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TURZIFace à face analogique

Alpes, Jazz-Funk porno et filtres... (Lire la chronique de l'album). Jaurès, le canal Saint-Martin, deux grands hommes habités par le sort de leur prochain... Et puis, le Point Ephémère, (...) suite

Alpes, Jazz-Funk porno et filtres… (Lire la chronique de l’album).

Jaurès, le canal Saint-Martin, deux grands hommes habités par le sort de leur prochain… Et puis, le Point Ephémère, où je retrouve Romain Turzi qui m’invite à le suivre dans une pièce aménagée en studio, jouissant d’un éclairage évoquant les grandes heures des sous-marins soviétiques. On y parle de A, le nouvel album de Turzi, de beaucoup d’autres choses aussi. Surtout d’autres choses.

Romain Turzi : Igor Wakhevitch, un élève de Boulez, qui fut l’assistant de Terry Riley, est l’un de mes maîtres. Le fait de pouvoir s’inspirer des maîtres et non de leur descendance, c’est une fondamentale. C’est toujours intéressant de comprendre comment certains artistes arrivent à certaines musiques, en remontant piste par piste. On a découvert le rock allemand et les minimalistes mais aussi de nombreux artistes français auxquels on ne fait peut-être pas assez référence, Catherine Ribeiro et Alpes par exemple, dont on ne parle pas trop en France mais que de nombreux groupes américains connaissent et apprécient. En France, on en a rien a foutre, et c’est bien dommage.

Dühsse : Un peu comme notre cold-wave…

RT : La cold-wave française, c’est un peu lourd…

D : Il y a eu un papier dessus dans Rock&Folk dernièrement, même si Rock&Folk et les synthés…

RT : Je ne m’intéresse pas trop à la presse, je préfère me faire mon avis tout seul. Ca paraît peut-être con ou élitiste, j’en suis désolé, mais je considère que le plus important reste de piocher au fond de toi-même, ce qui, mélangé à trois références, donne cette musique dont tu es proche… C’est une musique difficile à obtenir, tu y mets en jeu ton ego. Je trouve ça plus intéressant.

D : Il y a d’ailleurs un sacré délire d’identité française dans ta musique.

RT : Mais on prône l’identité française. Merde, quand tu vois tous ces trucs géniaux et oubliés, tu as envie d’appartenir au courant psychédélique français.

D : Y a-t-il des groupes français de musique improvisée disons spontanée qui ont attiré ton attention en concert ces dix dernières années ?

J’allais voir Sonic Youth, Dinosaur Jr quand j’étais teenager, j’étais fan, je le suis pour toujours… Mais il m’est arrivé d’être scotché par un groupe français en concert, j’aime bien Zombie Zombie, évidemment…

D : En France, on a tout le trip Ircam (Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique) aussi…

RT : Que je respecte beaucoup, dans lequel j’aimerais bien me placer mais, comme tu peux le voir, finalement ma musique n’y a pas sa place. Je trouve tout ça un peu trop rigide, trop cloisonné. Attention, ils ont fait, entre autres, de super logiciels je trouve que Max/Msp reste un truc génial…

Nous dérivons alors vers d’innombrables possibilités synthétiques avant de revenir aux objets qui nous entourent par le biais d’un certain Zinoviev…

RT : Le Hi-fly, c’est un peu l’identité de Turzi maintenant, on passe tout ce qu’on peut dedans, batterie ou guitares, on monte d’ailleurs sur scène avec.

D : Comment est-ce que tu as rassemblé tout ce matériel ?

RT : Je viens de la guitare. J’ai commencé avec les tournevis et les pédales d’effets. Le premier truc vraiment intéressant, c’était un MS-10 que je voyais comme une grosse pédale, avec ce coté création d’un son que tu peux moduler et patcher. Au début, je ne savais pas trop ce que c’était, alors je suis allé voir à la bibliothèque de Versailles, lire des trucs, je me suis vite rendu compte du génie de l’objet… Le Rhodes, je l’ai trouvé au travers d’une petite annonce « vend piano Rhodes ». Pas cher…

D : Il est beau, ce Rhodes.

RT : Le Rhodes demeure quand même le truc de Chick Coréa…

D : On ne peut pas dire ça, Herbie Hancock aussi…

RT : C’est le son cristallin du jazz-funk porno…

D : Tu t’intéresses au jazz-fusion ?

RT : Trop extrême, le jazz qui devient trop technique… J’en écoutais il y a quatre ou cinq ans. Le Herbie Hancock de Sunlight n’est pas au même niveau que celui de Sextant… Je préfère, dans le genre, Pharoah Sanders, le coté « bouge-ton-corps-sur-de-la-musique-rythmée-par-un gros-kick-un-peu-lent ». je l’aime bien aussi chez Bohannon… De la musique que j’écoutais avant mais dont je me suis un peu éloigné. J’y reviens maintenant et ce surtout pour le coté vaudou, doux et fascinant… On ne peut pas renier le Rhodes, mais il m’intéresse surtout une fois passé dans des filtres. Je réfléchis d’ailleurs à remplacer les marteaux pour en faire un piano à punaise électrique…

D : Il faut être sûr de son coup…

RT : C’est vrai effectivement. La plupart des machines dans cette pièce sont effectivement des appareils qui coûtent cher mais que nous ne nous sommes pas procurés pour beaucoup d’argent. Ce sont soit des trucs pétés que l’on a réparés, soit des objets qui restent des merdes. C’est un peu le bas de gamme de la catégorie, ce qui nous ressemble un peu en fait, ce qui ressemble un peu à la musique de Turzi. On n’est pas élitistes, on essaie de faire sonner ce qu’on a, au plus proche de ce que l’on veut entendre.

D : Et le Portamento dans tout cela ?

RT : Bizarrement, on ne l’utilise pas trop. En fait, je depitche un peu les “strings” à la Air mais je n’utilise vraiment pas le portamento. Je considère les guitares et les orgues comme des sources de son pur : cheezy comme avec les Farfisa ou plus agressif avec les guitares. Ce qui m’intéresse c’est de transformer ces sons en les faisant passer dans des filtres et des effets, la rythmique basse batterie reste le plus souvent sèche. On l’englobe alors, créant une atmosphère…

D : Le délire Kraut, une rythmique solide et des éléments « d’habillage » ?

RT : J’écoute toujours beaucoup de Kraut, quand j’ai enregistré les maquettes et quand on a formé le groupe on était très influencé par le Kraut, maintenant on essaie d’aller plus loin , le deuxième album sera plus orienté percussion. Sans abandonner les machines, on veut exprimer notre sensibilité avec d’autres influences, comme les musiques modales indiennes… On se met aussi doucement à la musique du Moyen-Age…

D : Français ?

RT : Couperin, le clavecin… J’y trouve un délire qui me touche.

D : Tu vas voir des concerts de classique ou de baroque ?

RT : C’est assez nouveau pour moi. L’autre jour, je suis allé voir des jeunes à la Cité de la musique. Wagner, des couches et des couches…

Je m’éloigne vers le métro parisien en espérant pouvoir revenir dans peu de temps dans cette même pièce sombre, transformée en synthétiseur modulaire. Le filtre de mon imagination, sans doute. Avis aux amis des filtres, l’album de Turzi s’adresse particulièrement à vous.

Turzi // A // Record makers

http://www.myspace.com/turzi

Un commentaire

Pour les fans, vous pouvez le retrouver du 25 au 29 juin à Toulouse au festival « les siestes électroniques ».

Commentaire par Siestes electroniques, le Lundi 21 mai 2007 à 16:52

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