178

SERGE GAINSBOURG 2008, année mercantile

Imagineriez-vous un monde uniquement peuplé de journalistes du calibre de Laurent Weil, palabrant sur des questions aussi radicales que "le tournage a-t-il été difficile?" ou "qu'est ce que (...) suite

Imagineriez-vous un monde uniquement peuplé de journalistes du calibre de Laurent Weil, palabrant sur des questions aussi radicales que “le tournage a-t-il été difficile?” ou “qu’est ce que cela fait de tourner avec Marion Cotillard?”. Seriez-vous excités à l’idée d’acheter un hebdomadaire faisant sa couverture sur un énième biopic français raté? Et la nostalgie en barquette, par pack de deux, ca vous brancherait?

Ce monde imaginaire, c’est la France d’aujourd’hui. Ne rigolez pas, c’est votre pays. Vous le subissez tous les jours, sans moufter. Dernière escroquerie du genre, l’anniversaire de Serge Gainsbourg, que tout le monde fête, où tout le monde raque. Mais pourquoi? En cherchant sur le net, j’ai retrouvé le sens de cette date anniversaire (car en se posant deux secondes, j’ai encore du mal à comprendre comment 2008 est une “date anniversaire”, Gains’ étant passé à l’horizontal en 1991): Serge Gainsbourg aurait eu 80 ans le 2 avril 2008. Je répète la phrase pour mieux la comprendre:

Serge Gainsbourg aurait eu 80 ans le 2 avril 2008.

Après les come-back posthumes (Monsieur Gainsbourg Revisited), la révérence des plus “jeunes” (Beck, Air, Portishead), les copies carbone qui font sourire (Biolay, Tellier) et l’utilisation du terme dandy qui use le palais comme du papier de verre sucé à l’infini, voilà donc revenir un attirail marketing de haut vol, n’ayant pour but que d’exploiter le souvenir dans une époque qui peine à créer. Une question subsiste, dans ce grand fatras à stickers et packaging: A quand la mort, pour tout le monde, tout de suite, sans remise de peine?

Credit: patrick-bertrand

C’est la question que je me pose, en boucle, devant l’agenda 2008:

- Un coffret 5 cd Les 100 plus belles Chansons (aucun titre inédit, argument de vente: un coffret en métal. C’est bien peu)

- La réédition de son répertoire en vinyles 180 gr (ça vous évitera d’aller chiner aux puces de St Ouen, bande de feignasses)

- La réédition du coffret 2dvd D’autres nouvelles des Etoiles (And so what? Le coffret est sorti voilà 3 ans… peut-on vraiment parler de réédition?)

- Une exposition à la Cité de la Musique (Welcome to the mausolée)

A quand, en vrac, la réédition des meilleurs aphorismes de Serge Gainsbourg, la ressortie des plus grandes chansons commencant par la lettre V de Serge Gainsbourg, la publication des chutes de studios validées par Philippe Lerichomme (l’homme de main de S.G.) et l’ouverture au public de l’hôtel particulier rue de Verneuil? Et pourquoi pas, tant qu’à faire, une anthologie de la PIRE période du bonhomme, sous l’égide de Billy Rush et du E-Street Band?

En synthèse, et sans avoir vu le noeud coulant en préparation (l’adaptation au cinéma par Joann Sfar), on vibre sur le titre (définitif?) du biopic: Serge Gainsbourg, vie héroïque. Que nous apprend donc ce titre ?

1. Que l’ambition n’est pas au programme.
2. Qu’il est nécessaire de reprendre un code fort (69, année érotique) pour plaire au public, au cas où il n’aurait pas compris qu’il s’agissait de Gainsbourg
3. Que les producteurs, attirés par le pognon comme des requins par le sang, n’ont plus d’autre objectif que de retranscrire la réalité sur le grand écran.

A quand un biopic sur, au hasard, Michel Sardou, Johnny Hallyday ou Renaud, leur vies respectives ne tenant plus qu’à un fil? Ils sont sans doute nombreux à se frotter les mains, en coulisse, en attendant le trépas des derniers “grands” de la chanson française (”Grands” signifiant “connus avant la première crise pétrolière de 73″ ou “artistes ayant connu l’ORTF et les clips en N&B).

Le héros moderne ne fait plus rêver, le rêve lui-même n’est plus contemporain.

C’est ce qui explique (grossièrement, j’en conviens) le fait que l’excitation ne soit plus au rendez-vous lorsque vous sortez pour voir un concert, que l’artiste prend une bière au comptoir et que personne ne le reconnaît plus, que la notion même d’autographes n’a plus lieu d’être. Un monde sans barrières, sans limites, tenu par des acteurs historiques qui ressassent leurs histoires pour les ptites pisseuses, écrasant de tout leur poids le présent. Jusqu’à l’apoplexie. Cette année je n’achèterai pas de rééditions Gainsbourg, pas plus que je n’irai voir cette “vie héroïque”. Bien peu auront compris, en 2008, que le travestissement du réel c’est déjà en soi un grand mensonge.

