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TRONCHE DE VIE Rock & Roll Fridays, Olympia

Rock & Folk, Olympia, Vendredi 28 Septembre 2007, Paris. "Mais vous êtes fous". Il est 14H30 quand les méandres de la peur et du dégoût arrivent enfin à s'estomper. Petit (...) suite

Rock & Folk, Olympia, Vendredi 28 Septembre 2007, Paris.

“Mais vous êtes fous”.

Il est 14H30 quand les méandres de la peur et du dégoût arrivent enfin à s’estomper. Petit Déj’. Encore du Riz… comme c’est le cas depuis une semaine. Mon estomac se rebelle, l’eau boue. Je n’ose même pas penser au goût pâteux du repas qui m’attend. L’hiver a déjà bien planté ses crocs dans mon cou fébrile. La mort hante cette journée de fin de septembre. Le ciel est de cette couleur qui annonce les catastrophes, les lumières virevoltent à peine. Tout est idéal pour la décadence du rock & roll.

Quatre ans. Quatre ans que je n’avais pas osé réécouter le premier album de New York Dolls. Acheté à Rouen, l’album n’était qu’une grande déception. Aujourd’hui, il tournera toute la journée dans ma tête, comme les anneaux d’une planète à la dérive. L’Olympia fait immédiatement penser a Noël. Devant, des jeunes fagotés Ibiza dansent à la lueur du nouveau Fancy. La faune est dense. “Il y aura tout le monde”. Ca je veux bien le croire. Bester est en retard, comme à son habitude. Les cigarettes tombent sur le pavé telles les douilles d’une mitrailleuse enrayée. “Little Johnny Jet, sur la liste de Naast”.

Merci pour les tickets et a tout a l’heure.

Les portes coupe feux cèdent. Derrière, le déluge déjà. Combien de personnes sont présentes? Presque 3000. Des jeunes à block comme les beaufs le sont à une finale de foot. Mais ici, il n’est pas question de victoire ou de défaite, juste d’une guerre jusqu’à l’épuisement; l’axe frontale étant scène/salle; le no man’s land inexistant. 5 contre 3000 donc, vêtu de blanc à la manière des anges purificateur. On piétine d’impatience, gagné par une folie dévastatrice. Les Shades, il y a deux ans, c’était encore des discours traversés de non-sens, une esthétique avec ce je-ne-sais quoi de sixties. Aujourd’hui c’est un tank avec des solos au flanger, des nappes de synthétiseurs… une impression de new-wave.

La deuxième guerre commence : arriver à fumer dans l’Olympia. Les pompiers quémandent nos drogues incandescentes et font disparaître l’addiction dans des gobelets Coca Cola. Certain attendent que le maton passe pour allumer le foyer. “Regarde, c’est psychédélique”. Nous observons les pop-corn tomber dans un aquarium de graisse. Comme au cinéma. “Il faut que vous alliez voir les Plasticines, elles ont un look Barbarella: les tigresses de l’espace”. En effet, entre répulsion sexuelle et désir homosexuel ardent. L’esthétique du groupe me fait hésiter… ressemble telle plus au New York Dolls ou à Aerosmith. Les deux à notre époque bien entendu.

Plasticines c’est une histoire de geisha, mais sans le savoir-vivre. Au final, tout se marie bien avec le Pop Corn.

“Il y a du monde au balcon”, je comprends enfin l’expression quand Bester me fait partager son jeu préféré: regarder les décolleté du haut de la rambarde.

Un jeune fait un malaise dans les toilettes, il a vomi partout, reconduit par deux hommes de main. Un son énorme nous prend a la gorge. Le rideau est encore fermé, mais tous les atomes sont tendus vers lui. Une petite mort sur le bord des lèvres. Puis délivrance. Explosion, la tête saute comme sous l’impulsion d’un calibre 15. Naast évidemment. Le peu de conscience humaine me quitte, ne laissant place qu’à l’instinct de survie des bêtes sauvages. Certains flashs impriment mon cerveau. “Malchance vient me voir”, cette session rythmique qui déchire le monde en deux: ceux qui savent et ceux qui ne sauront jamais. Ceux qui ne sauront jamais quel est le bonheur d’avoir eu la vie sauvée un jour. Moïse et le rock & roll.

Je sors de la salle de concert comme certains sont sortis des ruines du World Trade Center. La horde de jeunes a quitté les marches du fumoir, il ne reste plus que les ordures et les gens du métier. Je trouve une bière puis part à la recherche de mon docteur Gonzo. Passage par la fosse: un jeune nu sous son perfecto, des telecaster aiguisées pour l’occasion, une Les Paul Junior et un public encore plus à cran qu’au début. “Bonsoir, nous sommes les BB Brunes” Le magma perpétuelle de corps humain crache les paroles, font fléchir le sol. “Vous auriez du feu”, le vieil homme est tiré de sa transe et me tend un Zippo genre Vietnam. “If I Had a farm in Vietnam and a house in hell, I will sell my farm and go back home”. Pourtant l’enfer, c’est plutôt ici.

Un Jeune vendeur de T-shirt m’aide dans ma recherche du Docteur. “Putain!!! C’est quoi le code du backstage”. On frappe toutes les touches frénétiquement à la mode des halls d’immeuble squattés. Le videur nous ouvre: 10 - A - 15. Ok ce n’est plus un secret pour personne. Le contraste entre la nuit et la lumière nous frappe le visage. Une porte s’ouvre sur l’œil du cyclone: des caméras, un piano, des jeunes filles, et des hommes en veste qui discute verre à la main. Je me retrouve avec Roadies et musicien dans une salle spécialement réquisitionnée pour la consommation de Ganja. “Ouais, je faisais pousser toutes sortes de champignons: des tropicaux, des congolais, des vénéneux…”. Ils ont tous le regard de De Niro dans Taxi Driver, plus pour une raison d’extrême détente qu’une quelconque envie de tuer.

