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THE KILLS Please Kills me

Mardi 28 octobre, Paris, 20H23: « HAS ANYBODY EVER TOLD YOU, IT’S NOT COMING TRUE ? » J’arrive au bataclan, botté, avec foulard et tout. Je rentre dans la (...) suite

Mardi 28 octobre, Paris, 20H23: « HAS ANYBODY EVER TOLD YOU, IT’S NOT COMING TRUE ? »

J’arrive au bataclan, botté, avec foulard et tout. Je rentre dans la salle, on me regarde un peu avant de retourner à sa conversation. Et il y en a toujours une, car vous n’allez pas au concert seul, jamais.

Les lumières sont encore allumées, je ne sais pas si j’ai loupé la première partie, et je m’en fous, je suis venu voir VV, la voir bouger (tout le monde dit qu’elle bouge sur scène maintenant), la voir chanter ces morceaux que je n’écoute qu’ après une nuit ratée, perdue. Peut-être que je m’en irai avec l’envie de baiser, mais ça c’est moins sûr. On ne couche plus que pour trouver nos sexes, connaître les limites de nos corps fatigués.

Je promène lentement mes regards sur l’assistance et marque les jolies filles d’un post-it mental, sans grande conviction.

THE KILLS « WHAT EASY USED TO BE ?
WHAT LOVE USED TO BE ?
WHAT DRUGS USED TO BE ?
WHAT T.V. USED TO BE ?
WHAT MUSIC USED TO BE ?
WHAT LUCK USED TO BE ?
WHAT ART USED TO BE ?
WHAT YOU USED TO BE ?
WHAT THE CITY USED TO BE ?
WHAT THE FUN USED TO BE ?
WHAT DREAMING USED TO BE ?
WHAT FAME USED TO BE ?
WHAT FAST USED TO BE ?
WHAT LOW USED TO BE ? »

Alors que maintenant, l’obscurité prend place, je reconnais les visages :
une ex-brune, les mains d’un gars à la taille, toujours aussi belle et dangereuse. Une fille après laquelle j’ai écouté les Kills justement, Love is a deserter tout ça. Elle ne me voit pas et c’est une bonne nouvelle ;
ce type avec qui j’ai joué un peu, qui s’est tiré cette fille au bras un soir, avec qui j’étais moi aussi parti une autre fois. Il vient me voir, lentement, et alors que je passe la main dans mes cheveux, nous échangeons les mêmes phrases que 256 personnes ce soir, au Bataclan, venues voir les Kills:

“Tu vas bien ? Put1 mek sa fai longtem. Kes ktu devi1 ?
Ah cool kool. Un nouvo group ? frais. mmmh tu me tiendra o couran ?” (bien sur).

(Sans impatience, j’attends LES questions, je sais qu’elles arrivent à vitesse grand V, poussées par le désintérêt)

– “Et lé zétudes sa va ?
- t toujour avek M. ?
- Ah merd, dsolé. vou zétié bo tou lé 2.”

Pendant ce temps là, la foule n’a cessé de crier, d’applaudir. Oui, on est content d’être à un concert sold-out, pour le groupe à l’album de l’année, un album générationnel. Si, si tout le monde le dit, c’est bien un signe non ?

La boîte à rythme est actionnée. La scène est encore dans le noir quand les premières mesures de U.R.A. Fever attaquent le silence. Ils sont là tous les deux, l’un près de l’autre, leurs pieds de micros se font face, de profil pour nous. Les Kills ne nous regardent pas, l’homme et la femme ne se quittent pas des yeux, comme dans leurs chansons. Des jeans slims, un peu de léopard, du cuir, des boots. Ils sont beaux, et ils jouent bien.
Je perds le compte des morceaux. Je n’ai pas mangé avant de boire. La nausée, vertige et gorge serrée, mes mâchoires sont jointes. De la sueur froide glisse le long de mes membres et dans mon dos. L’avalanche me recouvre, comme toujours, je me laisse enfouir, enterrer. La musique des situations manquées, des solitudes modernes, des excitations moribondes « You’re so stupid baby when you’re straight », wai c’est ça leur musique est moribonde, belle aussi. Pas cool du tout, ces chansons qui parlent de mon incapacité.

