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FLEURS DU MÂLE Drama is beautiful

« Drama queen »: (idiomatic, gay slang) an effeminate gay man (a "queen") who behaves and speaks in an overly dramatic manner so as to garner attention. En tant (...) suite

« Drama queen »: (idiomatic, gay slang) an effeminate gay man (a “queen”) who behaves and speaks in an overly dramatic manner so as to garner attention.

En tant que fille, une créature qui ne me veut ni bien, ni mal mais qui, par certains aspects, est plus féminine que moi m’interpelle.

Le concept de « reine du mélo » (plaise à Jacques Toubon) est aussi fascinant que ses avatars sont protéiformes. Cela dit, dès que je pense « drama queen », dans ma tête se mettent à galoper, à demi nus sur des licornes argentées, Gérard Kappauf, initiateur et tête pensante du luxueux trimestriel Citizen K et Antony Hegarty, chanteur et âme (tourmentée) d’Antony And The Johnsons, groupe folk néodépressif.

Ces deux créatures, qui  ont en commun des lèvres fines et pincées, un style tout personnel,  et une propension à la déconnade qui semble égale à zéro, ne seraient-elles pas les rejetons du dandysme ?
Mais oui, le dandysme, ce « savoir être », né en Angleterre au XIXème, consistant en une attention infinie portée tant à la garde-robe qu’à l’esprit, dans une recherche permanente de l’originalité et de la finesse. En somme, ces deux biches égarées ne seraient-elles pas les héros hypermodernes d’une époque toujours plus encline à remettre en cause les clivages genrés ?

•    Faire de soi une icône, un concept.

“En se faisant dandy, un homme devient un meuble de boudoir, un mannequin extrêmement ingénieux, qui peut se poser sur un cheval ou sur un canapé” (Honoré de Balzac)

KappaufA l’instar d’Orlan, artiste plasticienne déjantée, Kappauf use et abuse de la chirurgie esthétique. Cependant, on semble loin de toute dénonciation des pressions sociales que notre société inflige au corps. Plus proche de Dorian Gray, nous sommes face à une quête quasi-mystique et un peu vaine contre le temps qui passe. Ainsi, le Citoyen K ne se défait jamais d’une moue dont on ne saura jamais vraiment si elle est maîtrisée ou due à un raté chirurgical ; ce qui pourrait être émouvant n’est ici que vulgaire.

Kappauf se vend comme un concept, un « package » livré avec son magazine. Présent sur la plupart des pages souvent pour poser, parfois pour ne rien dire ; K. se fond dans son support, jusqu’à en faire partie intégrante. Cette réification a trouvé son paroxysme lorsque, dans le numéro de rentrée de Citizen K, il nous a été offert de gagner un repas avec lui en s’abonnant. Alien autoproclamé, Gérard se veut iconoclaste et d’emblée, on ne peut que le détester.

Dans de nombreux clichés Antony Hegarty apparaît, quant à lui, telle une madone inspirée, à mi-chemin entre Boy George et la Sainte Vierge. Dédiant un de ses morceaux à Divine, outrageuse égérie des films de John Waters et s’acoquinant avec les membres d’Hercules and Love Affair sur Blind, joyeuse pépite disco, Hegarty se construit un staut d’icône intello-mystico-décalée.

•    L’élitisme pour tous.

La musique d’Hegarty est à l’image du personnage: Pas forcément attrayante au premier abord mais d’une profondeur certaine si l’on décide de creuser un peu. Le musicien est de ce genre de personne capable de faire beaucoup avec peu : production, ambiance minimalistes pleines d’une dense sobriété, loin de la débauche de paillettes qui conviendrait au cliché. Les proches disparus passent telles des ombres bienveillantes, quoique angoissées, sur les morceaux du groupe et les ambiances sombres cèdent parfois leur place à de gracieuses envolées lyriques.

Anthony H.Lourd comme le bottin mondain, Citizen K se veut un trimestriel exigeant, notamment  dans les thématiques abordées. Qu’il traite de la vie des courtisanes au XIXème siècle ou des folles nuits de Saint-Germain-Des-Près au sortir de la seconde guerre mondiale, le support propose au lecteur une information toujours susceptible de susciter sa curiosité et lui épargne les marronniers qui émaillent la plupart des autres supports. En bon dandy, La patte Kappauf se manifeste par son goût immodéré pour l’esthétique néoromantique, doublé d’une certaine fascination pour le morbide : Les squelettes, crânes et autres corbeaux ont une place de choix dans le bestiaire du support ; le tout agrémentant des pages de mode bien plus esthétiques que dans la plupart des féminins.

Mais Citizen K n’est ni un féminin, ni un énième ersatz de Vogue, ni même un magazine culturel…c’est un heureux mix des trois qui peut très bien être glissé dans les mains d’un homme. Vendu pour la somme quasi-symbolique d’1€, le support trouve sa principale source de financement dans les nombreuses pages de publicités qui peuplent (littéralement) le support. Cela dit, à moins de se lancer dans une thèse traitant de la « sociologie du bling-bling », le commun des mortels réalisera rapidement qu’elles ne lui sont pas destinées et c’est là, la limite du caractère disons intrusif de ces pages.

•    Les fleurs du mâle.

Le dandysme est  vecteur d’une remise en cause de l’identité masculine, ou du moins, une remise en question des codes qui la constituent. Le dandy, comme l’énonce Barbey d’Aurevilly est d’“un sexe intellectuel indécis”. Et justement, Antony et Gérard, la remise en question de ce qui fait l’identité masculine, c’est leur rayon.

Citizen K est parsemé de clichés montrant Monsieur K, ancien obèse repenti, dans des poses alanguies, telle une lolita gentiment perverse et on ne peut pas dire que le résultat soit franchement esthétique. Cela dit, la prise de position est là, inséparable de la manifestation d’un ego hypertrophié et d’une vulgarité certaine.
Quant à Antony H, on peut difficilement rester de marbre en face d’un individu qui, dans quasiment chacune de ses chansons, prétend vouloir être ce qu’il n’est pas. Sublimer par le biais de l’expression artistique une identité sexuelle difficile à définir (ou peut-être justement trop bien définie), c’est un aspect qu’Antony évoque régulièrement au cours de ses interviews.

Et ça, même votre petite sœur qui se dandine sensuellement en chantant I kissed a girl de Katy Perry est en mesure de le comprendre.

Tout sur Gérard Kappauf
http://www.antonyandthejohnsons.com/

3 commentaires

Sympa et original cet Gonzaï-article. Tu as pondu ça entre quel et quel fuseau horaire ?

Commentaire par sylvain fesson, le Lundi 5 janvier 2009 à 4:44

Watch out. l’article n’est pas de moi mais d’une nouvelle recrue:)

Commentaire par Bester Langs, le Lundi 5 janvier 2009 à 11:03

Ah bah tu vois j’ai été distrait sur ce coup-là ! En même temps je me disais, tient il a un peu guindé son écriture le Bester, c’est étrange, d’où le “original”. Milles excuses à toi Ismene de Beauvoir. De quel sexe es-tu ? Le troisième ? Ah ah (mauvais joke)

Commentaire par sylvain fesson, le Lundi 5 janvier 2009 à 20:49

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