Dans la grande salle, sur ce plateau de Tv improvisé, une salle impression s’installe chez moi: celle d’être enfermé dans les photos de Noël de Mick Jagger.

C’est, en fait, toujours la même histoire. La vieille machine tue nos rêves de jeunesse. “La retransmission TV est terminée, merci a tous”. Deux personnes applaudissent, je me demande bien pourquoi. Demandez- vous quelles sont les scènes les plus jouissives de Almost Famous. Lester Bangs et le gamin dans le resto miteux, puis la fête chez le petit plouc avec le trip au LSD. Le business intéresse qui ? Les économistes. Mais où est le rêve. Où sont les Yves Adrien remontant la rue Rivoli uniquement habillé de leurs vestes en daim ? Ou sont les Eudeline flanqués d’un Jimmy Page en recherche d’un endroit où jouer. Il n’y a rien à attendre de l’industrie du disque, des médias, du grand bazar. Comme disait Bangs: “ils sont en train de tuer tout ce que nous aimons dans la musique”. Nous étions en 1973. Aujourd’hui les restes fument encore.

C’est donc cela, le rock & roll au XXI éme siècle: d’un coté une flamme d’espoir porté en bandoulière par de jeunes gens, de l’autre, les briscards souriants et bien polis. Les gagnants de l’histoire? Eux! Oh, pas spécialement beaucoup d’argent, mais plutôt le droit d’avoir leurs tronches imprimées sur votre PQ. “Regarde petit, t’as vu comment j’ai fait revenir le rock en France!”. Bullshit!! C’est même pas devenir un mythe, plutôt une sorte de bienfaiteur; Mère Theresa de l’électricité en quelque sorte. Et dans ce contexte, même Rock & Folk semble ankylosé. Le livre des rêves, la bible pour tous ceux qui n’ont rien du coté de chez eux. En fait, il n’y a rien à vivre ici non plus.

Nous nous échappons du cauchemar. Dehors, il y a ceux qui rêvent encore. Un petit gros à tête de Geek attend Katty de Plasticines depuis 4 heures pour un ultime autographe. Au final, elle passe devant lui sans qu’il la reconnaisse. Des jeunes filles attendent les gars du groupe. “I’m With the band”. Et alors que j’ai du mal à avaler la pilule, une grosse valise brune, cabossée, munie d’un stickers “fragile” se pose a coté de moi. Gustave, dans sa clairvoyance totale, pousse le bon goût jusqu’à posséder une vraie “suitcase” de bluesman. C’est le peu du baume au cœur qui me fallait pour arriver à reprendre le Pont Alexandre III.

Cela fait 4 jours maintenant. Et la question n’a cessé de tourner dans ma tête. Le grand amour de notre vie existe-t-il encore? La réponse n’est pas encore venue… ou elle est trop violente pour pouvoir la formuler. Alors je ne vois plus qu’une chose à faire: passons à l’Acte III messieurs. Servez vous ; Prenez ce dont vous avez besoin et repartez aussi sec. N’ayez aucune pitié. Et si au passage vous pouviez foutre un bon coup dans la fourmilière… Je crois que ca ne ferait de mal à personne. Juste pour la beauté du geste.

Illustration par Jüül

10 commentaires

il dit des horreurs pareilles, Bester ?

Commentaire par Pierre M, le Lundi 8 octobre 2007 à 12:22

Il en dit des pires, Pierre, tu le sais.

Commentaire par Bester Langs, le Lundi 8 octobre 2007 à 0:51

Le Zippo…

Commentaire par Dühsse, le Lundi 8 octobre 2007 à 2:12

un texte hillarant, à propos de cette scène en toc sur ce site un tantinet “subversif”, mais c’est hélas bien le reflet de la situation…”la rock et folk akadémie”!! à lire ici:
http://www.webzinemaker.com/admi/m6/page.php3?num_web=1553&rubr=2&id=321423

Commentaire par mona, le Lundi 8 octobre 2007 à 15:22

dites donc, on dirait que la “coupe est pleine”, pour tout le monde, j’ai trouvé cette chronique sur foutraque:
http://www.foutraque.com/news.php?id=758

Commentaire par nazebrok, le Lundi 8 octobre 2007 à 18:04

sur les 3000 pékins , les 3/4 etaient des invites de KAZADOS, la nouvelle chaine télé-web pour les ados.Un partenariat à été négocié avec eux pour financer et “médiatiser “la soirée.
ce qui explique que tu aies vu des caméras partout.c’était retransmis en direct.malin , non?

Commentaire par nazebrok, le Lundi 8 octobre 2007 à 18:40

Je ne vais pas faire d’explication de texte, enfin, c’est n’est pas trop mon genre. Mais si la coupe est pleine, ce n’est en rien à cause de ces groupes. En tout cas je ne le crois pas.

Alors la suffisance qui consiste à dire “fils a papa pistonné”… Ce n’est qu’un truc de mec aigri. Dire: on vous propose la révolution… ça c’est une autre histoire

Commentaire par Little Johnny Jet, le Lundi 8 octobre 2007 à 20:52

BE ELECTRIC…

C’est eux qu’ils nous faut

Commentaire par Fan, le Lundi 8 octobre 2007 à 12:36

Putain! dommage que ce ne soit pas toi qui ai fait la chronique dans rock n folk

Commentaire par H, le Lundi 8 octobre 2007 à 23:34

[...] Tronche de vie, Rock’n’roll friday à l’Olympia. [...]

Commentaire par SO GONZO! | Gonzaï, le Lundi 8 octobre 2007 à 1:08

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