WTIME AIN’T GONNA CURE YOU HONEY
TIME DON’T GIVE A SHIT
TIME AIN’T GONNA CURE YOU HONEY
TIME’S JUST GONNA HIT ON YOU

Je me retourne et elle apparaît devant moi, belle à m’en faire mal. Une danseuse, dont les cheveux rouges au-dessus de tout dorent encore un peu l’obscurité moite de la salle. Je la reconnais : on s’est toujours croisé, sans entrer en contact, même là, quand je lui tends une clope, nos doigts ne s’effleurent pas. Elle me sourit délicatement. On danse un peu, le bonheur existe pendant 5minutes, et puis son mec arrive deux bières à la main, il est SUPER SYMPA avec moi, souriant et tout. Mais il entrecoupe ses réponses de baisers sur ses lèvres fines…
Je m’écarte rapidement. VV elle aussi est au-dessus de tout. Les mèches sur son front sont humides, non, elles sont mouillées. Sa peau est blanche, presque malade. Elle est la mort. Mais attention pas celle des junkies et des malades, non celle des romans dix-neuvième avec de l’ivoire pour la peau : blanc pas gris.

« YOU’RE GONNA HAVE TO STEP OVER MY DEAD BODY »

La fuzz de l’hagstrom boue à ses pieds, et elle danse. D’un pied sur l’autre, d’un kick électronique à l’autre, tourne en rond, elle s’écroule, féline et se relève, toujours comme si c’était la dernière fois ( mais elle recommencera à Stockholm, Boston, à Tokyo et à Melbourne ne vous inquiétez pas) : la mort en tournée.
Ma poitrine bloque mon souffle, pendant que me pieds battent le sol. Le mec à la guitare crache par terre. Et elle, son œil perce à travers ses cheveux. Et me fixe.

« GOODNIGHT
ANOTHER BAD MORNING
GOODNIGHT
ANOTHER BAD MORNING
GOODNIGHT
ANOTHER BAD MORNING »

Je n’existe plus. Perdu dans la neige et le froid, je ne sens plus mes doigts. Sa voix, si vulgaire, si putassière mais loin de tout, si pleine de promesses qui ne seront jamais tenues, de trucs qu’on ne dit pas, me porte le dernier coup.

Je quitte Paris pour la banlieue. Dans le RER, un couple, en face de moi, un couple derrière, il y en a partout…

5 commentaires

Merci pour cette petite tranche d’éternité Captain. Il y avait trop longtemps que je n’avais pas eu l’impression d’avoir léché une flaque croupie en écoutant quelque chose de puissamment triste.

Commentaire par Hilaire Picault, le Lundi 3 novembre 2008 à 12:03

Pas cool les morceaux de The Kills ?! Putain c’est la meilleure ça. Moi malgré le côté bien foutu-accrocheur de leurs chansons j’ai jamais pu écouter ce groupe, je veux dire leur côté sur-rock me sort par les trous de nez. The Kills partout sur eux ça clignote “regardez moi je suis noir, rebelle, maudit, rock’n'roll”, je peux pas. Ça me la coupe. A l’inverse, franchement, ce soir-là je préférait mille fois être au show de The Killers. Allez, j’attends les jets de pierre.

Sinon, à part ça, je suis sûr que ton texte, Captain Mucha Dick, est bien meilleur que ne le fut le concert des Kills.

Commentaire par sylvain, le Lundi 3 novembre 2008 à 20:25

en fait je n’ai pas pu avoir de place pour le concert, je n’y suis pas allé.

« HAS ANYBODY EVER TOLD YOU, IT’S NOT COMING TRUE ? »

bisou

Commentaire par Capt. Mucha Dick, le Lundi 3 novembre 2008 à 17:59

Ca manquait de moeufs dans les chroniques gonzo, une piste à travailler…

Commentaire par Matt Oï, le Lundi 3 novembre 2008 à 23:39

Merci pour ce brillant tableau, merci aussi d’ (ne pas) aller en concert pour nous, car nous n’allons jamais seuls mais toi seul, tu nous accompagne en pensées… Et (merci de ) dire la vacuité des conversations de salle sombre.
Savais tu que la libido, comme les emails, est constituée d’une succession de pics électriques constituant un signal?
Parions que la tienne, branchée de manière adéquate sur un ampli, ferai crever tous les cardiaques de la capitale en un orgasme de temps, et rendrai sourds les onanistes alibidineux restants.

Commentaire par spallding's partner, le Lundi 3 novembre 2008 à 16:31

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