Une anecdote, pour finir ce laïus pompeux. Festival de Marne, octobre 2008. Je discute avec un label de rock indépendant genre “le capitalisme c’est sale / nous on est cool / on porte des T-Shirt en coton 100% avec le nom de notre label dessus”.

Moi:
- C’est qui les artistes que vous défendez, sur votre label?
Lui:
- On a un groupe qui s’appelle Bukowski, c’est vachement bien (autant dire que c’est à chier par terre, NDR)
Moi:
- C’est gonflé quand même d’appeler son groupe comme ça, non?
Lui:
- Ah bon? C’est qui Bukowski?
Moi:
- ….

Ce discours illustre à lui seul la pauvreté du discours moderne: Utilisation des codes culturels, vulgarisation des oeuvres et détournement des cargos cultes.
Le nouveau siècle sera-t-il placé sous le sceau des rééditions? Aujourd’hui, plus qu’hier, il faudrait peut être parler de redditions pour un pays qui n’a plus rien à offrir.

Pour les fossoyeurs et autres marchands du culte: http://gainsbourg2008.artistes.universalmusic.fr/

30 commentaires

haha le dialogue ptdr

Commentaire par le duc, le Lundi 1 décembre 2008 à 1:41

Tout à fait d’accord.

Commentaire par Régis, le Lundi 1 décembre 2008 à 11:38

bad mercury = back catalogue
voilà tout

Commentaire par ALEX, le Lundi 1 décembre 2008 à 12:53

Bah ouais, I agree, surtout avec l’idée de la mort du héros moderne, le coup de l’artiste accoudé au comptoir… en même temps dans un monde où tout le monde (ou presque) est artiste comment peut-il en être autrement, c’est juste la suite logique des sixties qu’on paie. Santé guys and girls !

Commentaire par sylvain, le Lundi 1 décembre 2008 à 13:26

1 année sur 2

Commentaire par ALEX, le Lundi 1 décembre 2008 à 15:26

Il n’y aura malheureusement pas de “musée Gainsbourg” rue de Verneuil. L’hotel particulier étant en indivision, les occupants ( harrassés de passer leur dimanche matin à user leur manches de chemise sur les graffitis/épitaphes de leur bout de mur) ont réeussi à faire valider leur agoraphobie… Christophe Girard s’est dégonflé, charlotte à fini par prêter la brocante paternelle à la cité de la musique.

Commentaire par Charles, le Lundi 1 décembre 2008 à 16:08

Alors oublions le musée. C’est une soirée qu’il faut faire rue de Verneuil. Peut être le dernier moyen de passer à autre chose. On pille tout et on se casse. Je m’occupe de la liste des invités.

Commentaire par Mascarpone, le Lundi 1 décembre 2008 à 22:12

Ca doit être un peu de ça la finalité de tout mythe : finir par être érigé par une bande d’idiots. Tellement plus de choses à admirer … Enfin bon de là à s’octroyer un nom qu’on connait même pas, la vulgarisation frôle l’irrespect!

Commentaire par André, le Lundi 1 décembre 2008 à 22:43

“Utilisation des codes culturels, vulgarisation des oeuvres et détournement des cargos cultes.” Tout ca est cyclique mon pote. Si ca devient culte, c’est grace a nous alors donnons-nous le droit d’exploiter cela.

Commentaire par Matt Oi, le Lundi 1 décembre 2008 à 1:40

Il a un point là. Pas de création sans marché. Mozart n’aurait rien fait sans l’empereur d’Autriche. Où alors il aurait du trouver un autre empereur.

Commentaire par O'Mahony, le Lundi 1 décembre 2008 à 11:48

on a délaissé le mythe de l’artiste inabordable, élevé au statut de légende pour l’artiste de proximité,celui qu’on ajoute sur fb pour avoir une invit à son concert parcequ’on aime bien ce qu’il fait mais de la à payer, faut pas pousser. La micro-célébrité est à son zénith, et on va bientôt cramer.

