14h43 métro porte d’Ivry.
Y’avait cette fille montée deux stations plus tôt… Cette fille qui s’était assise juste en face de moi alors qu’il y avait les trois quarts des places libres. Elle avait sorti un livre de son sac déposé entre ses pieds, écartant légèrement ses jambes au passage. Pas la peine d’en dire plus, tu vois déjà la suite… sauf que la suite avait été sabordée par une espèce de crevure de rappeur qui s’installait pile entre nous… Il avait un dogue argentin sans muselière et moi un hibiscus, je décidai de ne pas lui sauter à la gorge… au moment de descendre je jetai un coup d’œil à la fille.
En guise de marque-page elle avait entre l’index et le majeur un flyer pour la Tokyo Decadance…
Tokyo Decadance #1 par MuntzJ’appelai Nariko (dans les films elles s’appellent toujours comme ça) l’ex made in Japan et lui demandai si elle avait déjà entendu parler de ça. Sa réponse fut sans équivoque :
«N’imagine rien mais sois prêt a tout…»
Tokyo Decadance, ça sonnait comme un film de Yoshida ou de quel qu’autre maître de la nouvelle vague japonaise. Ces films sombres, pas seulement parce qu’en noir et blanc, racontant la reconstruction d’un Japon post-guerre face à ses doutes. Un Japon entrant dans le modernisme et le capitalisme mais toujours hanté par ses fantômes. Des films noirs genre ce qui se faisait à la Cinecita, l’humour en moins… Ce monde mit en avant par Mishima avant qu’il ne pousse sa fuite en avant et qu’elle s’achève par un seppuku en direct à la télé.
Bref je m’embarquais pour un voyage empreint de poésie, de lyrisme, tout en sous-entendus, léger comme le parfum de la fleur de sakura sur le palais de Kyoto…
Pas encore entré et déjà Bam dans ma gueule, j’avais oublié que le Japon c’était aussi Ropomgi, ce quartier où les gaijins trouvent les plaisirs les plus inavouables. Sayonara donc Kurosawa et Yukio… Encore que les looks avaient tout du samouraï moderne, et que les masques faisaient toujours leurs confessions, ou était-ce leur coming out ? Une foule de cosplayers attendant devant l’entrée, looks les plus improbables que j’avais jamais vu… Antoinette sm, Albators ou Pokémons côtoyant des Drag Queens montées sur plateforme vertigineuses. Des mecs maquillés et portant corset, parlant à des filles couvertes de tatouages et aux crânes rasés. Non, définitivement, on était pas dans le noir et blanc mais dans une explosion de couleurs débordantes de folie et de sexualité.
Ne rien imaginer mais être prêt à tout. Quand même, pas facile de se retrouver projeté dans cet univers à mi-chemin entre Ken le survivant, et the vampire Lover *. Et dire que je ne suis pas encore à l’intérieur…
“C’était d’ailleurs un problème récurrent chez moi, ne jamais réussir à me retrouver à l’intérieur…”
dscf9627Je passai la porte, entre fascination et crainte envers ce que je trouverais… Et dieu ce que je trouvai… on se serait cru dans Blade 2. Tableau peuplé de démons qui traversaient la pénombre… tout en cuir en latex et en clous ; ou leurs intimités à peine couvertes. Tenues minimalistes, suggestives et créatives. Ici aussi seul le détail compte, et rien n’est laissé au hasard. La folie est bien organisée… j’avance donc, parcourant cercle après cercle vers le cœur de cet univers dantesque… découvrant l’une après l’autre d’innombrables tribus qui se mélangent sans clash… Se laissant aller sous la musique hypnotique de DJ SISEN, la musique, putain j’en prends seulement conscience maintenant tant le spectacle était prenant. La nuit est encore adolescente… et tel le préliminaire avant la pénétration, on est loin du climax…
Mais pas le temps de réfléchir, une pluie de lasers inonde la scène. Deux Japonaises en tenue d’écolières, la première met un gant en latex sur la tête, elle se met à souffler pour le gonfler… l’autre prend des poses terrifiées à l’idée de l’explosion imminente… le gant gonfle, gonfle, gonfle, mais refuse d’éclater. Et c’est à ce moment que je réalise que la «terrifiée» est complètement à poil. Finalement le latex cède dans une clameur d’arène…
Les prestas’ se succèdent toujours aussi débridées (sic), et enfin la foule exulte accueillant son Spartacus. Adrien français, Dragqueen et hétéro, Instigateur de la Tokyo Décadance, qui après avoir retourné le pays du soleil levant impose son concept en Europe et Outre-Atlantique.
Voici maintenant une fille en cuir et pourpre tout droit sortie d’un conte de Poe qui ondule ; j’apprendrais plus tard que c’est pas une fille… puis un type au look de coccinelle se frotte à une iroquoise aux fesses musclées ; arrive enfin une infirmière cheveux bleus électrique et mini tenue en latex jaune, qui pousse un vieillard arc bouté et grabataire… Vraiment grabataire, puisqu’elle lui changera sa couche et se livrera à un spectacle faux scato dont je ne verrai pas la fin… mon estomac ne supportant pas ce que je vois… ou seraient-ce les sept vodka RedBull qui commencent à me labourer le bide ?
Tokyo decadance #3 par MuntzLe show s’arrête, mais plus aucune importance.
Le spectacle est maintenant dans la salle. Ici des hommes chats se battent au sabre laser, là une fille en promène une autre en laisse de chien, plus loin une autre fille retire sa jupe et… damned encore une fois ce n’est pas une fille… une bande de mecs cagoules et tenues star wars se mettent en transe tandis qu’à côté de moi trois filles se donnent devant mon objectif.. voila que j’ai une érection.. pas pro ça…
Je change de salle, arrive sous une voute obscure… Où que mon regard se pose je découvre l’exceptionnel, une Nina Hagen bottée jusqu’aux cuisses telle Salma Hayek dans From dusk till down , une infirmière qui te rendrait triste de ne pas choper la peste bubonique, des transsexuels qui se collent dans des danses lascives, des types qui doivent être fans d’Highlander, partout des looks hallucinants… de la folie furieuse.
“Mais la jeunesse peut-elle être autrement?”
Pendant des heures je vais shooter, halluciné comme Charlie Sheen dans Apocalypse now jamais rassasié du spectacle de l’énergie.
04h20, l’heure des loosers. Ce moment que les crevards attendent pour se jeter sur des filles trop saoules pour articuler un non… chacals jouant à la roulette russe du charognard sexuel, au bout de combien de coups de langue la proie gerbera-t-elle ? Je m’arrache, traversant tout Paris à pied, errant au milieu des putes et des laissés pour compte de la nuit. N’arrivant toujours pas à croire ce que j’ai vu, et me disant “vivement la prochain” en secouant la tête à moitié pleine.
*Vampire lover, premier film où la sensualité des non morts est mise en avant (sous les traits d’Ingrid Pitt la plus bandante vampiresse qui soit).
3 commentaires
Excellent reportage ! Voilà Paris presenté comme je voudrais le voir plus souvent.
Je reviens d’une semaine de vacances à Berlin. On s’y serait presque cru !
C’est volontaire de ta part de ne pas preciser l’endroit où ça s’est passé ?
sympa de se retrouver en photo sur ton report, amusant d’ailleur ![]()




PLAY BLESSURES
Joli reportage gonzo, Monsieur Termunch.
J’ai souvenir d’un Paris dernière dans cette ambiance cosplay, avec une tonalité plus gothique toutefois… Voilà qui dépaysait.