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SEUN KUTI Against democrazy

Seun Anikulapo Kuti, le fils cadet de Fela, célèbre inventeur de l’Afro Beat, est à Paris en ce moment même pour présenter son tout premier album: Many things. (...) suite

Seun Anikulapo Kuti, le fils cadet de Fela, célèbre inventeur de l’Afro Beat, est à Paris en ce moment même pour présenter son tout premier album: Many things. La filiation est totalement assumée et peut s’avérer troublante. Tout y est, le physique, les convictions, le son, l’orchestre, la gestuelle, … Et pourtant, l’essentiel n’est peut-être pas là.

Gonzaï : Peux tu nous parler de l’afro beat et de ses influences ?

Kuti 1 par Muntz TermunchSeun Kuti : L’afro beat est très métissé. En particulier par un mélange de percussions traditionnelles nigérianes comme le high-life, et le juju. Le juju se rapporte véritablement à la manière de s’exprimer, de parler. Alors que le high-life est plus lancinant, le juju est vraiment percutant. D’un autre côté, la Soul que mon père a découvert aux Etats-Unis dans les années 60 et le Funk de James Brown l’ont profondément marqué et influencé.

Gonzaï : Au départ Fela faisait du jazz, qu’est-ce qui a motivé cette transition vers le funk pour donner naissance à l’afro beat ?

Seun Kuti : Le jazz a un côté très mélancolique et mon père, malgré sa mélancolie voulait faire passer un message et s’est donc naturellement tourné vers des structures plus africaines, moins complexes que le jazz afin que ce soit plus compréhensible.

Gonzaï : Comment ça se passe pour vivre au cœur de la dictature nigériane à Lagos ?

Seun Kuti : En Afrique, on a des démocraties où l’on ne peut pas s’exprimer, mon père disait « demonstration of crisis » pendant que mon frère parlait de « democrazy ». Ce qui est certain, c’est que les problèmes qu’il y a en Afrique sont les mêmes depuis plus de cent ans et les gens continuent de nourrir le système. L’Afrique a beaucoup de ressources mais il est vrai que l’on ne voit pas les bénéfices, surtout pas dans le bon sens. Personnellement, si je vis à Lagos, c’est vraiment parce que j’aime mon pays mais aussi parce que si je partais, cela signifierait que j’ai laissé tombé.

Gonzaï : Alors que ton frère Femi a hérité du Schrine, le célèbre club de Fela, toi tu as hérité du terrain familiale qui s’appelle Kalakuta : Est-ce toujours autant un lieu d’échanges et de rencontres qu’à l’époque de ton père ?

Seun Kuti : Oui, certainement, ça ne s’est jamais perdu, il y a toujours des gens qui ne savent ni lire ni écrire qui fréquentent des érudits dont mon cousin qui eut un Nobel en littérature.

Gonzaï : Revenons en à cet album et globalement à ta musique : comment s’est produite l’alchimie ?

Kuti : J’avais 8 ans, c’était à l’Apollo Theater à New York. Mon père devait faire un concert dans la soirée et tout le monde s’activait pour préparer le matériel. Moi, je les regardais et puis je suis allé voir père et je lui ai dit que j’avais envie de chanter. Il s’est marré en faisant beaucoup de bruit, et puis il m’a pris au mot. Il a branché un micro et il m’a demandé de chanter. Ca lui a tellement plu qu’il a commencé à me faire jouer avec le groupe et que l’on est allé partout. C’est évident que ça m’a beaucoup aidé et que la filiation en soit à ce point marquée.

Gonzaï : Pourquoi t’es-tu aussi tourné vers le saxophone comme ton père ?

Kuti : En fait, j’ai commencé par jouer du piano et puis je me suis ennuyé. J’avais moins envie de jouer de manière classique, le saxo s’est imposé comme un instrument terriblement efficace. Mais pour la musique que je fais, tous les instruments sont importants. Le piano, la basse, la batterie évidemment mais aussi le saxe baryton.

Gonzaï : Le groupe qui t’accompagne est légendaire malgré quelques départs comme celui de Tony Allen. À une époque, il s’appelait Africa 70, aujourd’hui c’est Egypt 80. Certains disent qu’il y a 80 musiciens et danseuses au sein de la troupe, quand est-il réellement ?

Kuti : Au fil de certaines lectures, mon père s’est rendu compte que l’Egypte était le berceau de l’Afrique. D’où un tel clin d’œil. Dans une autre mesure, l’année 1980 représente un tournant pour lui et l’a marqué au point de renommer son orchestre de cette manière. Mais il est vrai qu’au temps d’Afica 70, ils étaient 70 mais Egypt 80 n’a jamais réuni 80 personnes.

Gonzaï : On sent dans ta musique, dans ton afro beat, que sans parler de différences, ce sont des évolutions qui se cachent face à celle de ton père. Malgré tout ce qu’on peut entendre. Qu’en est-il selon toi ?

Kuti : J’aime beaucoup George Clinton sans forcément être influencé. De là, je veux dire que je n’aspire qu’a joué de l’Afro beat en faisant de l’Afro beat. Il est clair néanmoins que j’adore le reggae ou que j’ai une profonde attirance pour le hip-hop. Et immanquablement ça colore ma musique. Mais l’unique leitmotiv, c’est l’afro beat, dans son contexte, dans son époque, avec son message tout aussi lié à une époque, à une situation.

Gonzaï : Tu chantes un titre qui s’appelle Mosquito song qui parle de la malaria. Dans quelle mesure t’es-tu impliqué dans la lutte contre cette maladie ?

Kuti #1 par Muntz TermunchKuti : Sans faire partie de l’association créée par Youssou ‘N Dour qui lutte contre cette maladie et informe la population, j’ai voulu jouer cette chanson lors d’un festival organisé pour le compte de l’association. Quand j’ai compris qu’il y’avait trop de gens qui n’avaient pas accès aux médicaments pour traiter la maladie, j’ai tenu à écrire cette chanson pour tenter d’influer sur la balance à ma façon. L’afro beat a une vraie culture du message, il est intimement lié au rythme et à la mélodie. C’est pourquoi le morceau Mosquito song est très fort rythmiquement et très rapide. Très fort, tout simplement parce que le message l’est tout autant.

Gonzaï : On remarque que lorsque la révolution est forte, l’Afro beat se développe, les messages s’intensifient. La musique n’a peut-être jamais été aussi bonne que lorsqu’elle baigne dans l’oppression ?

Kuti : En effet, lorsque les moyens d’expression sont limités, la musique prend tout son sens. Elle devient résolument profonde car les sentiments exprimés dans ses situations sont très forts. Cela s’en ressent automatiquement et il est naturel d’éprouver une émotion quelle qu’elle soit à l’écoute de ce genre de morceau. C’est pourquoi le contexte de l’époque est toujours une clef essentielle de la musique. C’est aussi pour cette raison que dans ma musique ou celle de mon père, une large place est laissée à des messages plus discrets, souvent implicites, souvent teintés d’ironie. Je crois qu’on peut dire qu’ils ne sont pas destinés aux mêmes individus. En tout cas, notre musique est faîte pour les servir.

Photos par Muntz Termunch

www.myspace.com/seunkuti

Un commentaire

Cool les photos, du grand Muntz !

Commentaire par Fiston, le Lundi 26 mai 2008 à 15:53

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