Commentaire par Bigard 1er, le Lundi 1 décembre 2008 à 15:39

Universal via Mercury = back catalogue de…
Gainsbourg, Brassens, Barbara, Montand, Reggiani, Johnny Vacance (celui-là pas dead encore!) et j’en passe et des pagny…
C’est Noël et c’est leur fond de commerce BESTER! Pour vider nos bourses (perso les miennes sont vides à craquer!) et (plus) remplir les leur!
Par ailleurs, je crois avoir croisé y’a des lustres, au myspace café… un jeune groupe qui répondait au doux nom de BANDINI, faut poser la question à leur label…

Commentaire par ALEX, le Lundi 1 décembre 2008 à 15:53

Oui, et d’ailleurs le comble de la réédition c’est qu’elle s’oppose toujours à la volonté réelle de l’artiste. C’est pour cela qu’elle est bien souvent posthume… Allez, soyons visionnaire, je parie que d’ici deux mois, il y a un groupe qui va prendre le nom de Melody Nelson.

Commentaire par Jack Daw, le Lundi 1 décembre 2008 à 17:20

par contre pour Tino ROSSI je sais plus si c’est chez universal…

Commentaire par ALEX, le Lundi 1 décembre 2008 à 18:38

luluuuuuuuuu ptit luluuuuuuuuu viens là ptit luuuluuuuuuuuuuu burp,han, oauis luuluuuUU

Commentaire par young michelin, le Lundi 1 décembre 2008 à 23:38

TRès bon cet article ! J’adhère à fond !

C’est marrant la photo de gainsbourg assis aux pieds du piano, ça serait aujourd’hui tout le monde dirait que c’est M6 qui est venu relooké son intérieur !!! “le noir y a pas plus tendance en ce moment et en plus on peut s’en servir de tableau à craie” cool pour réviser sa table de 2

Commentaire par la louille, le Lundi 1 décembre 2008 à 12:22

Bester semble ici découvrir combien les marchands aiment le pognon et usent de ficelles grossières pour attirer dans leurs filets ces benêts de consommateurs. Oui, tout cela est juste minable, mais (dans l’)au-delà, reste cette oeuvre féconde, de quoi nourrir 15 générations d’artistes pop qui font des bulles sexy. Quant aux rééditions, elles offrent parfois l’occasion de découvrir des merveilles englouties …

Commentaire par lud'horse, le Lundi 1 décembre 2008 à 13:04

Plus vraiment quand même… que reste-t-il à découvrir de Gainsbourg, hein?

Les bandes et chutes de son dernier projet qui devait être enregistré à la Nouvelle-Orléans? Même pas, c’est sur une cassette perdu je ne sais où.

Il n’y a plus rien, c’est rincé jusqu’à l’os.

Commentaire par BSTR, le Lundi 1 décembre 2008 à 21:51

@Jack Daw. Y’a deja un groupe londonien qui s’appelle Melody Nelson, c’est des copains de ma coloc. Ils pratiquent un rock de pub des plus communs.

Commentaire par Matt Oi, le Lundi 1 décembre 2008 à 22:53

Me suis mal exprimé ou plutôt tu n’as pas compris ! je ne parlais pas de Gainsbourg, dont l’intégrale est effectivement depuis longtemps en plein jour, mais d’autres découvertes venant d’un temps où le cd n’était pas encore (mort) né. Me vient à l’esprit Shuggie Otis, remis en lumière par le label fureteur de David Byrne, Luaka Bop…

Commentaire par lud'horse, le Lundi 1 décembre 2008 à 16:09

Huum-
En fait les rééditions sont intéressantes quand elle donnent une nouvelle vie à des disques que personne n’avait écouté la première fois. Dans ce cas précis c’est équivalent à la sortie d’une nouveauté. La qualité des produits actuels étant à 90 % assez faible pas étonnant qu’on aie envie d’aller voir dans le passé s’il n’y aurait pas des pépites à trouver (et il y’en a).
Pour Gainsborg ce qui m’amuse c’est qu’en 95 quand j’avais sorti le “Gainsboursion” d’April March on peut pas dire que Gainsbourg rameutait les foules à commencer par Universal. Sinon, bienvenue dans l’âge du simulacre. J’ai envie de conclure enposant une question à Universal “Le DVD d’Anna il sort quand?” Parce que film est un chef d’oeuvre pop et ce serait quand même plus passionnant à visionner qu’une biopic.

Commentaire par Jean-Emmanuel Deluxe, le Lundi 1 décembre 2008 à 0:35

oui mais les 10 % restant sont mille fois plus nombreux qu’avant ! Evidemment qu’il y a des choses formidables venant du passé et un français du niveau de Gainsbourg, il semble que ça n’arrivera jamais, mais intéressons nous au futur, bordel !

