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RICHARD THOMPSON A folk supreme

Richard Thompson and Band, en concert au Trabendo – le 13 octobre 2007 Une salle à moitié vide, un public de profs d’anglais et d’Anglais profs. Pourquoi suis-je venu (...) suite

Richard Thompson and Band, en concert au Trabendo – le 13 octobre 2007

Une salle à moitié vide, un public de profs d’anglais et d’Anglais profs. Pourquoi suis-je venu ? La brebis folk en première partie attaque une chanson anti-Bush. Je ne devrais pas être là. L. propose un « top 5 des voix féminines blanches » pour passer le temps. Nico, Dusty Springfield, Kim Deal, Hope Sandoval et… je ne trouve pas. Un concert de Richard Thompson, quelle idée… En plus, le dernier album est insipide au possible, je n’ai pas pu l’écouter. Et puis, je me suis engueulé avec M. avant de venir, quel branque je fais. « Emmylou Harris » dit L., il a raison, j’aurais du y penser. Quel branque, indeed. Thompson entre en scène. Et il ne se passe absolument rien.

Du rock, carré, des musiciens aux cheveux blancs, dégarnis, portant des lunettes aux montures transparentes… Oh, bien sûr, je ne dois pas valoir mieux, mais j’ai fait le choix d’être gentiment dans le public, de planquer ma bedaine ! C’est parti pour du folk même pas désagréable, puis un truc celte, des blagues sur le match de rugby qui a lieu le soir même, le tout avec un batteur ignoble qui sort tous les breaks répertoriés dans l’annuaire (certains chantent le bottin, d’autres le jouent). D’ailleurs, à quoi bon le charger ce pauvre bougre, on ne voit plus de bons batteurs, uniquement des techniciens ; c’est fini et ce sbire ne fait que nous déprimer un peu plus. Evidemment, on comprend tout de même vite que Richard Thompson à la guitare, c’est exceptionnel, étonnant, hors norme. Mais, empêtré dans cette playlist sans vertèbre, la belle affaire… Un concert de senior, un vrai, on attend les soli. Et encore. Oh putain, un solo de sax…

Et puis.

Le morceau débute comme les autres, sur une trame folk sans génie. Thompson tranche dans le vif avec une première intervention, aigue, méchante, acide. Et ça repart tranquille, ambiance conseil de classe, troisième trimestre. Pause. Larsen. C’est décidé ce sera maintenant. Une mélodie tordue, entrecoupée de silence, les notes semblent détachées d’un autre morceau, que seul Thompson entend. Il enchaîne, monte d’un cran, soudain plus fluide. Ca ne s’arrête plus, il zappe plusieurs étages pour tomber sur une mélodie dans les graves. On suit, essoufflé. Impossible de dire ce qui va suivre. Cap vers les aigus, Thompson profite de sa longueur d’avance. Trouver de l’air. Soudain, les notes bavent, liquides, vibratiles. Y a-t-il plusieurs guitares ? Non, l’autre crétin à lunettes joue de l’acoustique. Accélération. Ce n’est pas technique, il n’y a pas tant de notes que ça et certaines sont fausses. Je veux dire, idéalement fausses, de ces notes qui attirent l’oreille ailleurs, en abattant quelques arbres pour montrer la voie. Le groupe marque le pas. Thompson leur botte le train avec un… disons, un motif. Si une mélodie relie une note A à une note B, Thompson, lui, se moque des lignes droites et du plus court chemin ; il glisse d’innombrables étapes entre le A et le B des simples d’esprit. De la géométrie personnelle, sans ces théorèmes d’Euclide bons pour Clapton. Oui, il se barre vers un autre passage inouï ! Oui, j’ai écrit Clapton dans Gonzaï ! Oui, ca ne se termine pas là, puisqu’il y a soudain des notes graves, mauvaises, défigurées, tombant de haut en gueulant. Et puis, de la dissonance mitraillée à ras de terre. J’aurais dû venir avec M., on se serait réconcilié. Ou peut-être aurait-on rompu définitivement ? Qui sait ? Tom Verlaine (celui du live Blow up, voyez ?), Neil Young, Chuck Prophet, voilà où nous sommes.

Ici, on va finir dans le bruit blanc le plus total, pas possible autrement, il faut lâcher la bride, exploser. Sister Ray, Wire, du free jazz… Ce pourrait être une sortie, une fin plausible. Mais Thompson trouve de la ressource pour une mélodie psyché qui se répète, pousse, monte et finalement perce. Est-ce la fin ? On est plus sûr de rien, à qui se fier, ma bonne dame ? On était parti pour un concert tranquille. On allait pouvoir dire du mal de plus vieux que nous. Une occasion de plus en plus rare ; sûr qu’on allait en profiter. « Fuck les trentenaires » sur la Une de Technikart… très bien, d’accord, eh bien, on allait s’en donner à cœur joie sur les vieux babas. « Tu parles trop, tu penses trop, » m’a dit M., consternée, juste avant le concert. Pas faux. Thompson, lui, poursuit, développe, entremêle. Pour les réclamations de la génération « Sida-Casimir-indie rock », veuillez patienter, nous n’avons pas d’opérateurs disponibles pour le moment. Les vieux sont à l’ouvrage. Tiens, pourquoi n’ai-je pas pensé à Debbie Harry pour le top 5 de L. ?Immobile, l’ex Fairport Convention cherche encore plus haut, dans une région inaccessible, stellaire, non signalée sur les cartes récentes et sur laquelle Google earth ne zoomera jamais. Coltrane explosant la voûte, peut-être sonnait-il ainsi ? A folk supreme… Et encore, avec rien de folk. Rechute soudaine, puis plus douce, lente, maternelle, vers le riff de départ.

Pour la suite : rien. Le grand rien. Des morceaux carrés et propres. Mais qui se soucie de la suite ?

http://www.richardthompson-music.com/

Un commentaire

Ah, Syd, vous et vos métaphores improbables…

Un conseil de classe de troisième, c’est réellement ce moment où tout est possible en théorie, mais où tout le monde sait qu’il est déjà trop tard. Une grande voix blanche pour annoncer les redoublements et les orientations? Jeanne Moreaux, peut-être Brigitte Bardot dédaigneuse - “l’autre pute de Brigitte Bardot” comme l’appelle Choron dans la video plus haut, enfin plus cyberhaut je veux dire …

Donc si j’ai bien compris, vous vous faites doubler par la droite par les ancêtres et par la gauche par les gamins? Mais aussi, qu’est-ce que vous foutez au milieu de la route!

Commentaire par Requis, le Lundi 15 octobre 2007 à 9:40

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