évoque son enterrement, nous dit qu’il a passé une journée merveilleuse, que ce Perfect day, il le mettrait dans son ultime témoignage et que mourir là maintenant, why not ? On croit que ça va décoller, mais non, ça nous laisse-là, privé du grand lyrisme final, avec l’envie de remettre le disque.
On s’exécute. On le passe en boucle les jours qui suivent. Parce qu’il éveille nos sens à une musicalité nouvelle de la part de Radiohead. Parce que c’est leur disque le plus écoutable. Il ne reste pas sur l’estomac. Il ne plombe pas le moral. Il délivre. Oui, finie la parano, l’épilepsie. Fini l’héroïsme, la grande dépression, les traumas post et pré 11 septembre, les disques politiques, la stratégisme électro, la déconfiture Houellebecquienne.
Délesté d’avoir à critiquer un monde avec lequel il a pris ses distances parce qu’il bosse à son compte et propose désormais son monde, Radiohead publie un disque d’amour. Il ose le cœur, le swing, la soul et pond quelques classiques. Comme si Yorke, totalement défait de son mythe, ressemblait de plus en plus à un Mc Cartney des temps modernes. Un faiseur génial ayant réussi à garder ses Beatles et sa part de Lennon. Ça donne envie de mettre plus de 4 livres pour télécharger In Rainbows, de se ruer comme un pirate sur les 8 morceaux du disque bonus et de continuer à suivre ce groupe aussi loin que possible.
20 commentaires
Je suis d’accord même si l’expression fait un peu bateau : ça sonne comme l’album d’une certaine maturité/sérénité. Délivré je dirais. Ca sonne délivré. Mais ça n’empêche: comme tu le dis il faut avoir l’ouïe fine pour attraper tout le spectre et les les petits pièges sonores qui nous sont tendus ici.
A+
Je vous rejoins sur vos commentaires, moi le mot qui me vient à l’esprit c’est apaisé… Ce disque est léger et apaisé et il m’emmène déjà loin… C’est clair qu’il vaut mieux être déja habitué aux oeuvres du groupe pour en apprécier toute sa valeur. Perso, j’écoute Reckoner en boucle depuis quelques jours, je suis définitivement accroc à cette soul radiohead ! ![]()
Nous sommes deux.
C’est Reckoner pas Recknor…
I.n R.a.i.n.b.o.w.s
Le titre n’a pas été choisi pour rien, cet album, dont je ne peux plus me passer depuis le 10 ocotbre, est un véritable stairway to heaven. J’ai eu beaucoup de mal au début, trop de buzz autour de tout ça, j’en oubliais l’essence même de leur musique. Maintenant, je peux enfin l’écouter et l’apprécier à sa juste valeur, et nom de Dieu, je serais complétement folle de Radiohead jusqu’à la fin de ma vie, je ressens un manque si je n’écoute pas une chanson dans la journée, cette voix c’est ma voix interne (m’oui, j’me la pète là..).
Très agréable ton article, j’ai pris le temps de lire chaque description et de mettre la chanson pour savourer encore plus. Tu as fait la même chose avec les chansons du cd2? Cd2, qui a mes yeux contient des morceaux encore plus vibrant.
J’aime beaucoup ce site. Fin de la tartine.
Ton commentaire fait plaisir à lire ! Non je n’ai pas fait pareil avec les chansons du CD2 et pour cause je ne l’ai toujours pas chopé… une bonne âme m’entend t’elle ?
J’veux bien te les envoyer par mail. Tu ne les a jamais entendu ? C’est presque criminel vu ton amour pour Rh.
Dis moi, et j’tenvoie le mail, par pur camaraderie.
Bonjour
April je te comprends,la voix interne…j ai pensé la même chose!
Autre chose en écoutant l’album, sans trop savoir pourquoi,j’ai pensé, Thom est amoureux…
Un vrai bijou!
Hypothèse : ne serait-ce pas plutôt qu’il s’aime enfin ?
Possible…l’un ne découle t-il pas de l’autre?
Amoureux… Mouwwais, mouais.
C’est vrai que cet album est sympatoche.
Quand même, que d’influences chez ce groupe…
Et toutes phagocytées, synthétisées
avec tellement de classe…
Quand on voit toutes les merdes qu’on nous assène nous en France…merdes payantes en plus! Des Anaïs, des yelle, des marjolaine, des émmanuelle, des trucmuches…cohalisées en armada de connasses mal baisées sexistes et misandres…
C’est à se demander comment encore tomber amoureux…
Comment faire de la musique comme celle de Radiohead? apaisée, délivrée…belle.
…Je ne vois pas ..à moins d’être homo au moins platoniquement, non, je ne vois pas.
Ah!
Ma première reaction après avoir écouté cet album a été de changer d’album. Quoi c’est ça mon Radiohead ? Finalement je l’ai réécouté en boucle et finalement je suis de plus en plus persuadé que cet album est le meilleur. Il visite tout, il n’écarte aucune possibilitées, il visite les moindres recoins de la musique et ne garde que ce qui n’a jamais été expérimenté. n’importe quel groupe aurait fait une horreur avec cette recette mais avec Radiohead c’est divin, difficilement accessible mais divin. Petite mention pour last flowers du CD 2 qui est vraiment sympa.
Je découvre l’album depuis environ 2 semaines et je suis entièrement sous le charme. je crois bien que ce que je préfère chez ce groupe de génie c’est que la majorité de leurs morceaux ne laisse aucune part à la facilité et qu’il faut apprendre à les apprécier chacun d’une façon différente ; impossible de s’en lasser.
Album vraiment génial… Du très beau yorke… toutefois malgré toutes les qualités que je peux lui trouver après tant d’écoute, je n’arrive toujours pas à y retrouver la perfection musicale d’Ok Computer… Peut-etre y ais-je attaché trop de souvenirs?
je trouve quand meme inadmissible qu’on se permette de publier un article alors qu’on est meme pas bien renseigné …. ca fait très peu crédible .. la faute d’orthographe sur Reckoner a déjà été signalée , mais je tiens à préciser que ” Kid Amnesiac ” sont en fait 2 albums bien distincts ” Kid A ” et ” Amnesiac”
Pour ma part je trouve vachement déplacé qu’un mec comme toi que je ne connais ni d’Eve ni D’Adam se pointe et me parle sur ce ton en se prenant pour le gardien du temple sans capter que le coup du “Kid Amnesiac” est une fusion volontaire pour montrer que ses deux albums sont justement jumelés, hybrides et chimériques. Montre ce que tu as dans le bide et reviens me voir après, ok ?




PLAY BLESSURES
C’est l’album de la maturité en somme, voilà ce qui me vient à l’esprit à chaque fois que je l’écoute. C’est peut être l’album le plus écoutable mais ce n’est pas l’album le plus abordable : il faut avoir l’oreille exercée au son de Radiohead pour apprécier le travail et la finesse qui en découle et c’est ça qui fait de Radiohead un groupe hors du commun.