Les filles finissent toujours par nous entraîner dans le 20e. C’est comme ça. Après Jil Caplan, et cette promenade automnale au Père Lachaise, Sandy Lakdar nous fait parcourir le boulevard de La Villette.
Etrange, on est à deux pas de boboland, mais il subsiste tout de même ici quelques traces de vie. Des rappeurs, des dealers, des patrons de bar accueillants… La vie, quoi !
Sandy a un peu la même culture que moi, et nous en sommes arrivés aux mêmes conclusions, à peu près en même temps. Au début des nougthies, nous avons réalisé que la musique blanche (communément appelée rock’n’roll) était foutue.
De mon côté, j’ai commencé à écrire des livres, Sandy, elle, est partie. Loin. Très loin.
Looking for gangstaz, son premier livre ressemble à une série d’overseas telegrams mis bout à bout. Tour à tour, carnet de voyages, galerie de portraits foutraques et bribes d’interviews saisies à l’arrache, quand les acteurs du reportage ne sont pas en zonzon ou… portés disparus.
On pourra penser qu’elle n’avait pas l’expérience requise pour écrire sur une forme musicale qui a déjà une si longue histoire et des lettres de noblesse.
Sandy s’est mise au rap sur le tard, c’est vrai. Mais elle a découvert la culture hip hop en temps utile, quand celle-ci lui a parlé. Les risques qu’elle a pris (débarquer aux Etats Unis, pour rencontrer ce que l’administration Bush considère comme la lie de sa nation, et traquer dans nos banlieues les artistes que le pouvoir en place traite comme des délinquants) méritent le respect, et lui font sans nul doute gravir quelques marches, sur l’échelle de la crédibilité gangsta.
Je suis sûr que Gainsbourg aurait apprécié ce petit bout de femme… Authenticité ! Pas étonnant que les gangsta rappeurs l’aient adoptée aussi vite.
Sandy Lakdar - Gonzaï
envoyé par VictorH
Sandy est une aventurière. Dans le sens que l’on donnait à ce terme au début du XXe siècle : quelqu’un qui prend le transsibérien, un matin, sans réfléchir, et revient six mois plus tard, avec un reportage qui déchire sa race.
OK, aujourd’hui, plus personne ne prend le transsibérien pour se dépayser. On saute plutôt dans un Airbus, et on check le pouls d’un vieux pays malade : les States, par exemple.
Pays où les jeunes blancs crèvent de leur obésité et de leur addiction à la télévision, tandis que les minorités ethniques partent « installer la démocratie » en Irak.
Quel alternative pour un gosse du ghetto qui voudrait échapper à la carrière militaire ?
La musique. Eternel recommencement. « What can a poor boy do except to sing in a rock’n’roll band… »
L’Amérique, qui fut pourtant construite par des repris de justice alcooliques, ne tolère plus ses rebelles. Les rapers en paient le prix fort. Pendant que l’administration pénitentiaire « offre » le gîte et le couvert à certains des artistes qu’elle a interviewés, Sandy a continué à entretenir avec eux une correspondance dont figurent ici des extraits poignants et dignes.
Pas nouveau, ce type de répression. Les jazzmen, dans les années vingt et trente, en firent les frais, eux aussi. Plus tard, Chuck Berry, pour avoir osé regarder une jeune oie blanche, goûta aux joies du pénitencier.
White Panthers, Black Panthers… Ce livre rappelle fort à propos que la cause des enfants du ghetto, quelle que soit la couleur de la peau, est la même. Lou Reed aurait voulu être black. Moi-même, j’ai sacrifié au vieux rite du « blood brother », il y a longtemps, pour qu’un peu de sang d’ébène coule dans mes veines.
Le jour où les déclassés délaisseront la bible et le coran pour des lectures plus saines, les puissants trembleront (comme dans un film de Romero ou un roman de Bizot). C’est ce que semble dire, en filigrane, Looking for ganstaz. Message reçu, Sandy.
http://www.myspace.com/sandylakdar
Réalisation: Victor H
Photos: Gaëlle Riou-Kerangal
10 commentaires
Yes ! Pour moi, c’est mon meilleur article/reportage pour Gonzaï.
With a lot of help from Gaelle et Victor pour les images !
très très belle rencontre, résultat très belle histoire, il n’y a pas de secret. à poil ou une caméra à la main, dans les beaux quartiers ou dans les ghettos, pas de secret juste de l’efficacité, Gonzaï quoi !
le titre a-t-il une filiation avec la chansonde gil scott-heron, “the revolution won’t be televised” ?
filiation totale, mon cher Doud ! le titre original était même “… won’t be televised”, mais Bester a préféré “on screen”.
Je vois que tu as une bonne petite culture musicale…
trop peu encore malheureusement, mais je travaille dur pour marcher sur vos pas, monsieur Mikailoff, merci…
cette fille elle a la race! Elle a du chien parce qu’elle est naturelle donc crédible!
All the best GIRL!
oh les mecs ! qu’est ce que se passe là ? “le gangsta rap, Belleville, ..bla bla bla ” ????? ? !!!!!
Qu’est ce que c’est cette somme de banalités d’ado fronceur de sourcils ???
“Belleville est un quartier très populaire, les noirs, les arabes, les chinois …. ” non mais on croit rêver ..
“Gainsbourg” “petit bout de femme” … j’en passe
BON J’ARRÊTE LA, J’AI LA GERBE
les sacs en plastique sont dans le petit coffre au dessus du siège. on l’a pourtant dit et répété ! suivez, un peu…




PLAY BLESSURES
Super article!
Sandy, elle dechire grave!