Commentaire par Vairnon Ate, le Lundi 1 décembre 2008 à 14:36

oui bien sur le futur est intéressant mais pour pouvoir comprendre le futur il faut avoir de la culture donc connaître le passé-
Sinon on peut aussi détruire les musés et ne plus rien lire et écouter de chose datant d’avant 2008-

Comme tu le vois c’est impossible-

Et contrairement à toi je ne pense pas qu’il y aie plus de choses passionnantes qu’avant. simplement il est plus facile d’accéder aux choses.. pas sur que ce soit un bien-
l’effort à du bon…

Commentaire par Jean-Emmanuel Deluxe, le Lundi 1 décembre 2008 à 15:32

mais il y a pire que gainsbourg : dylan ! enterré vivant chaque année par un autre biopic, une autre anthologie, une énième exégèse … et bien vivant, donc … pour serge, je recommande le premier volume DVD de “Gainsbourg à Gainsbarre”, qui aurait pu/du s’appeller de “Ginsburg à Gainsbourg”, période “Douze Belles dans la Peau”, “Jazz dans le Ravin”, “Mon 6.35 et moi”, bref, quand il était méchant et d’avant-garde.

après, il fait son beurre chez les yé-yés, en piquant J’ai Vu New-York à des africains sans le sou : http://www.deezer.com/#music/result/all/akiwowo

allez, fumeurs de tatane !

Commentaire par Guillaume Fédou, le Lundi 1 décembre 2008 à 16:35

(de Gainsbourg à Gainsbarre, 1958-1973, réalisé par Gilles Verlant)

Commentaire par Guillaume Fédou, le Lundi 1 décembre 2008 à 16:37

La période pop de Gainsbourg 66-71 est la meilleure à mes yeux.
Après Mélody Nelson ça ne m’interesse plus.
Sinon ne pas oublier toutes les chansons yéyé justement géniale pour France Gall & co mais aussi des titres moins connu pour Michele Arnaud, Dalida (oui), Michèle Mercier, Dominique Walter, Mireille Darc et des tas d’autres…

Je comprend pas trop en France le coté anti-yéyé, certe il y avait de mauvaises choses mais la période pop 66-70 que l’on peut découvrir dans les compils Wizzz 1 & 2 méritent l’investigation et tordent le cou à l’idée qu’en France il n’y avait rien de bien à cette époque-

Commentaire par Jean-Emmanuel Deluxe, le Lundi 1 décembre 2008 à 17:25

Tout à fait d’accord.
PARI: In a few years we will see a ridiculous band who calls itself “GAINSBOURG.”

Commentaire par marc ashmann, le Lundi 1 décembre 2008 à 17:58

[...] Post-scriptum : Loin de moi l’idée de participer à l’entreprise abjecte de commémoration qu’on nous impose cette année. Non. [...]

Commentaire par Serge Gainsbourg - Variations sur Marylou « Je chante pour les transistors, le Lundi 1 décembre 2008 à 16:18

Monsieur serge Gainsbourg au côté de mcintosh mc 2505 et c 26,sublime et classieux!!

Commentaire par jeanmichel, le Lundi 1 décembre 2008 à 22:51

Enfin une bonne nouvelle !
Un nouveau livre sur Serge Gainsbourg va paraître le 21 janvier 2010 mais pas n’importe lequel !
Il s’intitule « Serge mon Patron… »
Il s’agit d’un livre écrit avec émotion et sensibilité par Alann Parouty, chauffeur, ami et confident de Serge pendant 12 ans, jusqu’à la disparition de Serge.
Alann Parouty nous parle de son ami qui dans son hôtel particulier tout noir avait fait mettre une porte en verre à son réfrigérateur pour voir tout de suite ce qu’il y avait dedans et nous dévoile un Gainsbourg gentil, sensible, fragile, adorant ses enfants, mais raconte aussi le Gainsbarre aux idées noires, angoissé jusqu’à la provoc’. Serge Gainsbourg disait de lui « Tu es caché, tu es Monsieur Simple » Disponible jour et nuit, Alann Parouty a côtoyé les proches et les intimes et comme hymne à Gainsbourg il écrit « vivant Serge Gainsbourg n’avait pas de limites, mort il reste sans restriction un génie et un homme ».
Voilà donc un très beau livre émouvant à lire, du vécu avec en plus, pour couronner le tout, plusieurs objets souvenirs ayant appartenus à Serge Gainsbourg que les Editions Pascal offrent aux lecteurs : un Zippo, une paire de lunettes noires, un stylo et une bague.
Ces objets de sa vie courante, Serge Gainsbourg les avait offerts à Alann Parouty en toute amitié. Ce sont ces souvenirs de l’auteur et de Serge qui seront tirés au sort lors du Salon du Livre de Paris en mars prochain et que les heureux lecteurs de l’ouvrage pourront posséder.
Que demander de plus !

Commentaire par paty, le Lundi 1 décembre 2008 à 15:22

Laisser un commentaire