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UFO GOES UFA L’humour et la violence

Lorsqu'on me demande si je rencontre encore des artistes atypiques, des gens aux réponses improbables, impossible à résumer à un "c'est comme si machin rencontrait truc", je repense (...) suite

Lorsqu’on me demande si je rencontre encore des artistes atypiques, des gens aux réponses improbables, impossible à résumer à un “c’est comme si machin rencontrait truc”, je repense souvent à mon enfance, cette époque où j’écoutais à travers les murs de béton avec un gobelet en plastique. Je me souviens de cette naïveté, cette innocence, cette époque où je ne me demandais pas encore à combien d’exemplaires allait se vendre tel ou tel truc, et si la batteuse avait couché avec tous les membres du groupe.

Brian Droid par MuntzA l’époque où je sifflotais le générique de Dare Dare Motus, je n’aurais jamais imaginé rencontrer un jour un groupe nommé UFO GOES UFA. Un projet parallèle, dans tous les sens du terme, qui j’imagine, aurait fait flipper les petits enfants… Imaginez… Un blond gominé du nom de Miam Monster Miam, une batteuse en tenue léopard, un chanteur nommé Brian Droid portant aléatoirement un globe au dessus du front et un bassiste bûcheron au look mangeur d’enfants. Les encasqués de Daft, et leur X-Or revival, peuvent bien aller se rhabiller après cela me dis-je, en réécoutant Pop Garage Symphony. Quelque chose de brutal qui sonne un peu “claque dans ta gueule” à la première écoute.Vingt ans plus tard (vingt ans après les gobelets en plastique, la perte de ma virginité et ma première écoute de Dirt par les Stooges), j’ai enfin rendez-vous avec UFO GOES UFA. C’est à la Flèche d’Or, et je sais déjà que cette interview n’en sera pas une, que des réponses je n’en aurai pas et que les freaks auront le dernier mot.

Des questions? Bien sûr que j’en ai… Comprendre comment un projet aussi foutraque peut encore voir le jour dans un monde où M Pokora titre son dernier album MP3, alors qu’UFO semble être resté bloqué aux vinyles, savoir d’où vient le nom du groupe, et comment une jeune femme frêle réussit à endosser le rôle de la batteuse à la Moe Tucker. Ces questions restent en suspens. Tout au plus le guitariste Miam (le manager belge de l’affaire) consent à me répondre sur la rencontre entre les quatre membres du groupe:

Sophie (batteuse, NDR), qui est ma femme, était mariée avec Pascal, le bassiste. Ufo goes Ufa c’est comme le foot, c’est une histoire de transferts. Regard Brian Droid, je l’ai croisé dans un film érotique. A moins que ce ne soit du coté d’Ibiza, je sais plus.

Je rembobine la bande, un peu perplexe, peu sûr de mon propos, pas vraiment à l’aise avec ces mots qui s’entrechoquent sans aucun sens, aucune logique. J’embraye sur ce mystérieux Brian Droid (Chant, texte), dont quelques voix me susurrent qu’il est un génie incompris, toujours prêt à s’électrocuter avec deux fils 220V:

Miam a raison, on s’est rencontré à Ibiza, j’étais un robot. Enfin… disons que j’étais parti là bas pour travailler dans un bar. En arrivant sur place, le patron avait oublié qu’il m’avait engagé. J’atterrissais dans une discothèque, payé pour être à l’entrée, déguisé en robot. A part ça, Michael Eavis, fondateur du festival de Glastonbury, m’a décerné la palme du plus grand ivrogne de tous les temps du festival, après m’avoir regardé tenter de me relever pendant près de dix minutes. C’est ma plus grande fierté.

Ufo goes Ufa par MuntzLa plus grande vérité sur les belges, en vérité, ce ne sont pas leurs blagues, encore moins leurs passions pour les enfants. Peut-être simplement leur penchant pour la dérision et l’étrangeté. Ce même second degré qui habite UFO GOES UFA, l’idée d’aller chercher un producteur se la coulant douce à Miami (Kramer, producteur des mythiques Galaxy 500) pour enregistrer en trois jours des compositions sales rendant honneur au rock garage, dans un monde baraque à frites obnubilé par la lumière pour qui Nuggets reste un plat plus qu’une compil’ à Lenny Kaye.

Mais vous, vous écoutez encore du rock français?” leur demandais-je dans un ultime soupir?

Du quoi? (Rires) Tu veux dire de la variété non? Je trouve toutes les productions médiocres quand même. Mais BB Brunes remplit toutes les salles belges, alors….Zombie Zombie j’aime bien, quelques chansons de Tellier, mais le dernier soubresaut rock en France c’est quand même l’alternatif, Boucherie productions, tout ca…. Ca a très mal vieilli quand même… Pareil pour ces jeunes gens modernes, dont tout le monde parle actuellement, ils sont tous quasiment très vieux non? Même Jacno, que tu aimes, à l’époque il était sacrément ringard. Je crois que toutes les musiques sincères et authentiques reviennent toutes un jour à la mode.

Un jour on assistera peut-être au retour des Béruriers Noirs non?

C’est à ce moment précis que j”abandonnais le dérushage de cette interview, perdu dans un cosmo-trip et les visions surréalistes d’un concert qui verra UFO bastonner le blues en la majeur, batteuse déguisée en tigre, bassiste imposant faisant toujours peur aux enfants.

A y réfléchir, si je devais être un joueur de foot, j’aimerai faire parti du team UFO goes UFA, je marquerais des buts contre mon camp et je tirerais dans d’autres joueurs pour marquer des buts, Miam Monster Miam, du banc de touche, fumerait des gros cigares et nous serions tous là sur le gazon à manger des frites au lieu de transpirer. Je comprendrais alors qu’entre mon enfance et ce groupe, il n’y a pas grande différence. Surement quelques disques d’écart, une adolescence et des souvenirs, et puis ces mélodies, qui restent gravées sur un album comme des comptines sans importance, pop, légères, parfois sauvages… Il est maintenant trois heures du matin, je vais vous laisser, et tenter encore une fois d’écouter à travers le mur avec un gobelet en plastique… l’enfance… on n’en sort jamais vraiment.

Photos: Muntz Termunch

http://www.myspace.com/ufogoesufa

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